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Nom propre

En grammaire, on entend par nom propre une sous-catégorie de nom, s'opposant au nom commun.

Un fleuve, un pays, une ville, une personne, un animal, un peuple, un dieu, un objet, un monument, une chanson, un roman, un film, une invention, un arbre…
Paris, Jules César, Louis XIV, Samson, Médor, Apollon, Dieu, Au clair de la lune…


Sommaire

Différentes variétés de noms propres

Un nom propre appartient donc « en propre » à un référent déterminé (une personne, un animal ou une chose), que ce référent, réel ou imaginaire, existe naturellement (un élément géographique par exemple) ou qu'il soit artificiellement créé par l'homme (une œuvre d'art, une œuvre littéraire, etc.).

Bien entendu, chaque fois qu'on est en présence d'un choix individuel, il existe nécessairement une part d'arbitraire dans l'attribution d'un nom propre. Par exemple, en tant que propriétaire d'un chat, je peux donner à celui-ci le nom que je veux. Je peux choisir un nom dans la réserve des noms propres (Minet, Raminagrobis, Arthur, Lucienne, Jacques-Alexandre, Napoléon...) ; je peux en inventer un (Boubou...) ; je peux utiliser un nom commun ou un mot quelconque (Liseron, Bravo, Tabouret, Guimauve...). Si je demande à mon voisin de bien vouloir « nourir le chat pendant mon absence », mon voisin peut légitimement penser que le chat est un nom commun désignant mon animal de compagnie. Mais si j'ai décidé d'appeler celui-ci Le Chat, ce syntagme, au moyen d'une antonomase du nom commun, devient nom propre par ma seule volonté. Lorsque l'attribution n'est plus individuelle mais collective, on est en présence d'un véritable usage linguistique qu'il s'agit à présent de préciser.


Noms propres de personnes, de divinités ou d'animaux

Dupont, Sylvain, Alex (diminutif d'Alexandre), Pantoufle (sobriquet attribué, par exemple, à une personne portant fréquemment ce genre de chaussure), Molière (pseudonyme de Jean-Baptiste Poquelin)...
Médor, Minette, Bucéphale, Roquépine...
Dieu (des religions monothéistes), Jupiter, Belzébuth...


Noms géographiques

D'ordinaire, un nom géographique (ou toponyme), est toujours un nom propre, que le référent soit façonné par l'homme ou par la nature.

Brésil, Arizona, Bourgogne (région française), Nord (département français), Moscou, Domrémy (village natal de Jeanne d'Arc), etc.
La Méditerranée, le Danube, Madagascar, l'Australie, l'Europe, le Jura, l'Amazonie, le Sahara, le Deccan, etc.
Notons que les points cardinaux (nord, sud, est, ouest, midi, centre, occident, orient, couchant, levant, ainsi que leurs composés [nord-ouest…]) ne sont pas considérés comme des noms propres :
Attention à ne pas perdre le nord. Marcher en direction du nord. Le côté nord d'un édifice.

Etymologiquement, le mot géographie ne peut concerner que la description d'éléments terrestres. On peut cependant étendre son sens à l'univers, et considérer comme noms propres les noms particuliers des différents corps célestes, planètes, soleils, etc. :

La Terre [en tant que planète], le Soleil [en tant que soleil ou étoile, de notre système solaire], la Lune [en tant que satellite de la Terre], Jupiter, Mercure, Pluton, Vénus, ...
Mais certains considèrent que la terre, le soleil, la lune, même en tant que corps célestes, ne sont pas des noms propres (cf. remarques ci-dessous).


Noms de périodes historiques

Les périodes et évènements historiques uniques, lorsqu'ils ne sont pas de simples repères chronologiques, sont le plus souvent considérés comme des noms propres. On notera qu'il s'agit, dans la grande majorité des cas, de variétés d'antonomase du nom commun :

La Réforme (de Luther), la Renaissance (celle du XVIe siècle), la Révolution (celle de 1789), l'Occupation (allemande de 1940 à 1945), etc.


Titres d'œuvres

Les titres des œuvres d'art (littéraires, musicales, picturales…) sont nécessairement des noms propres :

Les Misérables (roman de Victor Hugo), la Fantastique (symphonie d'Hector Berlioz), la Joconde (tableau de Léonard de Vinci), etc.

Aux titres d'œuvres, on peut associer les noms de marques :

Renault, Scotch, Panzani, Wonder, etc.


