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Pédérastie

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Éraste & éromène, coupe à figures rouges
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Éraste & éromène, coupe à figures rouges

Le mot pédérastie (du grec ancien παιδ- paid- « enfant » et ἐραστής erastès « amant ») désigne à l'origine une institution morale et éducative de l'Antiquité, bâtie autour de la relation particulière entre un homme mûr et un jeune garçon.

Il fait son apparition en langue française au XVIe siècle, et connaît rapidement une série de glissements sémantiques qui l'éloigneront considérablement de sa signification première. Quasiment abandonné au début du XXe siècle au profit du terme homosexualité, il est peu à peu réintroduit avec le sens de préférence sexuelle d'un homme adulte pour les garçons adolescents, plus conforme à son étymologie mais néanmoins différent de son sens initial. Cette restriction à la composante sexuelle résulte à la fois de l'importance prise par le discours sexologique dans les sociétés occidentales contemporaines et du fait que la pédérastie y ait depuis longtemps disparu en tant qu'institution.

Dans son sens contemporain, la pédérastie apparaît comme un cas particulier de ce que certains sexologues nomment hébéphélie ou encore éphébophilie, à savoir l'attirance sexuelle d'un adulte pour les adolescents, sans précision de sexe. Toutefois ces vocables du discours médical ne font pas l'unanimité, et ils n'apparaissent de fait dans aucune des classifications internationales des troubles mentaux. Malgré quelques tentatives de récupération du terme pédérastie par certains psychiatres, celle-ci ne constitue pas aujourd'hui une catégorie médicale.

La pédérastie a connu une histoire mouvementée, ainsi qu'une culture particulièrement riche et étendue. Longtemps restée la principale référence en matière d'homosexualité, elle a finalement été rejetée par la majorité des militants homosexuels au cours de leur mouvement d'émancipation, dans la seconde moitié du XXe siècle.

La sexualité entre adultes et adolescents (particulièrement de type pédérastique) est généralement mal connue et souvent confondue aujourd'hui avec la pédophilie. Ces relations suscitent d'importantes questions morales : beaucoup de gens les réprouvent, les considérant comme négatives pour le développement psychologique de l'adolescent.

Les législations nationales fixent un âge de majorité sexuelle, variable selon les États mais généralement inférieur à celui de la majorité civile, à partir duquel les relations sexuelles entre adultes et adolescents sont permises, sous certaines conditions. Dans plusieurs pays, cet âge peut varier selon qu'il s'agit de relations homosexuelles ou hétérosexuelles.


Sommaire

Histoire du mot pédérastie

La manière dont les Occidentaux du XXIe siècle abordent et se représentent la sexualité dépend pour une large part du discours sexologique qui commença à se constituer et à se structurer à la fin du XIXe siècle. Or, les catégories sexuelles actuelles s'appliquent très mal non seulement aux autres civilisations mais encore aux sociétés européennes des siècles passés.

La condamnation par l'Église catholique de toutes les pratiques sexuelles ne visant pas la reproduction dans le cadre du mariage exerça une influence considérable et prolongée sur la sexualité occidentale.

C'est d'abord un vocabulaire d'origine religieuse qui servit à désigner les relations sexuelles « contre nature ». Les mots sodomie et bougrerie datent du Moyen Âge. Le premier fait référence à l'épisode de la destruction par Yahweh de Sodome et Gomorrhe, rapporté dans le livre de la Genèse. Le second est probablement une allusion lointaine aux origines géographiques du catharisme, hérésie chrétienne apparue en Bulgarie à la fin du Xe siècle. L'étymologie de bougre a toutefois été contestée à la fin du XIXe siècle par Charles Toubin pour qui le mot bougre, au sens de sodomite, dériverait du gaélique bugair (pédéraste) venant de beag, petit, ou big, enfant.

Bougrerie s'employait pour désigner les relations charnelles entre individus de même sexe. L'extension du mot sodomie était en revanche beaucoup plus large qu'aujourd'hui, allant de la masturbation solitaire aux activités sexuelles entre humains et animaux. Il désignait en somme l'ensemble des pratiques sexuelles « contre nature », c'est-à-dire ne visant pas la reproduction.


XVIe siècle

D'origine païenne, le mot pédérastie fit son apparition dans le dernier quart du siècle. La redécouverte de la culture antique avait été l'occasion d'un renouveau artistique et philosophique de première importance dans l'histoire des sociétés européennes. Selon Jean-Claude Féray, « la Renaissance (…) souffla une brise fraîche, empreinte de paganisme, une brise qui embaumait l'Éros garçonnier, sur les miasmes scolastiques du péché contre-nature ou du vice sodomique ».

Pédérastie resta malgré tout d'un emploi rare et savant, largement devancé par sodomie et bougrerie.

Au XVIe siècle toutefois, les relations sexuelles impliquant un homme et un garçon (enfant ou adolescent) firent l'objet d'un traitement particulier, qui les distinguait des relations homosexuelles entre adultes. On recourait alors au mot stupre. À cette époque, stupre désignait en effet les relations sexuelles avec une veuve, avec une jeune fille vierge ou avec un garçon.


XVIIe et XVIIIe siècles

Au XVIIe siècle, un seul dictionnaire de langue française comprend l'entrée pédéraste, défini par le recours erroné au pseudo-synonyme sodomite (Pierre Richelet, Dictionnaire françois contenant les mots et les choses, Genève, 1680).

Au XVIIIe siècle, c'est seulement dans sa quatrième édition, en 1762, que le dictionnaire de l'Académie française accepte pédérastie dans ses entrées : « Passion, amour honteux entre des hommes ».

L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1750-1765) ne mentionne ni le mot ni ce qu'il recouvre. Tout au plus voit-on le sujet évoqué à demi-mot à la fin de l'article Sodomie : « On punit de la même peine ceux qui apprennent à la jeunesse à commettre de telles impuretés ; ils subissent de plus l'exposition au carcan avec un écriteau portant ces mots, corrupteur de la jeunesse ».

Seule une minorité de lettrés continuera à utiliser le terme rare de pédérastie dans son sens étymologique pour désigner l'amour des garçons.

