Nationalisation
Une nationalisation est un transfert de la propriété d'une entreprise privée à la collectivité nationale.
Objectifs
Les justifications des nationalisations sont multiples et diverses. Toutes sont fortement discutées (Cf infra).
- (assez rarement) la sanction d'un comportement (nationalisation de Renault, avec
spoliation de son propriétaire, mort dans des conditions douteuses en prison à la libération) ;
- (à peine plus fréquent) l'intérêt des propriétaires et de leurs employés (création en France de la SNCF par nationalisation des compagnies de chemins de fer virtuellement en faillite).
- l'intérêt (du) public : les fonctionnaires chargé d'administrer le bien nationalisé étant supposés plus à même de le
faire qu'un propriétaire privé.
- l'orientation économique : un large domaine public est un levier d'action du gouvernement, qui peut lui permettre de
« relancer » la situation économique générale (par exemple en ordonnant au secteur public une reprise des
investissements coûte que coûte).
- l'intérêt général : si la taille d'une entreprise ou d'un groupe est un facteur favorable, alors la nationalisation la
plus large, qui crée un groupe colossal, doit présenter des avantages importants.
- la sensibilité stratégique : si une activité présente une importance considérable pour la nation (pétrole, armement,
etc.) sa nationalisation simplifie les relations entre l'état et les acteurs.
- la situation de monopole naturel : si l'entrée sur un marché présente des
coûts tels qu'aucune concurrence réelle n'est possible et que les prix offert en deviennent excessifs, la nationalisation est une
solution (parmi d'autres).
- l'idéologie collectiviste, qui suppose que la propriété individuelle conduit à des situations (sociale, environnementale, ou
politique) intolérables alors que la propriété collective nationale serait dépourvue de tels défauts.
critique du concept
sur le principe
En pratique la collectivité est un concept abstrait, qui n'a d'existence que via la notion de personne morale et à travers ses
représentants : fonctionnaires ou politiciens.
La « nationalisation » n'est donc rien d'autre qu'un transfert de pouvoir économique de personnes vers d'autres
personnes, et s'il peut y avoir des différences de comportements (l'intérêt, la sensibilité, d'un fonctionnaire n'est pas
forcément celui d'un propriétaire ou d'un directeur du secteur privé), le résultat n'est pas forcément très différent ni a
fortiori meilleur pour la nation ou l'intérêt général.
Autrement dit : il n'y a pas de « nationalisation », il y a seulement une prise en main soit par la
bureaucratie, soit par un individu fort, qui s'en servira comme un nouveau levier de pouvoir pour y rester (Cf. monarchies
pétrolières).
sur la mise en œuvre
Dans la pratique les expériences ont un résultat décevant :
- la nationalisation-sanction apparait comme une spoliation extra-judiciaire, rétroactive, bref en violation des principes
généraux.
- la nationalisation-sauvetage, qui met le contribuable au service du capitaliste défaillant, est politiquement délicate, alors
que d'autres techniques sont possibles, moins coûteuses et plus facile à faire accepter.
- la qualité du service pris en mains par des fonctionnaires n'apparait pas meilleure que celle du service privé.
- les tentatives de relance économique par l'appareil d'état ne sont pas des succès probants (Cf. l'expérience française de
1981-1984)
- les entreprises nationales ne montrent des succès flagrants. Outre des scandales rares mais particulièrement mémorable
(Crédit Lyonnais en France), on estime que pendant sa période
publique Renault a couté à l'état français une somme comparable à celle que le groupe
Peugeot lui a rapporté, et très généralement la fin de l'expérience passe
généralement par une dure remise à niveau.
- il y a d'autres outils possible pour la gestion des monopoles naturels que la nationalisation (le démembrement, la mise sous
tutelle d'une autorité spécialisée, etc.)
- la propriété collective ne démontre pas d'avantages évidents sur la propriété privée
Histoire
En France
En France, il y a eu principalement trois grandes vagues de
nationalisations :
- Periode de l'entre deux guerre : l'armement (1936), la Banque de France (1936-1945), les chemins de fer (1937) (une partie du réseau ferré était déjà public depuis le XIXe siècle) ;
- au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par le
gouvernement du Général de Gaulle conformément au programme du CNR : les houillères (1944-1946), les grandes banques de dépôt, un pan de l'industrie automobile (Renault, Berliet,
1945), les grandes compagnies d'assurance et de distribution de gaz et d'électricité (1946) ;
- Début des années 1980 (1981 et 1982), sous l'impulsion de François Mitterrand, dans la sidérurgie, la
banque et l'industrie.
Dans les pays collectivistes autoritaires, l'ensemble de l'agriculture, de
l'industrie et des services était nationalisé et soumis à des critères de gestion
privilégiant les orientations politiques à l'efficacité économique.
L'agriculture posait beaucoup plus de problèmes que l'industrie, les rendements devenant insignifiants. En URSS
les champs nationalisés produisaient quarante fois moins que les champs qui étaient laissés à l'usage privé.
Pays pétroliers
D'après un rapport du ministère français de l'économie et des finances, 90 % des gisements mondiaux de la principale richesse
mondiale, le pétrole, sont au mains de compagnies publiques. Cela concerne aussi
bien des dictatures (Arabie saoudite, Iran), que des républiques libérales (Norvège) ou des pays en voie de
le devenir (Russie). Les 160 compagnies pétrolières privées ne possèdent donc que 10 %
des gisements mondiaux.
L'exemple actuel de reprise en main du secteur pétrolier au Venezuela est un
évenement important pour le pays et pour l'Amérique latine. Un
projet d'une compagnie publique unique pour l'Amérique latine
appelée Petroamerica (ce nom
n'est pas définitif) est avançé par le président vénézuelien Hugo Chávez.
Voir aussi