Remarques

La notion de nom propre déborde bien évidemment du cadre de la seule langue française. Par exemple, les germanophones (qui pourtant mettent une majuscule à tout les noms, noms propres aussi bien que noms communs) savent parfaitement distinguer le nom propre du nom commun.

Cependant, si les noms individuellement affectés aux animés (humains, animaux, divinités...) peuvent être universellement considérés comme des noms propres, pour le reste, de nombreuses hésitations autorisent à penser que dans la définition du nom propre, il existe une certaine part de convention pouvant varier d'une langue à une autre.


Caractéristiques du nom propre

La caractéristique orthographique du nom propre est l'emploi obligatoire de la majuscule. La caractéristique référentielle du nom propre est qu'il n'a pas besoin d'être actualisé. Par ailleurs, le genre et le nombre du nom propre appellent un certain nombre de remarques.


Nom propre et majuscule

La marque du nom propre est la majuscule.

Cependant, il faut se garder de confondre, d'une part, la frontière séparant le nom propre du nom commun, d'autre part, celle séparant le nom avec une majuscule du nom sans majuscule. En effet, si tout nom propre prend obligatoirement la majuscule, il existe un certain nombre de noms, qui quoique écrits (ou pouvant être écrits) avec une majuscule, n'en sont pas pour autant des noms propres. La question de la majuscule est donc avant tout une convention orthographique propre à telle ou telle langue.

Il peut arriver que par erreur, on omette la majuscule d'un nom qui en exige une (un nom propre ou un nom commun), mais il est beaucoup plus fréquent que, toujours par erreur, on écrive avec une majuscule un nom commun qui n'en exige pas. Afin de réduire ce type d'abus, les usages orthographiques de la langue française tentent de délimiter de manière stricte le domaine des noms communs à majuscule. Cependant, les contours de cet inventaire ne sont pas toujours très nets, et il est parfois délicat de déterminer si tel nom doit ou non recevoir une majuscule, surtout lorsqu'on est en présence d'un ensemble. C'est pourquoi, en cas de doute sur cette question, on ne saurait trop recommander de recourir à un dictionnaire.

Les Français, la Canadienne, des Parisiens, un Provençal, une Asiatique…
Notons cependant que certains conservent la forme de l'adjectif substantivé, et écrivent donc, sans majuscule :
Les français, la canadienne, des parisiens, un provençal, une asiatique...
Les Capétiens.
On notera que ce nom commun pluriel désigne les personnes appartenant à une même descendance, tandis que, par exemple, « Hugues Capet » désigne une personne déterminée (donc, nom propre), et que « les Capet » désigne un ensemble de personnes portant le même patronyme (donc, nom propre avec ellipse).
Ici encore, certains conservent la forme de l'adjectif substantivé, et écrivent donc, sans majuscule :
Les capétiens.
Etude sur le Romantisme
Pour : « Etude sur le romantisme »


Actualisation du nom propre

Le nom propre se confond habituellement avec le référent qu'il désigne, c'est pourquoi, contrairement à ce qui se passe pour le nom commun, le nom propre, d'ordinaire n'a pas besoin d'être actualisé. Certains noms propres cependant doivent être actualisés au moyen d'un déterminant (actualisation complète au moyen d'un article défini) :

L'Arc de Triomphe, le Bourgeois gentilhomme, la Seine, la France, le France [le paquebot], la Joconde…

En effet, l'usage d'un déterminant indéfini supposerait qu'on n'est pas en présence d'un nom propre, mais d'un nom collectif de genre ou d'espèce :

Un arc de triomphe (non plus celui de Paris), un bourgeois gentilhomme (non plus le titre de la pièce Molière)…

Si un nom propre précédé d'un déterminant indéfini conserve malgré tout sa qualité de nom propre, on est en présence d'une figure de style.


Nom propre et nombre

Normalement, un nom propre ne devrait exister qu'au singulier.

Les Pyrénées, les Açores, les Landes, etc.
Il n'y a qu'un seul référent, mais le pluriel peut indiquer une pluralité de composants : les Pyrénées comportent plusieurs sommets, les Açores, plusieurs îles, etc.
Où sont les Rossinis de notre époque ?
Pour signifier « Où sont les compositeurs comparables à Rossini ? ».


Nom propre et genre

Le nom propre a normalement un genre, mais il n'est pas toujours facile de déterminer lequel : cette indécision entraîne parfois des difficultés d'accord.