Voltaire, en particulier, écrit dans son Dictionnaire philosophique un article consacré à l' « Amour socratique » (plusieurs éditions dans les années 1760). On y relève quatre occurrences du mot pédérastie. « Souvent, explique Voltaire, un jeune garçon, par la fraîcheur de son teint, par l'éclat de ses couleurs, et par la douceur de ses yeux, ressemble pendant deux ou trois ans à une belle fille ; si on l'aime, c'est parce que la nature se méprend : on rend hommage au sexe, en s'attachant à ce qui en a les beautés ; et quand l'âge a fait évanouir cette ressemblance, la méprise cesse. » « Ces amusements ont été assez communs entre les précepteurs et les écoliers, note-t-il encore. Les moines chargés d'élever la jeunesse ont toujours été un peu adonnés à la pédérastie. C'est la suite nécessaire du célibat auquel ces pauvres gens sont condamnés. » Plus loin : « L'amour des garçons était si commun à Rome, qu'on ne s'avisait pas de punir cette turpitude dans laquelle presque tout le monde donnait tête baissée », « on s'attachait à un jeune homme, au sortir de l'enfance, pour le former, pour l'instruire, pour le guider ; la passion qui se mêlait à ces amitiés, était une sorte d'amour, mais d'amour pur. C'est seulement sous ce voile, dont la décence publique couvrait les vices, qu'ils étaient tolérés par l'opinion. (…) Ce vice est très rare parmi nous, et il y serait presque inconnu sans les défauts de l'éducation publique. »

Jeremy Bentham est souvent présenté comme l'un des tout premiers auteurs britanniques à avoir milité pour la dépénalisation de l'homosexualité au sens actuel, avec son Essai sur la pédérastie (1785). En réalité, il employait bien pédérastie en accord avec son étymologie : « Tous les documents que les Anciens nous ont laissé sur ce sujet (…) s'accordent en ceci que ce n'est durant que très peu d'années de sa vie qu'un mâle continue à être un objet de désir, même pour ceux dans lesquels l'infection de ce goût est la plus forte. »


XIXe siècle

En même temps que le XIXe siècle voyait se répandre le mot pédérastie, le mot continua à perdre au fil du siècle sa signification première.

En 1835, la sixième édition du dictionnaire de l'Académie française marquait une spectaculaire régression dans la définition donnée à pédérastie : « Vice contre nature ».

Le Dictionnaire des dictionnaires publié sous la direction de Paul Guérin fut le premier à comprendre une définition du mot pédérastie qui fît référence aux garçons : « Passion criminelle d'un homme pour un jeune garçon ou des hommes entre eux. »

Les autres dictionnaires lui emboîtèrent alors le pas. Le glissement sémantique continua pourtant à s'opérer vers le sens d'amour ou de rapports sexuels entre hommes. Quant au pédéraste, il était généralement défini comme « Adonné à la pédérastie ». Dans tous les cas, les lexicographes affichaient dans leurs définitions mêmes leur condamnation morale de ce désir et de ces pratiques sexuelles (condamnation réelle ou feinte, quoi qu'il en soit attendue).

Quelques personnalités osèrent s'exprimer au sujet de la pédérastie d'une tout autre manière, tel Proudhon (1809-1865) : « Pourquoi nous étonner si fort, après tout, d'un attachement qui a des racines dans la nature même ? Ne savons-nous pas qu'il existe entre l'adolescent et l'homme fait une inclination réciproque, qui se compose de mille sentiments divers et dont les effets vont bien au-delà de la simple amitié ? » (De la justice dans la révolution et dans l'Église)

« Tous, nous aimons à voir, à caresser les jeunes garçons, quand leur figure a de l'attrait. La pédérastie vient bien moins, comme on l'imagine, de la privation ou de l'abus des jouissances conjugales, que de cette vague intuition de la beauté masculine, qui éprend tout à coup le cœur inattentif d'un incompréhensible amour. » (Carnets, Tome 3)

Proudhon fut pourtant aussi un virulent pourfendeur de la pédérastie. Mais employait-il alors ce terme toujours dans le même sens ou bien dans celui qui finissait par s'imposer, à savoir celui de relations sexuelles entre hommes ?

Dans la seconde moitié du siècle, le discours médico-légal restreignit encore ce dernier sens à celui de coït anal entre hommes, puis à celui de coït anal tout court, et cet emploi à contresens du mot pédérastie finit par devenir des plus communs.

Les relations décrites impliquaient le plus souvent des partenaires masculins, indépendamment d'une éventuelle différence d'âge, mais parfois aussi des partenaires de sexe opposé (« pédérastie conjugale » in Brouardel, « Sodomie conjugale », Gazette des Hôpitaux, 1887 ou encore « La pédérastie se pratique aussi par l'homme sur la femme » (Dr Auguste Lutaud) dans l'article PÉDÉRASTIE in Dr Paul Labarthe et al., Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privée, 1887), voire d'espèces différentes (« la pédérastie entre le chien et l'homme » in Annales d'Hygiène publique et de médecine légale, 1888).

Ce sens particulier était tellement présent dans les esprits que certains comme le médecin légiste prussien Johann Ludwig Casper (1796-1864) jugeaient nécessaire d'ajouter des qualificatifs lorsqu'ils décrivaient une activité homosexuelle sans coït anal (« pédérastie masturbatoire »). Parfois, pour décrire le cas d'hommes ayant eu des relations sexuelles avec des garçons sans pénétration anale, on utilisait les mots inverti ou inversion sexuelle mais ni ceux de pédéraste ou de pédérastie. Le comble du paradoxe fut atteint chez Krafft-Ebing, qui crut bon de préciser, à propos d'un homme trouvant plaisir à pratiquer des échanges masturbatoires avec des garçons de treize à quatorze ans dont il était amoureux, qu'il « détestait la pédérastie » (Psychopathia sexualis, avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle, traduction de la huitième édition allemande, 1895). Au lieu de remettre en question le biais pris par le mot pédérastie dans le langage médico-légal, Casper en défendit la pertinence, au mépris du sens étymologique : « Déjà le nom, amour pour les jeunes garçons, que l'on trouve dans les anciens auteurs, n'est pas exact, car nous citerons dans les observations des cas où les désirs sexuels ont été assouvis entre individus mâles d'un âge avancé. » (Traité pratique de médecine légale, 1862).

