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Pic pétrolier

Le pic pétrolier (on entend fréquemment le terme anglophone peak-oil, mais il s'agit en fait d'une application particulière de la loi plus générale dite du Pic de Hubbert) désigne le maximum historique de production pétrolière, aussi bien pour un gisement, une zone ou un pays, que pour le monde. Après ce maximum, les conditions d'exploitation font que, bien que les réserves soient abondantes, la production ne fera que décroître. Le terme désigne également la crise prévisible découlant de l'épuisement des ressources pétrolières mondiales. Les experts les plus optimistes (les gouvernements étatsuniens et des pays de l'OPEP, les compagnies pétrolières) évaluent publiquement qu'elle surviendrait vers 2030. La croissance économique rapide de la Chine incite à avancer cette date au rythme actuel.

La courbe de Hubbert prédit la production de pétrole en fonction du temps
La courbe de Hubbert prédit la production de pétrole en fonction du temps

Les appels de plus en plus pressants de scientifiques à préparer nos infrastructures pour l'après pic pétrolier sont pour l'instant peu entendus, les solutions essentiellement pressenties sont le recours accru aux énergies renouvelables et à l'énergie nucléaire, et aux économies d'énergie, ce qui recoupe les préoccupations liées à l'effet de serre, mais une autre piste explorée, l'usage des hydrates de méthane présenterait des problèmes très importants en matière d'effet de serre.

Sommaire

Définition d'un pic pétrolier

Pour un gisement pétrolifère

La production de pétrole au cours du temps peut être représentée par une courbe. Cette courbe commence à zéro quand l'exploitation du gisement commence, et fini également à zéro lorsque le gisement est totalement épuisé. Entre ces deux moments, la production passe nécessairement par un maximum qui coïncide à peu près au moment ou la moitié du pétrole a été extrait. Une fois le pic passé, la production ne peut que décroître. En outre, le pétrole restant est considérablement plus difficile à extraire et est donc plus cher.

Il faut également noter que la production de pétrole n'est pas uniquement une question d'argent mais aussi d'énergie. En effet, le pompage et les diverses opérations mécaniques effectuées consomment de l'énergie. Quand le gisement s'épuise, il faut en dépenser de plus en plus pour extraire des quantités toujours décroissantes de pétrole. À la fin, on peut atteindre un point ou l'énergie nécessaire pour extraire un litre de pétrole dépasse celle contenue dans ce même litre. Le gisement n'est alors plus une source mais un puits d'énergie et son exploitation n'est plus rentable, quel que soit le prix du pétrole sur le marché, même s'il peut encore servir de sources de matière première (pour les plastiques par exemple). En d'autres termes, il faut comprendre qu'un gisement peut être considéré comme « épuisé » même s'il contient encore une quantité appréciable de brut.

Pour les principales régions de production

Ce phénomène est général et se vérifie pour toutes les zones de production. Ainsi en 1956, le géologue King Hubbert avait prédit la diminution de la production étatsunienne de brut à partir de 1970. Ce qui s'est produit. Le pic de production a déjà été dépassé dans de nombreux pays producteurs, tels que la Libye (1970), l'Iran (1976), l'URSS (1987), le Royaume-Uni (2000) et la Norvège (2000). Naturellement, si l'on considère la production mondiale de pétrole, il est évident que le même phénomène est à l'œuvre. La seule inconnue est la date à laquelle il surviendra. Selon un expert de la Maison blanche, l'Arabie saoudite aurait également passé son pic.

Pour savoir quand aura lieu le pic pétrolier d'une région, il suffit en théorie de connaître le montant des réserves à un moment t et les quantités extraites depuis le début de son exploitation : lorsque les quantités extraites sont égales à celles restant à extraire, le pic est atteint.
Toutefois, il est souvent difficile de connaître la valeur précise des réserves, et le pic n'est généralement identifié comme tel que plusieurs années après qu'il se soit effectivement produit.

Calcul des réserves mondiales

Il existe différentes façon de calculer les réserves de pétrole qui seront exploitables dans les décennies à venir.

