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Un philosophe est une personne pratiquant la philosophie, et puisqu'il y a
certainement autant de manières de la pratiquer qu'il y a de philosophes, il n'est pas facile de décrire brièvement ce que peut
être un philosophe ; néanmoins, l'idée la plus générale que l'on peut s'en faire est sans doute celle d'un homme qui dispose sa vie et sa pratique (ses valeurs et ses
actions), suivant des considérations théoriques, i.e suivant des principes.
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Cette pratique de la philosophie peut être décrite de plusieurs points de vue qui n'ont sans doute pas tous la même valeur.
Le philosophe n'est peut-être pas à rechercher de ce côté. Par exemple, dans son Vocabulaire critique, Lalande dit que l'emploi de « philosophe » dans les sens ci-dessus est ironique.
Un des traits les plus caractéristiques est certainement que le philosophe fait de la philosophie une activité libre (non rémunérée) à laquelle il consacre sa vie, i.e. qu'il s'agit d'une vocation. Mais cette vocation s'entend elle aussi de plusieurs manières : par exemple, la philosophie suppose un certain genre de vie, ce que l'on appelle une sagesse, ou un art de vivre. L'idée de vocation sera développée plus bas dans l'article.
De plus, la plupart des grands philosophes étaient aussi des scientifiques pratiquant plusieurs disciplines. L'ensemble de ces disciplines leur permettait de se construire une représentation de l'univers comportant plusieurs perspectives plus ou moins solidaires (biologique, physique, philosophique, etc).
La valorisation de la connaissance dans la culture occidentale fait que le philosophe est largement considéré, à tort ou à raison, comme le sommet du prestige intellectuelle. Mais ce statut est aussi souvent remis en cause, et cela pour des raisons qui apparaissent depuis l'Antiquité, comme par exemple l'utilisation de la philosophie par des opportunistes, ou parce qu'il arrive qu'il y ait des malentendus sur ce que l'on peut attendre de la philosophie. Ce prestige de la philosophie a aussi souffert du développement du monde moderne et de la professionalisation de cette discipline.
Dans le monde moderne, la philosophie peut en effet paraître inutile, d'une part face aux sciences qui prétendent parfois être la source unique de la connaissance, d'autres part face au idéaux de confort et de bien-être des sociétés démocratiques, idéaux soutenus par la science (mais au bénéfice d'une partie de la population mondiale). L'esprit moderne n'est donc peut-être pas compatible avec la discipline de l'esprit et de la vie exigée par une pratique de la philosophie qui ne semble pas rentable. Bien plus, au yeux du philosophe, la culture moderne comporte bien des aspects pour le moins douteux.
Le philosophe peut donc apparaître soit comme un vestige archaïque de temps révolus, soit au contraire comme un défenseur d'une vie authentique menacée par la rationalisation outrancière des sociétés marchandes et par la dévalorisation que fait subir de tels systèmes de consommation aux individus. Ainsi, si la place des philosophes dans la société est un problème soulévé depuis Platon, ce problème est remarquable aujourd'hui par la force avec laquelle il se pose : il remet en cause la légitimité même de la philosophie.
Comme on le voit, le philosophe est loin de naître grâce à un système démocratique tel que nous le concevons aujourd'hui. Il ne faut pas oublier que la démocratie antique est esclavagiste.
Bien que l'on croit souvent que le travail du philosophe puisse servir à répondre à des questions touchant les hommes en général, ou les hommes d'une société en quête de valeurs, il n'est pas certain que cela soit sa tâche première. En particulier, on peut se demander si un philosophe a vocation à intervenir dans des débats d'actualité, comme si son statut réel ou non de penseur lui donnait une supériorité intellectuelle sur les autres hommes. Par exemple, sur un débat concernant la société, en quoi un philosophe est-il mieux placé que n'importe quel citoyen ?
Il est plus probable qu'en réalité un philosophe use de son prestige pour intervenir dans un débat. Or, ceci non seulement paraît fort peu philosophique, mais peut nuire à la philosophie surtout lorsque ce pouvoir médiatique met en lumière l'opportunisme de certains intellectuels. Cette dernière attitude est surtout une tradition continentale.
Il semble donc que dans une société un philosophe n'ait pas particulièrement vocation à penser le quotidien, l'actualité, et toute la cacophonie internationale. S'il agit, c'est plutôt comme un autre, i. e. comme citoyen ou comme être humain. Pourtant, s'il est vrai que la philosophie est aussi un art de vivre, il parait naturel que les autres hommes viennent le consulter notamment lorsque les valeurs se perdent, et que personne ne sait plus ce qu'il en est de la valeur des actions humaines. Cela arrive en effet lorsqu'il y a de grands bouleversements politiques. On explique ainsi le succès de l'éthique pendant la période hellénistique, à un moment où les cadres de la cité s'effondrent. La philosophie serait alors la planche de salut.
Mais cette conception qui demande à la philosophie des solutions contre le chaos extérieur et intérieur (angoisse, malheurs, souffrances morales, etc.) suppose sans doute un oubli de la perspective propre de celui qui vit pour la pensée. En effet, si l'art de vivre du philosophe est une sagesse, alors cette sagesse est au moins idéalement indépendante des contingences historiques. Ce n'est donc que par accident que le philosophe se trouve dans la position du « thérapeute » de la culture. Mais le problème, au moins dans cette perspective, reste le même : ou bien le philosophe aspire à la sagesse, et son sentiment est qu'il n'appartient à aucune société (il est cosmopolite comme les Stoïciens) ; ou bien il aspire à réformer les hommes et la société, et dans ce cas il risque de se voir réduit au rôle de moraliste.
En revanche, à certaines périodes de l'histoire, le philosophe semble avoir pu jouer un rôle à sa mesure, et en particulier un rôle politique plus ou moins important. C'est le cas de certains Présocratiques, qui chercherent à favoriser une union des cités grecques que des conflits incessants menaient à leur perte.