Si cette définition qui avait cours dans le milieu médico-légal pouvait apparaître dans un petit nombre de dictionnaires spécialisés (médecine et sexologie), elle n'a jamais figuré dans aucun dictionnaire universel de langue française. Et tandis que les médecins légistes continuaient à confondre pédérastie et coït anal, écrivains ou lettrés furent plusieurs à utiliser le mot pédérastie dans son sens étymologique d'amour des garçons (Nicolas Blondeau, Dictionnaire érotique latin-français, 1885).

Pour échapper aux confusions de l'époque, d'autres auteurs préférèrent toutefois exhumer le mot philopédie, utilisé dans certaines traductions du grec, et en dériver philopède et philopédique. D'autres encore recouraient plutôt à l'expression d'amour grec pour désigner la passion amoureuse de certains hommes pour des garçons. Expression à rapprocher de l'anglais boylove et de l'allemand Knabenliebe, plus explicites.

Le XIXe siècle vit par ailleurs le développement de la police des mœurs, en réponse aux problèmes liés à une urbanisation croissante. En France, le discours policier associa alors rapidement pédérastie et prostitution homosexuelle (sans considération de l'âge des prostitués). Il est surprenant de voir survivre ce sens au moins jusqu'en 1999 sous la plume de sexologues canadiens (restreint toutefois à la prostitution impliquant des mineurs) : « À l'encontre, la pédérastie est plutôt le fait de rechercher la prostitution infantile. La pédérastie est bien établie dans le cadre d'un commerce où il y a argent en échange des faveurs obtenues.» (Elysa (site canadien sur la sexualité humaine, participant au Réseau canadien de la santé - Canadian Health Network), 1999).

En réaction au discours-médical et policier centré sur le corps et l'infamie naquit dans les années 1860 le concept d'homosexualité, terme forgé par le Hongrois germanophone Karl Maria Kertbeny (1824-1882). Le discours médical tenta d'y substituer son concept d'inversion sexuelle, calqué sur celui d'homosexualité mais cherchant à s'en démarquer par la référence à une norme sexuelle. En vain. Le recours de plus en plus fréquent aux notions d'homosexualité ou d'inversion sexuelle aurait pu se traduire par la disparition progressive du terme pédérastie.

XXe siècle

Le discours scientifique ne recourra presque jamais plus à pédérastie ou à pédéraste. Même lorsque se voyait abordé le sujet de l'amour des garçons chez les Grecs anciens, on recourait dans la première moitié du XXe siècle plus volontiers à l'expression d'« homosexualité grecque ».

Parallèlement, le substantif pédéraste survivait dans la littérature comme synonyme erroné d'homosexuel, auquel il finirait d'ailleurs peu à peu par laisser la place. Dans le langage courant, pédé, qui en découle par apocope, achève de laisser la place à homo et gay/gai, et ne survit plus guère aujourd'hui que comme injure, d'ailleurs souvent sans référence à la sexualité de la personne visée.

Les dictionnaires du XXe siècle cessèrent finalement d'employer un vocabulaire axiologique. Est demeurée toutefois la tendance à associer ce mot à une pratique. Le Larousse illustré et le Dictionnaire du français d'Hachette ont ainsi continué à définir le pédéraste comme « Celui qui s'adonne à la pédérastie ». Le Petit Robert pour sa part persiste aujourd'hui encore à définir la pédérastie comme le « Commerce charnel de l'homme avec le jeune garçon » (en ajoutant « et par ext. Toute pratique homosexuelle masculine »).

Ces définitions, centrées sur la pratique sexuelle, ne permettent pas de penser le phénomène dans son ensemble. Ainsi passés sous silence, l'amour, le désir, les sentiments éprouvés par certains hommes pour un ou plusieurs garçons, et qui peuvent très bien exister indépendamment de toute pratique sexuelle, voient en effet leur existence ignorée sinon niée.

La définition que donne le Petit Larousse illustré du mot pédérastie échappe toutefois en partie à cette critique : « Attirance sexuelle d'un homme adulte pour les jeunes garçons ; relation physique fondée sur cette attirance. » La définition du Dictionnaire du français édité par Hachette en est très voisine : « Attirance sexuelle ressentie par un homme pour les jeunes garçons ; relation physique entre un homme et un jeune garçon. » En séparant attirance et pratique, ces deux dictionnaires offrent une description plus générale de la pédérastie.

Le Grand Larousse universel dans son édition de 1994 marque néanmoins un retour en arrière en évacuant l'idée d'attirance : « Pour un homme, choix d'un jeune garçon ou d'un adolescent comme partenaire sexuel. » Cette définition, en distinguant jeune garçon et adolescent, met par ailleurs en évidence un certain flou terminologique : s'il semble que l'expression de jeune garçon désigne couramment un jeune adolescent, par opposition à petit garçon qui désigne un garçon impubère, on est amené à supposer que jeune garçon doit désigner, pour les auteurs de cette définition, un garçon prépubère (âgé de dix à douze ans en moyenne). La définition du Grand Larousse universel fait donc ainsi se chevaucher partiellement pédérastie et pédophilie (définie comme l'attirance sexuelle d'un adulte pour les individus impubères, âgés de moins de treize ans en moyenne).

En dépit d'une différence fondamentale, les trois dernières définitions citées réduisent chacune la pédérastie à sa composante sexuelle. Les sentiments amoureux sont encore du domaine de l'impensé.

Apparemment, seul se distingue ici le Trésor de la langue française, qui donne pour définition du premier sens de pédérastie : « Attirance amoureuse ou sexuelle d'un homme pour les jeunes garçons, enfant ou adolescent (avec ou sans rapports homosexuels correspondants). » On notera que cette définition inclut totalement la pédophilie masculine homosexuelle, ce qui présente matière à débat.

En résumé, les dictionnaires du XXe siècle ont abandonné les jugements de valeurs encore fréquents au siècle précédent et donnent du mot pédérastie une définition plus conforme à son sens étymologique et historique. Cette évolution s'explique peut-être par la récupération du terme, au cours du siècle, par les défenseurs de l'amour des garçons, après qu'il eut été abandonné par le milieu médical et judiciaire.

La littérature du début du XXe siècle ne semble pas avoir accordé de spécificité aux relations de type pédérastique. Ainsi le narrateur de Pédérastie active (1907) entretient-il des relations sexuelles aussi bien avec des garçons de douze et quinze ans qu'avec de jeunes hommes. La pédérastie et ce qu'on nomme aujourd'hui homosexualité relèvaient alors d'une même marginalité.