Différents types de réserves

L'estimation des réserves disponibles dans un gisement est faite lors de sa découverte : il s'agit au départ de paris de géologues et d'ingénieurs, sauf quand le gisement est à moitié exploité : les estimations sont alors sures. Ces réserves sont les réserves initiales, celles sur lesquelles on se base pour calculer le prix de vente du gisement, l'investissement fait pour son exploitation, la valeur d'une entreprise. Ce premier type d'estimation est assez peu fiable, non en raison de l'avancement de la science, mais en raison des enjeux financiers : ainsi, en 1988, lors de la découverte du champ pétrolifère de Cusiana, en Colombie, la compagnie étatsunienne Triton a estimé son potentiel à 3 milliards de barils, une quantité importante qui a fait remonter le cours de son action. Mais BP a fait une nouvelle estimation du gisement après avoir commencé d'extraire le brut à Cusiana : 1,5 milliards de barils. Des experts de l'ASPO (voir ci-dessous) pensent que ce gisement ne dépasse pas 800 millions de barils.

En partant des gisements découverts, on extrapole différentes valeurs sur les réserves restantes à découvrir :

Ainsi, pour l'Algérie, on a F95 égal à 1,7 milliard de barils, F50 égal à 6,9 milliards de barils et F5 égal à 16,3 milliards de barils (données publiées par l'USGS (Études géologiques étatsuniennes, United States Geology Survey), dont la mission est d'informer le ministère de l'Intérieur étatsunien). Ces probabilités de découverte servent à juger de l'assisse financière d'un pays ; mais les gouvernements comme les banques utilisent en général une valeur médiane des trois, soit 7,7 milliards de barils, qui a moins d'une chance sur deux d'être finalement découverte.

Le sujet est extrêmement sensible pour les pays pétroliers : ainsi en 2002, la Douma a voté une loi d'après laquelle révéler les réserves de gaz et de pétrole russe est un crime passible de 7 ans de prison.

Pour justifier cela, les rapports s'appuient sur le fait qu'il existe plusieurs types de pétrole :

Des experts estiment cependant que les quantités produites seront toujours secondaires, car l'exploitation, même possible, de ces gisements, restera toujours difficile, lente et coûteuse.

Remise en cause des estimations officielles

Tout d'abord, l'USGS est un organisme qui est chargé d'informer le gouvernement étatsunien, et qui n'est pas tenu à la transparence.

Les pays producteurs de l'OPEP ont décidé en 1985 d'indexer leur production sur leur réserves. Ce qui était sage à l'époque, provoqua des relèvements des estimations à la hausse, afin d'obtenir des droits de production supérieurs. Ce relèvement permet également d'obtenir des prêts plus élevés, et à des taux meilleurs. C'est cette dernière raison qui explique le relèvement des réserves estimées de l'Irak en 1983, alors en guerre contre l'Iran.


Déclarations de réserves avec augmentations suspectes (en milliards de barils) d'après Colin Campbell, SunWorld, 1995
Année Abou Dhabi Doubai Iran Irak Koweit Arabie saoudite Venezuela
1980 28,00 1,40 58,00 31,00 65,40 163,35 17,87
1981 29,00 1,40 57,50 30,00 65,90 165,00 17,95
1982 30,60 1,27 57,00 29,70 64,48 164,60 20,30
1983 30,51 1,44 55,31 41,00 64,23 162,40 21,50
1984 30,40 1,44 51,00 43,00 63,90 166,00 24,85
1985 30,50 1,44 48,50 44,50 90,00 169,00 25,85
1986 31,00 1,40 47,88 44,11 89,77 168,80 25,59
1987 31,00 1,35 48,80 47,10 91,92 166,57 25,00
1988 92,21 4,00 92,85 100,00 91,92 166,98 56,30
1989 92,21 4,00 92,85 100,00 91,92 169,97 58,08
1990 92,00 4,00 93,00 100,00 95,00 258,00 59,00


Le total des réserves déclarées est de 701 milliards de barils, dont 317,54 douteuses.

Ce tableau suggère deux choses :

  1. tout d'abord, les pays producteurs affirment que les découvertes de nouveaux gisements, année après année, remplacent exactement ou presque les quantités produites, puisque les réserves disponibles de ces pays ne varient quasiment d'une année sur l'autre.
  2. que, en l'absence de grandes découvertes les justifiant, les réserves annoncées par ces pays sont au moins à 45 % fausses.

Enfin, la société Shell a annoncé le 9 janvier 2004 que 20 % de ses réserves devaient passer de prouvées à réserves possibles (c'est-à-dire incertaines). Cette annonce a fait chuter l'action et vaut à la société un procès, la valeur de la société ayant ainsi été frauduleusement augmentée. Depuis, elle a de nouveau révisé ses réserves trois fois, les faisant passer à 10 133 millions de barils (contre 14 500 millions). Son président, Phil Watts, a du démissionner.