Claude est gentil. Claude est gentille.
Le prénom Claude est mixte, mais l'accord de l'adjectif attribut du sujet (gentil / gentille) impose le genre masculin dans le premier exemple, et le genre féminin dans le second.
La Provence est belle en cette saison.
L'article défini la indique le genre féminin du nom propre Provence et permet d'accorder correctement l'attribut belle.
Remarquons que si le nom propre commence par une voyelle ou un H muet, l'article défini élidé étant mixte (l'), celui-ci n'est plus en mesure d'indiquer le genre du nom qu'il actualise. Ce cas particulier rejoint de fait le cas suivant.
Rome, la ville éternelle. Rome, l'éternelle.
Le nom ville, est le nom générique du nom propre Rome. Ce nom générique permet, explicitement dans le premier exemple, implicitement dans le second, d'accorder au féminin l'adjectif éternelle.


Nom propre et figure de style

Lorsqu'un nom propre fait l'objet d'une figure de style, ses caractéristiques (emploi de majuscule, actualisation, genre ou nombre) peuvent être modifiées.


Personnification

Dans un contexte poétique (ou tout au moins, littéraire), la personnification permet de considérer qu'un élément quelconque, animé ou non (donc un nom commun), doit être considéré comme un véritable nom propre, désignant souvent une entité imaginaire à laquelle on s'adresse (apostrophe oratoire) :

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme, / Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin [...] (Baudelaire - Les Fleurs du mal, Hymne à la beauté)


Ellipse

L'ellipse permet parfois de trouver un nom propre inhabituellement actualisé, et demeurant néanmoins un nom propre :

Les Martin sont vraiment très sympathiques.
Pour : « Les porteurs du nom Martin » (autrement dit, les gens que je connais et qui s'appellent ainsi). On notera l'article pluriel et l'absence de S à la fin du nom propre (toujours singulier, comme il se doit).
Tu connais vraiment la Claire Chazal ?
Pour : « Tu connais vraiment la célèbre Claire Chazal ? » (autrement dit, Confirme-moi qu'il ne s'agit pas d'un homonyme).


Métonymie

La métonymie permet parfois à un nom propre de désigner, non plus son référent habituel (unique et déterminé), mais un élément contigu en relation avec ce nom propre :

Nous trouvâmes ce jour-là une Méditerranée singulièrement agitée.
Le nom propre Méditerranée ne désigne pas son référent habituel (la mer Méditerranée), mais un état de (susceptible de changer) de cette même mer (autrement dit Ce jour-là, la Méditerranée était singulièrement agité.).
Le Paris qu'il fréquente est un Paris très mondain.
Les deux occurrences du nom propre Paris (qui normalement n'a pas à être actualisé) désignent une certaine société dans la ville de Paris (autrement dit Les gens qu'il fréquente à Paris sont des gens très mondains.).


Antonomase

L'antonomase est la figure permettant de passer du nom propre au nom commun et réciproquement. En effet, les deux groupes distincts, comprenant, les noms communs d'une part, et les noms propres d'autre part, ne sont pas tout à fait étanches : des figures de style comme la métonymie, la synecdoque ou la métaphore peuvent faire passer un nom d'un groupe à l'autre. De tels passages sont la source de nombreuses confusions.

Le Nouveau Monde
Antonomase par périphrase, désignant l'Amérique.
Quel sacrilège : jeter un tournedos Rossini à la poubelle !
Antonomase par métonymie. Le nom poubelle est devenu un véritable nom commun autonome, s'écrivant par conséquent sans majuscule. Ce qui vaut sans doute mieux pour M. le préfet de Paris Eugène Poubelle, qui à la fin du XIXe siècle interdit le jet des ordures sur la voie publique et imposa l'utilisation d'un récipient. Le tournedos Rossini est un tournedos à la mode de M. Rossini, le lien avec le compositeur gourmet est connu, et on est en présence d'une ellipse plus que d'une antonomase.
Nous craignons que cet homme politique ne soit qu'un nouveau Staline (= un dictateur).
Antonomase par métaphore. La majuscule est conservée car le lien avec le nom propre originel est conscient.
La république est un régime fort commun, mais nous avons notre propre République !


Nom propre et ensembles

Lorsqu'un mot composé ou qu'un syntagme doit être considéré comme un nom propre, il convient de déterminer quels éléments doivent prendre une majuscule.