Il semblerait qu'André Gide eût été le premier écrivain à vouloir établir une nette distinction entre les deux concepts. Néanmoins, il reconnut son échec à la fin de sa vie, dans Ainsi soit-il (publié en 1952) : « J'ai tenté pour ma part de faire le départ entre pédéraste selon l'acception grecque du mot : amour des garçons, et les invertis, mais on n'a consenti à n'y voir qu'une discrimination assez vaine, et force m'a été de me replier. »

Henry de Montherlant, bien qu'il eût été lui aussi attiré par les jeunes adolescents, ne voulut jamais s'ouvrir publiquement au sujet de la pédérastie, au contraire de Roger Peyrefitte qui s'exprima souvent sur la question. Pour le premier comme pour le second, la pédérastie impliquait rapports sexuels et coït anal. Pour cette raison, Roger Peyrefitte a pu écrire d'André Gide (qui ne pratiquait pas la sodomie, au sens actuel du terme) qu'il fut « patriarche d'une secte dont il n'était pas ». Il s'agissait là d'une opinion très contestable : tout d'abord, dans le cadre d'une relation sexuelle, quelle qu'elle soit, la sodomie apparaît comme une pratique parmi beaucoup d'autres ; en outre, chez les Grecs, à l'origine du mot pédérastie, c'étaient les rapports intercruraux (intromission du sexe de l'adulte entre les cuisses du garçon) qui étaient, semble-t-il, les plus pratiqués ; enfin, l'existence d'une attirance amoureuse et sexuelle pour les adolescents peut exister indépendamment de toute relation sexuelle effective. La restriction de sens opérée par Roger Peyrefitte tendait ainsi à exclure du champ langagier une multitude d'hommes attirés par les garçons.

Aujourd'hui, seuls quelques écrivains français d'orientation homosexuelle font état de la pédérastie, parmi lesquels Dominique Fernandez.

Quel qu'ait pu être le rôle de ces écrivains, la fréquence de l'emploi erroné de pédéraste et de pédérastie en lieu et place des termes homosexuel et homosexualité n'a cessé de décroître dans la seconde moitié du siècle.

Dans le sillage de l'affaire Dutroux et de la généralisation du traitement médiatique des affaires dites « de pédophilie », on a pu assister en 1998 à une tentative de récupération de pédéraste et pédérastie par deux psychiatres français, Arnaud Martorell et Roland Coutanceau, qui ont choisi de désigner par le terme de pédéraste une personne ayant commis au moins un passage à l'acte de nature sexuelle sur au moins un enfant, préférant réserver le terme pédophile à la personne en prise avec des attirances pédophiliques mais n'étant pas passée à l'acte. Cela n'a en soi rien d'absurde, erastes évoquant effectivement l'agir, au contraire de philes. Cette option terminologique n'en est pas moins contestable, non seulement parce qu'elle fait fi de l'histoire du mot pédérastie au XXe siècle mais aussi parce que le mot grec faisait référence concrètement à des adolescents et non à des enfants. Le néologisme pédosexuel, s'il n'est guère heureux sur le plan lexical, permet toutefois d'opérer la distinction souhaitée par ces deux psychiatres sans dévoyer le sens d'un mot préexistant.


XXIe siècle

On voit que le mot pédérastie a connu une histoire passablement mouvementée et chaotique de sorte qu'aujourd'hui encore son emploi peut entraîner des quiproquos ou donner naissance à un sentiment d'incertitude : est-on sûr d'être compris ou de parler de la même chose que ses interlocuteurs ?

Pour différentes raisons, certains préfèrent donc éviter d'employer ce terme. Les uns pensent qu'il conviendrait de réserver l'emploi du mot pédérastie à l'institution de la Grèce ancienne, et préfèrent parler d'homosexualité pédérastique ou d'homosexualité de type pédérastique pour désigner l'attirance amoureuse et/ou sexuelle que certains hommes éprouvent pour les adolescents. Jean-Claude Féray opte pour une autre solution. Il est l'auteur d'un travail de recherche approfondi sur l'histoire du mot pédérastie dans la langue française, sur lequel s'appuie l'essentiel de cette rubrique ; pour désigner l'amour des garçons (au sens platonicien, « pas nécessairement platonique »), il propose la graphie suivante, paidérastie, dans l'intention de lever les ambiguités du mot dans sa graphie originale.

De nos jours, un grand nombre de pédérastes à travers le monde s'identifient comme boy-lovers, boylovers ou BL. Ces termes, sinon forgés du moins réactivés par le groupe des poètes uraniens (poètes pédérastes anglais et américains de la fin du XIXe siècle et du premier quart du XXe siècle), doivent cette popularité inattendue au développement du World Wide Web, lieu de rassemblement de toutes sortes de minorités. Or le Web fut d'abord anglophone, et beaucoup de termes anglais ont pu passer tels quels dans les autres langues, sans faire l'objet de traductions. En français, l'histoire de pédérastie et de pédéraste, ainsi sans doute que leurs connotations péjoratives (dues principalement à l'utilisation abondante de l'injure pédé), peuvent en outre expliquer les réticences de maints pédérastes francophones à l'emploi de ces deux termes, ainsi que la promptitude avec laquelle ils ont été si nombreux à faire leurs les mots boy-love et boylovers, vierges de toute histoire à leurs yeux. Même si ces anglicismes traduisent exactement le sens étymologique de pédérastie et de pédéraste, ils présentent néanmoins en pratique l'inconvénient de désigner aujourd'hui aussi bien les pédophiles homosexuels que les pédérastes. Il semblerait en outre que sous l'étiquette boylove la pédophilie soit plus représentée sur le Web que la pédérastie. Or beaucoup de pédérastes ne souhaitent pas être assimilés aux pédophiles, ne serait-ce qu'au vu de l'opprobre qui frappe aujourd'hui ces derniers. Enfin, ces termes d'origine anglaise se voient contestés par les mouvements de protection de l'enfance, pour lesquels pédophilie est incompatible avec l'idée même d'amour (love).

Il semblerait donc que l'histoire du mot pédérastie soit loin d'être terminée.