L'ASPO

L'ASPO est l'Association pour l'étude du pic pétrolier et gazier (Association for the Study of Peak Oil and gas). C'est un réseau presque informel d'ingénieurs, de géologues, de scientifiques de disciplines diverses et d'économistes, qui cherche à déterminer le moment où le pic pétrolier mondial va survenir, et ses conséquences sur l'économie.

Selon l'ASPO, les prévisions de production sont surévaluées pour des raisons boursières et politiques. Elle prédit que le pic pétrolier mondial se produira vers 2010 et le pic gazier vers 2020. Elle se donne donc pour mission d'alerter les opinions et les pouvoirs publics sur ce problème, et sur les questions des énergies alternatives (renouvelables ou nucléaire).

L'ASPO estime à 1980 milliards de barils les réserves de pétrole conventionnel (réserves existantes ou ayant existées, c'est-à-dire découvertes et/ou exploitées, plus les quantités de pétrole à découvrir). Pour l'USGS, elles sont au moins de 3000 milliards. Les besoins journaliers étaient en 2003 de 77 millions de baril (soit 28,1 milliards de baril par an), et la consommation totale depuis 1859 est de 900 milliards de barils.

Conséquences sur l'économie

Le pétrole connaît quatre débouchés principaux. Les deux premiers utilisent son potentiel énergétique, il s'agit des transports et de l'énergie domestique : chauffage en grande partie, et électricité. Il fournit au total 40 % de ressources énergétiques consommées annuellement sur la planète. Les deux autres utilisent une part significativement moins importante de la production pétrolière, mais par contre l'un est essentiel dans nos sociétés, il s'agit de l'agriculture, et l'autre est devenu incontournable comme fournisseur de matières premières légères, il s'agit de la plasturgie.

Transports

Actuellement, 96 % des transports mondiaux utilisent des hydrocarbures comme énergie : que ce soit le transport maritime, le transport aérien, fluvial, routier, tous n'utilisent que des moteurs à explosion. Le seul secteur où le moteur à explosion n'est pas prépondérant, c'est le transport ferroviaire de passagers, en grande partie électrifié (encore une part non négligeable de cette électricité est produite avec du pétrole).

Des recherches sont en cours pour mettre au point des véhicules propres.

Voir aussi : Biocarburant

Énergie domestique

Pour ce qui est du chauffage, pour remplacer le fioul et l'électricité d'origine pétrolière, diverses solutions existent :

Les économies d'énergies possibles sont à envisager (Negawatt ), il est possible de réduire de 50 à 80 % les dépenses d'énergie domestique, par exemple avec des habitations ne nécessitant pas de chauffage, seule une ventilation mécanique étant nécessaire (cette méthode est basée principalement sur l'isolation et l'effet de serre des vitres).

Une approche de cette « bonne conception » architecturale est la démarche Haute qualité environnementale qui se développe beaucoup, dans les chantiers publics surtout, pour l'instant.

Agriculture

Bien que ce secteur ne semble que peu concerné par un renchérissement fort et durable du pétrole, il sera peut-être le plus durement touché. En effet, l'agriculture intensive repose sur l'utilisation d'intrants (engrais chimiques, pesticides) en grande part élaborés à base de pétrole. Sans compter l'usage de multiples éléments plastiques et surtout le carburant pour les engins agricoles (ce denier points est vrai pour toute l'agriculture occidentale, qu'elle soit productiviste ou non). Si l'on combine le renchérissement de ces engrais à un renchérissement de l'utilisation des machines dans l'agriculture, on remet en cause deux des moteurs de la révolution verte qui a eue lieu au XXe siècle, au cours duquel la population mondiale a quadruplée.

Le pétrole pourrait bien sur être théoriquement remplacé par des carburants issus de l'agriculture (les biocarburants) ainsi que les pesticides, mais les recherches seront encore longues, et la transformation du modèle agricole est inévitablement longue, ce qui permet de supposer une grave crise due au retard de mise en adequation avec les nouveaux paramètres. Il est peu probable que l'agriculture puisse se maintenir dans le modèle productiviste actuel (modèle productiviste qui n'est de toute façon pas apte a se maintenir même sans pic pétrolier).