On rencontre parfois un certain nombre de mots d'origine étrangère, comportant au moins une majuscule au sein d'un mot composé agglutiné, par exemple des noms de personne (DePalma) ou des noms de marques (PowerPC). En français cependant, cet usage n'est pas suivi, et ceci même au sein des acronymes :

Bénélux
Et non : BéNéLux

En conséquence, la question de l'emploi des majuscules ne concernera que les composés à traits d'unions, les composés détachés (les locutions) ou les syntagmes. Le problème de l'emploi des majuscules dans les titres d'œuvres peut être associé à cette étude.

Bien entendu, un nom propre conserve habituellement sa majuscule lorsqu'il fait partie d'un nom composé ou d'un syntagme :

Le conseil régional de Bourgogne [syntagme nominal]
Le Vase de Soissons [locution nominale]


Majuscules dans les syntagmes nominaux

Quand un nom propre prend la forme d'un syntagme nominal, on a, d'une part, un nom générique (ou caractérisé), d'autre part, un mot spécifique (ou caractérisant). Le générique est un nom commun, donc, écrit sans majuscule, tandis que le spécifique (nom ou adjectif) a valeur de nom propre, et s'écrit par conséquent avec une majuscule :

La ville de Paris.
Le syntagme nominal ville de Paris est composé du nom commun ville (le générique) et du nom propre Paris (le spécifique), ce dernier étant introduit par la préposition de.
Le mont Blanc.
Le syntagme nominal mont Blanc est composé du nom commun mont (le générique) et de l'adjectif caractérisant Blanc (le spécifique). Mais on écrira : « le massif du Mont-Blanc », dans lequel Mont-Blanc ce coup-ci, n'est plus un syntagme, mais un composé à trait d'union, jouant le rôle de nom propre spécifique caractérisant le nom commun générique massif, et formant avec lui le syntagme nominal massif du Mont-Blanc. Ce syntagme désigne, non plus le sommet (le mont Blanc), mais toute la montagne.


Majuscules dans les locutions nominales

Quand un nom propre prend la forme d'une locution nominale (résultant le plus souvent de la fixation d'un ancien syntagme nominal), on met une majuscule au premier nom (l'ancien nom noyau) :

Une organisation mondiale : les Nations unies
Une organisation française : l'Académie royale de langue et littérature française
La deuxième partie de la Bible : le Nouveau Testament
Une période historique : le Moyen Âge
La Côte d'Azur, le Val de Loire, l'Asie Mineure, le Bassin parisien, le Massif central, le Pays basque (ou le Pays basque), les îles Britanniques (ou les Îles Britanniques), la Montagne noire (ou la Montagne Noire), la Seconde Guerre mondiale (ou la seconde guerre mondiale), etc.


Majuscules dans les composés à traits d'unions

Quand un nom propre prend la forme d'un mot composé à traits d'unions, tous les éléments de ce composé prennent généralement une majuscule, sauf les mots-outils (déterminants, pronoms, mots de liaison) :

Les États-Unis, la Haute-Volta, le Nouveau-Mexique, le Royaume-Uni,...
Bourg-en-Bresse, Châlons-sur-Marne, Aix-la-Chapelle, Labastide-d'Armagnac,...
Notre-Seigneur, le Sacré-Cœur, Saint-Jean [Un village / une église / une fête],...


Majuscules dans les titres d'œuvres

Il faut souligner au préalable qu'un titre faisant en quelque sorte partie de l'œuvre elle-même, l'auteur peut utiliser sa liberté artistique pour la graphie de ce titre, qu'il convient bien sûr de respecter, même si celle-ci paraît irrégulière :

Titre d'un jeu de rôle : SimulacreS

Les usages en matière de titres d'œuvres (un livre, un film, un tableau, etc.) sont les suivants.

Titre d'un poème de Paul Verlaine : Donc, ce sera par un clair jour d'été…
Titre d'un film de Sergio Leone : Et pour quelques dollars de plus
- Le premier mot du titre (parfois cependant, l'article initial peut ne pas porter de majuscule) :
Titre d'une chanson de Charles Trenet : Le Jardin extraordinaire ou le Jardin extraordinaire
Titres de journaux : Le Figaro, Le Monde, L'Humanité ou le Figaro, le Monde, l'Humanité
- Le nom noyau ou les noms noyaux (s'il y en a plusieurs de coordonnés) :
Titre d'une fable de La Fontaine : Le Chien a qui on a coupé les oreilles
Titre d'un poème de Baudelaire : L'Homme et la Mer
- Toute épithète antéposée au nom noyau.
Titre d'un roman de Saint-Exupéry : Le Petit Prince

Les autres mots (à part les noms propres, répétons-le), ne prennent généralement pas de majuscule.


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