Histoire de la pédérastie

Les origines de la pédérastie institutionelle en Grèce classique

Si les Grecs anciens n'ont pas inventé la pédérastie en tant qu'attirance, ce sont les premiers à l'avoir discutée, étudiée et dans certaines cités organisée et érigée en institution. Il s'agissait, notamment à Sparte et à Athènes, d'une institution très codifiée d'éducation des adolescents mâles de bonne famille, par des hommes mûrs. Selon les cités, les relations sexuelles était permises ou non.

Le lien pédérastique est donc un lien de couple reconnu par la société antique, entre un éraste (adulte) et un éromène (adolescent). Il bénéficie de nombreux équivalents symboliques dans les religions ou la mythologie, concernant des dieux ou des héros selon les cités (Zeus et Ganymède, Apollon et Hyacinthe, Héraclès et Iolas, Thésée et Pirithoos), et parfois de législations particulières (code de Gortyne).

Cet environnement socio-culturel faisait de la pédérastie un mode reconnu de formation des élites, sur le mode ésotérique (un maître-un élève), dont l'exemple le plus explicite est le personnage d'Alcibiade. Dans le Banquet de Platon, Alcibiade tente de séduire Socrate en lui offrant ses faveurs, pour lui ravir sa science. Par la suite, Alcibiade sera chef d'armée, puis homme politique.

Données historiques de l'institution

A l'age où les jeunes garçons sortent des jupes de leur mère et du quartier des femmes dans la maison, deux institutions les attendent : l'agela et la palestre.

L'agela (ἀγέλη, littéralement « troupeau ») est l'équivalent d'une bande d'amis. Cependant, sa constitution est aussi représentative de la société, car en général on se fréquente par affinités de classes sociales. Le « chef » est généralement un peu plus âgé, sa famille est un peu plus riche ou puissante, il est meneur de l'agela, protège les autres, les fait bénéficier des largesses de sa famille.

La palestre (ou gymnase) est le lieu de l'éducation des garçons, les éphèbes. On y pratique les exercices du corps, mais aussi de l'esprit. On y est nu pour les exercices, on s'assied de même sur le sable pour écouter le maître et tracer sur la cire son alphabet.

Les hommes, du moins les citoyens, fréquentent l'agora, où ils assument leurs obligations sociales et politiques, parfois avec des charges publiques particulières. Certains sont aristocrates et appartiennent à la classe des curètes (« chevaliers »), ce qui leur donne des responsabilités militaires en cas de conflit. S'ils sont assez riches, ils administrent leurs biens où travaillent des esclaves, et en dehors des conversations publiques de l'agora, pratiquent une autre forme de socialisation entre hommes, privée celle-là, le banquet ou symposion, qui réunit des amis proches, à coup sûr les anciens membres d'une même agela.

Pour passer le temps, il est d'usage d'aller à la palestre, qui jouxte le gymnase. C'est un lieu de rencontre, pour bavarder entre hommes à l'ombre, et regarder aussi bien les prouesses des athlètes qui s'entrainent, que ces éphèbes qui s'instruisent, et font l'objet des conversations. Il n'est pas interdit de les aborder à l'extérieur, pour des privautés que les grecs apprécient. C'est pour protéger leur progéniture de ces sollicitations que les familles font accompagner les garçons à la palestre par un esclave spécialisé, le pédagogue (de παιδ- paid, « enfant » et ἄγω agô, « conduire »), qui attend la fin de la leçon pour ramener ses protégés.

Chez les Grecs, au delà de la relation sexuelle occasionnelle (les prostitués sont le plus souvent des jeunes gens), il est normal d'être séduit par un jeune garçon, et d'en faire publiquement état, pourvu qu'il présente les deux caractéristiques nécessaires pour justifier cette emprise : il doit être καλός kalos (beau) et ἀγαθός agathos (bon, courageux, droit et réservé). Kalos se rapporte au physique, et agathos à l'âme.

Dès lors, on peut faire publiquement sa cour, offrir des cadeaux pédérastiques, se lamenter de n'être pas payé en retour, dans un jeu de séduction réciproque largement chanté par les poètes. Dans les Oiseaux (707), Aristophane ironise ainsi sur les jeunes garçons qui «ont été gagnés et ont cédé à leurs amants pour avoir reçu, qui une caille, qui un porphyrion, qui une oie, qui un coq. »

Les banquets sont aussi un moment où chacun parle de ses espoirs, fait assaut de poésie, se livre au jeu divinatoire du cottabe, pour savoir s'il obtiendra les faveurs de son aimé.

Lorsque l'affaire est bien engagée, qu'il semble que, malgré la retenue de l'éphèbe, il est sensible à la cour qu'on lui fait, et accepte les cadeaux signifiants, se pose la question du rapt. Il s'agit bel et bien d'un enlèvement, en vue de cloîtrer l'éphèbe à la discrétion de l'adulte, qui va assurer sa formation d'homme.

A ce moment se produit la rencontre de deux sphères sociales : l'agela du garçon ou éromène, et les amis de l'adulte ou éraste. Ils discutent des qualités réciproques de chacun, de leur position sociale respective, pour savoir si ce rapt est souhaitable ou pas. Si oui, le rapt aura lieu au cours d'une rencontre provoquée par ces complices, sinon, ils le feront avorter.

Zeus et Ganymède
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Zeus et Ganymède

Commence alors pour l'éromène une période de probation, où il est cloitré à la campagne à la disposition de son éraste. il s'agit d'en faire un chasseur adroit et un combattant courageux. À la fin de cette initiation, l'éromène doit être capable de chasser seul une bête de grande taille (sanglier, cerf) et de se servir de ses armes à la guerre.

Durant toute cette période, le couple partage des activités sexuelles tout aussi initiatiques, pouvant aller du simple simulacre intercrural (entre les cuisses) jusqu'au coït complet, où l'éromène considère comme normal de s'offrir à son éraste. En dehors du plaisir qu'il peut y trouver, c'est une manifestation de reconnaissance, avec ses moyens, du mal que l'éraste se donne pour lui. C'est évidemment le point qui est resté quand l'institution a disparu.

A la fin de la période de probation (environ deux mois chez les grecs, parfois plusieurs années chez les germains), l'éromène est ramené dans la cité, et on fête publiquement ce retour, cette renaissance sociale.