Voir aussi : permaculture | agriculture biologique | productivisme | FNSEA | confédération paysanne | Via Campesina

Industrie

Société de consommation

Plasturgie

Aujourd'hui, une grande part des matériaux d'emballages, de fabrication de produits industriels utilisent du plastique, c'est-à-dire du pétrole transformé. Un choc pétrolier propulsant le prix du baril à plus de 50 dollars de façon durable et irréversible pourrait remettre en cause cet usage fait du pétrole, qu'il sera difficile de remplacer. Beaucoup de choses (vin, moutarde, pâtes, bonbons...) se vendaient en vrac dans les années 1950 sans que cela ne gêne grand monde.

Il est possible de produire certaines matières plastiques en utilisant des végétaux ou des bactéries; la diversité des plastiques pétrochimiques reste pour le moment très loin d'être couverte par les plastiques végétaux. Ces produits ne sont pas encore non plus finalisés pour une utilisation industrielle :

Conséquences géopolitiques

Le pétrole étant une ressource importante pour les économies des différents pays du monde, sa raréfaction entraînera une crise économique pour les pays n'en disposant pas en quantité suffisante, ou ne pouvant pas remplacer le pétrole par une autre source d'énergie.

Historique des guerres du pétrole

Les offensives britanniques de la Première Guerre mondiale en Irak et en Palestine visait à occuper des territoires pressentis comme riches en pétrole. La pacification française de la Syrie assurait à la France un approvisionnement régulier.

La Syrie fut défendue par les troupes vichyssoises contre les FFL, car l'Allemagne nazie avait absolument besoin de pétrole. Celle-ci mena d'ailleurs une offensive en 1942 vers les gisements russes du Caucase à Bakou, et la constitution de l'Afrika korp obéissait en partie à cette logique.

En 1941 le Japon considéra qu'il devait faire guerre aux États-Unis malgré la disproportion des forces puis mena une offensive vers l'Indonésie, car il avait besoin du pétrole qui s'y trouvait (et qu'il ne contrôla d'ailleurs jamais).

Importateurs principaux

Actuellement, les trois principaux importateurs mondiaux de pétrole sont les États-Unis d'Amérique, la Chine (importateur net depuis 1996 et deuxième importateur mondial depuis le deuxième trimestre 2003) et le Japon (deuxième importateur jusqu'en 2003). La Chine notamment voit ses importations croître de 9 % par an, et consomme déjà 20 % de l'énergie des pays de l'OCDE.

Pour ces pays, il est vital de savoir à quel prix et en quelles quantités ils peuvent recevoir du pétrole. Il peut être également très intéressant de pouvoir distribuer certaines quantités à des alliés dans le besoin.

Politique de prépositionnement étatsunienne

Depuis quelques années, les États-Unis mènent des opérations militaires de manière à occuper une position favorable dans les zones ou à proximité des zones pétrolifères.

Ainsi, en 2001, l'Afghanistan est envahi et occupé depuis. Les pays d'Asie centrale sont des producteurs de pétrole. Mais les espoirs sont déçus, puisqu'en 2002, BP annonça que les gisements inexploités de la Caspienne ne recelait pas 200 milliards de barils comme espéré, mais 39 milliards d'un pétrole de mauvaise qualité.

En 2003, les îles de Sao Tomé et Principe ont signé un accord autorisant les États-Unis à implanter des bases militaires sur leur territoire. Ces îles offrent des implantations de choix dans le Golfe de Guinée, à proximité des gisements du Nigeria, de l'Angola et du Brésil, qui totalisent près de 85 milliards de barils de réserves, soit de quoi satisfaire 3 à 4 années de la demande mondiale. De plus, le golfe de Guinée est traversé par les pétroliers allant du golfe Persique aux États-Unis.

En 2003 également, les États-Unis ont envahi l'Irak, qui possède les 3e réserves du monde. De plus, il leur offre une base de départ vers le Caucase (pétrole de Bakou et oléoducs d'Asie centrale vers l'Europe), vers l'Iran (pris en tenaille avec l'Afghanistan), et vers l'Arabie Saoudite. Ils sont également à proximité immédiate des autres émirats du golfe.

La Chine s'était opposé à l'ONU à cette guerre.

Conclusion

Il sera intéressant de voir si :

L'un de ces événements confirmerait les affirmations de l'ASPO.


Le 11 octobre 2004, le baril de brut a de nouveau franchit un plus haut historique au New York Mercantile Exchange (NYMEX), en s'établissant à 53, 42 $.Depuis le début de l'année, la hausse se chiffre à 64%. Quand au baril de Brent, il a pour la première fois franchi la barre symbolique des 50 $ le même jour.

Voir aussi

Liens externes




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