La fête est coûteuse, et comporte des cadeaux prescrits par l'usage ou la loi, qui signent le changement de statut social de l'éromène. L'éphèbe est désormais un homme, un citoyen, qui a sa place à l'agora, à l'armée si besoin, et partout où les hommes se retrouvent. Trois cadeaux sont obligatoires : un bœuf (blanc si possible) pour sacrifier à Zeus, ce qui renvoie à la protection divine du lien pédérastique de Zeus et Ganymède, une coupe, pour signifier que désormais homme l'éromène peut s'asseoir à la table du banquet, et un équipement militaire, pour signifier qu'il peut désormais remplir son role social de citoyen. Mais profusion d'autres cadeaux de prix sont aussi offerts, et les amis de l'éraste se cotisent pour faire face à la dépense.

Enfin, comme tous les éphèbes ne font pas l'objet d'une telle initiation, ce nouveau citoyen porte désormais une bande pourpre au bas de son vêtement pour le distinguer des autres, ce qui lui donne droit aux places d'honneur dans les réunions publiques, à l'agora comme aux jeux.

Comment s'est dévoyée cette institution ? Tout indique que d'intellectuelle et minoritaire, elle est devenue sexuelle et majoritaire. L'éromène-élève est devenu paidikà-objet, kalos a pris le pas sur agathos, on s'est mis à consommer de beaux garçons, pour le seul plaisir du « commerce de leurs cuisses », jusqu'aux raffinements romains des esclaves garçons de table (pour leur beauté), et des esclaves garçon de lit (pour le plaisir).

Notes complémentaires


Le Japon et la voie des éphèbes

Les concepts d'homosexualité ou d'hétérosexualité s'appliquent mal à la sexualité telle qu'elle était vécue et pratiquée dans le Japon féodal. Une lecture plus pertinente recourera à trois catégories : le sexe anatomique (homme ou femme), le genre (défini par les comportements et attentes déterminés par la culture) et la sexualité (la pratique sexuelle et le choix d'objet qu'elle implique).

Aucune source ne nous renseigne sur l'existence éventuelle de pratiques homosexuelles dans le Japon de l'Antiquité. Entre la fin du XIe siècle et la première moitié du XIVe siècle, si sont bien relatées les amours de quelques empereurs avec de beaux garçons, celles-ci n'ont donné naissance au Japon à aucune tradition homosexuelle, à la différence de ce qui avait pu avoir lieu en Chine, dès l'Antiquité.

Les monastères

En dépit de l'hostilité du bouddhisme à l'encontre des pratiques homosexuelles, les origines de l'homosexualité masculine sont associées dans l'esprit des Japonais à l'institution bouddhique. Le bonze Kûkai (774-835), fondateur d'une communauté monastique, passe pour celui qui aurait introduit l'homosexualité au Japon, à son retour de Chine en 806. Des autres doctrines et courants qui se développent parallèlement dans l'archipel nippon, ni le confucianisme ni le taoïsme ne rejettent les pratiques homosexuelles, ce qui explique peut-être qu'aux yeux du bouddhisme japonais naissant, l'homosexualité apparaisse comme un moindre mal, comparé aux relations hétérosexuelles.

Les communautés monastiques se développent dès le IXe siècle. À la fin du XVIe siècle, le Japon en compte environ quatre-vingt-dix mille. Quelques unes abritent jusqu'à un millier d'hommes et de garçons, et la plus vaste jusqu'à trois mille. Les moines peuvent garder auprès d'eux des novices ou chigo, garçons souvent très jeunes issus des grandes familles, venus simplement s'initier à la liturgie ou bien préparer une carrière monastique.

Les relations sexuelles entre moine et chigo sont fréquentes. Elles incluent les rapports anaux. Chaque partenaire porte un nom et tient un rôle précis : l'aîné (nenja ou anibun) et le cadet (nyake ou otôtobun) contractent un lien fraternel (kyôdai chigiri) et se jurent loyauté mutuelle. En 1419 et 1436, interdiction sera faite aux moines, non pas d'entretenir des relations sexuelles avec leur(s) novice(s), mais de les travestir en jeunes filles. On attendait bien toutefois de ces garçons qu'ils devinssent des hommes et ce goût pour le travestissement, purement esthétique et érotique, ne visait nullement à les féminiser dans leur comportement.

Les samouraïs

De nombreux samouraïs avaient d'abord été novices dans un monastère. Il est certain que les mœurs monacales servirent de modèle aux amours masculines qui eurent bientôt cours chez ces guerriers. La structure féodale de la société japonaise contribua de même à structurer ces relations.

Les points communs avec la pédérastie grecque sont nombreux. Les relations homosexuelles s'inscrivent dans le cadre d'une éducation élitiste. Elles sont structurées selon une différence d'âge et de statut. L'homme seul est sexuellement actif. En général, les rapports sexuels cessent une fois le cadet devenu adulte. Pas plus qu'en Grèce, ces relations de type pédérastique n'excluent les liaisons hétérosexuelles ou le mariage.

Comme entre un moine et un novice, la relation entre deux samouraïs débute par des serments fraternels, éventuellement écrits, qui constituent alors un véritable contrat. Plusieurs de ces serments contractuels ont été conservés, dont celui unissant Takeda Shingen (surtout connu en Occident comme protagoniste central du film Kagemusha de Kurosawa) et son amant Kasuga Dansuke, alors âgés de vingt-deux et de seize ans. Le jeune samouraï sert son aîné lors des campagnes militaires. En temps de paix, il joue souvent le rôle de page, à l'allure efféminée.


La pédérastie dans l'art et la culture

L'histoire artistique et littéraire de la pédérastie est particulièrement riche. Elle s'est longtemps confondue avec celle de l'homosexualité, au point que nombre d'icônes, symboles et figures pédérastes font aujourd'hui partie de la culture homosexuelle. Il convient en effet de rappeler que nos catégories actuelles ne recoupaient pas l'homosexualité d'autrefois et que, au moins jusqu'au début du XXe siècle, l'amour des garçons et l'amour des hommes allaient souvent de pair.

Beaucoup d'artistes comme Lucien de Samosate, le Caravage, Abou Nawas, Théophile de Viau, Paul Verlaine, André Gide, Oscar Wilde, Walt Whitman, Rudyard Kipling, Thomas Mann, Henry de Montherlant ou Pier Paolo Pasolini, qui comptent parmi les grandes figures des cultures d'Europe et du monde, ont été inspirés à des degrés divers par leurs attirances pédérastiques — même si celles-ci restent souvent niées ou occultées.

D'autres artistes ont été pédérastes, sans toutefois que leurs attirances semblent transparaître dans leurs œuvres : ainsi Jean-Baptiste Lully et Piotr Ilitch Tchaïkovski. À l'inverse et exceptionnellement, l'amour pédérastique a pu être magnifié par des artistes qui très probablement n'étaient pas pédérastes, tel Johann Sebastian Bach dans l'air de Phébus-Apollon dédié au jeune Hyacinthe, dans la cantate profane BWV 201, Geschwinde, ihr wirbelnden Winde (Der Streit zwischen Phoebus und Pan).

Filmographie

Voici quelques films traitant du sujet de la pédérastie :

Ce film, adapté du roman de Roger Peyrefitte, ne montre pas à proprement parler une relation pédérastique dans la mesure où il s'agit d'une liaison entre deux garçons, un adolescent et un enfant. L'univers culturel des personnages est néanmoins peuplé de références à la culture antique, qui structurent au moins en partie cette relation, la rapprochant ainsi des modèles pédérastiques.

Quant à la plupart des films de Pier Paolo Pasolini, s'ils ne traitent pas directement de pédérastie à proprement parler, ils montrent toutefois clairement l'intérêt et l'amour du réalisateur pour les adolescents garçons.

La pédérastie aujourd'hui

La pédérastie n'existe plus aujourd'hui dans la culture occidentale comme institution, telle qu'elle a pu se présenter dans certaines cultures du passé, ou qu'elle existe encore dans des sociétés dites improprement « archaïques » (Océanie, Afrique). Plus encore, la plupart des sociétés modernes la réprouvent. Il est certain que la perte des référents socioculturels de la loi, des usages qui faisaient de la pédérastie un mode relationel notoire, et donc régulé, a fait qu'elle a pris aujourd'hui une dimension clandestine pouvant abriter tous les abus, à commencer par l'abus sexuel privé, que la quasi-totalité des sociétés condamnent.

Ainsi la pédérastie est-elle aujourd'hui à la fois mal connue et mal définie. Durant plus d'un siècle, le terme pédéraste aura servi à désigner abusivement et de manière souvent péjorative tout homme ayant des pratiques homosexuelles, indépendamment de l'âge de son ou ses partenaires (cf. plus bas). À mesure que progressait la reconnaissance sociale de l'homosexualité entre adultes, le terme fut progressivement abandonné. Depuis quelques années, il semble néanmoins refaire surface en dehors du cercle des historiens de l'Antiquité, pour désigner un phénomène qui n'a jamais cessé d'exister.

Aujourd'hui, le mot pédérastie tend ainsi à désigner une attirance ou une fascination esthétique et érotique de l'homme adulte pour l'adolescent mâle. Pour éviter la confusion avec l'institution de la Grèce antique, certains préfèrent utiliser l'expression d'homosexualité pédérastique.

Certains défenseurs de la pédérastie, s'inspirant des modèles antiques, associent à cette attirance une dimension morale et éducative — que nient ses opposants, pour qui il est inacceptable que l'acte d'éducation passe par un bénéfice sexuel de l'éducateur.

La pédérastie continue aujourd'hui à faire l'objet de deux confusions principales : d'un côté avec l'homosexualité, de l'autre avec la pédophilie. Elle suscite d'importantes questions morales : beaucoup la réprouvent, considérant les relations pédérastiques comme négatives pour le développement psychologique de l'adolescent. La légalité de ces relations controversées dépend notamment de l'âge de la majorité sexuelle fixé par le législateur.


Confusion entre pédérastie, homosexualité et pédophilie

Longtemps, la pédérastie n'a pas été distinguée de l'homosexualité telle qu'elle est généralement conçue aujourd'hui dans les sociétés occidentales. Des écrits d'auteurs comme Voltaire en France ou Bentham en Angleterre, sur ce que précisément on n'appelait pas encore homosexualité, on peut déduire que la pédérastie était alors probablement ou bien la forme d'homophilie la plus répandue ou bien la moins taboue. Au moins jusqu'à la première guerre mondiale, la littérature pornographique homosexuelle française met souvent en scène des adolescents à côté de jeunes hommes.

Sur le plan linguistique, « pédérastie » est un mot grec qui a traversé les âges, « homosexualité » est un terme forgé par la psychiatrie du XIXe siècle qui considérait comme pathologiques les relations entre personnes du même sexe. « Pédophilie » (de paidos=enfant et philein=aimer, au sens d'apprécier, en dehors des relations sexuelles, comme « philosophie »=aimer la sagesse) est apparu dans l'expression forgée par le sexologue Richard von Krafft-Ebing à la fin du XIXe siècle pour désigner l'attirance sexuelle pour les enfants : « Paedophilia erotica ». Le qualificatif erotica, qui affirmait le caractère sexuel de la philia en question, a été abandonné, non parce que sa contradiction avec le vrai sens de philein posait problème, mais parce que toute la classification de Krafft-Ebing a été profondément remaniée par l'évolution de la psychiatrie et l'apparition de le psychanalyse. Est-ce une origine du gauchissement de sens s'agissant du mot pédophilie, réapparu et avalisé dans l'usage en 1969 pour la langue française? Il convient de noter au passage que paidophiles était parfois utilisé en Grec ancien, notamment dans la poésie, pour désigner l'éraste - dans un sens différent, donc, de celui qu'a pris aujourd'hui le mot pédophile. Il s'agit sans doute d'une licence poétique, comparable à celles qu'on prête aux chevaliers dans l'amour courtois, qui n'évoque jamais une sexualité au premier degré.

Sur le plan sémantique, l'ignorance et l'évolution de la morale ont fait subir à ces mots des changements si profonds qu'il devient difficile de les utiliser dans l'assurance de parler de la même chose. En trente ans, le mot « pédophile » a ainsi vu son contenu sémantique s'inverser totalement, pour désigner couramment aujourd'hui des violeurs d'enfants. Au cours du XIXe siècle, les termes pédérastie/pédéraste ont commencé à désigner l'homosexualité et les homosexuels dans leur ensemble. Le mot pédé, qui en découle par apocope, désigne depuis longtemps l'homosexualité sous une forme péjorative, voire injurieuse. Par ailleurs, alimentant les confusions, Le Petit Robert donne fautivement le mot pédophile comme synonyme de pédéraste.

On ne saurait passer sous silence la réaction des minorités que désignent ces mots de pédéraste et pédérastie (dans lesquels ils ne reconnaissent que la stigmatisation sexuelle et moralisante majoritaire). Les homosexuels ont adopté le mot « gay », pour sortir des enfermements des catégories strictement sexuelles.


Non seulement la pédérastie a longtemps été considérée comme partie intégrante de l'homosexualité, mais elle lui a en outre apporté une partie de sa culture, nombre de grands personnages et artistes considérés comme homosexuels au sens actuel ayant été attirés aussi par les adolescents, parfois autant voire davantage que par les hommes adultes (ou même exclusivement). La pédérastie a même fait partie des premiers combats et revendications pour la reconnaissance de l'homosexualité.

C'est au cours du XXe siècle, surtout dans sa seconde moitié, qu'homosexualité et pédérastie vont être distinguées dans les sociétés occidentales, la première accédant à une certaine reconnaissance sociale, la seconde étant condamnée à l'illégalité ou à la marginalité. Ce n'est de fait que dans les dernières années de leur combat que les homosexuels ont finalement rejeté la pédérastie, prenant conscience qu'elle représentait un obstacle trop difficile à franchir pour l'acceptation sociale de leur mouvement. En effet, l'argument principal avancé pour la reconnaissance de l'homosexualité est le libre-arbitre de chacun des partenaires, la non-ingérence de la société dans l'intimité de deux personnes adultes — or l'adolescent n'est que rarement considéré dans nos sociétés comme apte à une relation égalitaire avec un adulte. Le mineur est objet du Droit et non sujet comme l'adulte, et ses éventuels désirs sexuels ne sont pas vraiment pris en compte.

Aujourd'hui, la confusion faite entre l'homosexualité et la pédérastie est combattue par les associations de défense des homosexuels, qui y relèvent un contresens fondamental : dans la Grèce antique, où la pédérastie a pris son sens (particulièrement à Athènes), l'homosexualité entre citoyens adultes n'était ni nommée ni tolérée dans les faits. Il existait toutefois une prositution homosexuelle adulte. Raillés par certains auteurs, le rasage et l'épilation pratiqués par les prostitués adultes (nécessairement non-citoyens) n'en témoignaient pas moins implicitement de l'idéal de beauté grec qu'incarnait alors le jeune garçon.

Actuellement, c'est avec la pédophilie plutôt qu'avec l'homosexualité que la pédérastie se voit souvent confondue (ce qu'officialise la législation de certains pays). Le terme de pédophilie désigne pourtant la préference sexuelle d'un adulte envers les enfants (définis comme êtres humains non pubères), quel que soit le sexe de l'adulte et de l'enfant, et non l'attirance de l'homme pour l'adolescent pubère. Aujourd'hui, dans nos sociétés modernes, la pédophilie est consensuellement considérée comme une perversion et beaucoup pensent qu'il en va de même pour la pédérastie.

Les autres formes de relation adulte-adolescent

Il est à noter que de toutes les relations sexuelles entre un adulte et un adolescent, la pédérastie est de loin la plus réprouvée. Dans la plupart des langues, aucun terme n'a été prévu pour désigner ces autres types de relations adulte-adolescent. Dans les faits, lorsque les personnes concernées sont de sexe différent, ou lorsqu'elles sont toutes deux de sexe féminin, le regard de la société est beaucoup plus permissif, ce dont la loi même rend compte, parfois, dans certains États. Ainsi, jusqu'en 2002, l'Autriche sanctionnait les relations homosexuelles masculines impliquant des garçons de 14 à 18 ans, mais ni les relations hétérosexuelles ni les relations homosexuelles féminines impliquant des filles de la même tranche d'âge. Dans de nombreux États, encore aujourd'hui, l'âge de la majorité sexuelle varie selon qu'il s'agit de relations hétérosexuelles ou bien de relations homosexuelles (en particulier masculines).

Cette différence repose sans doute sur plusieurs facteurs:

La pédérastie face à la loi et la morale

Dans les sociétés modernes la pédérastie est difficilement admise, plus encore que l'homosexualité. Voici, entre autres, quelques questions que la pédérastie soulève régulièrement.

Par ailleurs, la pédérastie soulève la question délicate du désir d'un adolecent pour ce type de relations, rarement reconnue comme possible ou souhaitable dans nos sociétés actuelles - ce qui rend difficile voire impossible d'apréhender de nos jours une pédérastie sans victimes ni coupables. Le vocabulaire contemporain ferait-il d'un éromène de l'antiquité un « jeune gay » perverti et gérontophile ?

L'aspect légal

Vis à vis de la loi, la relation sexuelle pédérastique peut être légale en fonction de l'âge de la majorité sexuelle, laquelle dépend des législations nationales (15 ans en France, 16 ans en Suisse, entre 13 et 21 ans - ou interdiction totale - dans le monde). Ainsi, lorsque le garçon n'a pas atteint l'âge requis, la relation pédérastique tombe sous le coup des lois pour la protection de l'enfance et contre l'abus sexuel sur mineur.

L'âge peut être différent si l'adulte est un ascendant légal du jeune homme (parent, professeur): par exemple en France l'âge est élevé à 18 ans dans cette situation. Toujours en France, la prostitution (en cas de rétribution du jeune par l'adulte pour la relation sexuelle) ou les activités pornographiques (prise de photographies, tournages de films, etc.) restent illégales en dessous de 18 ans.

La question morale

Même dans des cas où la loi accepte la relation (consentement des deux personnes, âge du garçon requis, pas d'ascendance légale, pas de prostitution, etc.), il n'en va pas forcément de même de l'opinion générale de la société (voir les questions ci-dessus). Une question morale se pose alors car ce type de relation est souvent considéré comme proche de la relation pédophile du fait de l'âge du garçon et de la différence d'âge entre l'adolescent et l'adulte.

Certains notent le caractère arbitraire de la notion de majorité sexuelle : à cet âge deux personnes peuvent être à un stade de développement extrêmement différent. De plus ce développement est rarement coordonné et la puberté biologique n’est en aucune façon un indicateur de maturité affective ou psychologique.

On pourra se référer aux articles pédophilie et abus sexuel sur mineur pour quelques précisions suplémentaires sur ces questions morales.


Bibliographie

Antiquité

Japon

Liens externes




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