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Pieds-Noirs

Selon le Petit Robert, le terme « pied-noir », utilisé comme substantif ou adjectif, désigne familièrement les Français d'Algérie, rapatriés en France à partir de 1962.

Dans l'usage courant, « Pied-Noir » est un quasi synonyme de « rapatrié ». Toutefois, ces deux termes ne recouvrent pas la même réalité.


Sommaire

Un terme d'origine inconnue

L'apparition de ce terme pour désigner les Français d'Algérie est datée, selon Paul Robert, qui était lui-même pied-noir, de 1955. Les premières attestations certaines de ce terme, dans cette acception, seraient les suivantes :

L'origine de ce terme est assez controversée. Des explications plus fantaisistes les unes que les autres ont été avancées : allusion aux souliers vernis des premiers immigrants ou aux brodequins noirs des soldats de l'armée d'Afrique, aux jambes des colons, noircies en défrichant les marécages, etc. Certains évoquent même les Indiens Pieds-Noirs (Black-Feet) d'Amérique, présents dans les contingents américains qui débarquèrent en Afrique du Nord en 1942. Hum...

Les premières attestations (1901) du terme désignent des Arabes, chauffeurs sur les bateaux à vapeur traversant la Méditerranée. Plus précisémment un article « Vous avez dit Pieds-noirs », paru dans le magazine Pieds Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui de janvier 1999, explicite l'origine de ce sobriquet utilisé dans le jargon de la marine, mécanisée dès la fin du XIXe siècle. Les marins d'Algérie habitués aux températures torrides étaient affectés aux machines à charbon, comme les « gueules noires » des mines, tandis que les marins métropolitains, armés de l'écouvillon pour graisser les canons, se voyaient baptiser bouchons gras puis à terre : les patos » de l'espagnol « canard », à cause de leur démarche chaloupée acquise sur le pont par suite du roulis. Une photographie de 1917, portant cette mention, y est insérée.

Désignant les Français d'Algérie, cette appellation avait, dès 1958, une nette connotation péjorative, notamment sous la plume de François Mauriac. Par la suite les intéressés eux-mêmes s'en sont saisi pour en faire l'étendard de leur identité, comme en témoignent les noms de nombreuses associations.


Qui sont les Pieds-Noirs ?

Les Pieds-Noirs d'Algérie représentaient au moment de l'indépendance une population d'environ un million de personnes.

La communauté d'origine européenne résultait de la fusion, plutôt réussie, de populations d'origines variées mais à forte dominante méditerranéenne, Français, Espagnols, Italiens, Maltais, mais aussi Allemands et Suisses. La communauté juive est une population indigène d'Algérie, qui était présente sur ce territoire depuis plus de 2000 ans.

Si les colons de nationalité française étaient majoritaires, les étrangers formèrent longtemps une pourcentage important de cette population jusqu'à atteindre 49 % en 1886. Après la loi de naturalisation automatique de 1889, leur nombre diminuera rapidement. Cette intégration des Pieds-Noirs, qui n'était pas évidente au début de la colonisation (certains politiciens locaux parlèrent de « péril étranger ») tant les tensions raciales étaient fortes entre les Français et les étrangers européens d'une part, entre les Européens et les juifs d'autre part, a probablement été favorisée par deux facteurs :

Par contre aucune fusion ne s'est produite avec les musulmans. Cela résulte sans doute de l'état de domination dans lequel ces derniers se trouvaient réduits, mais aussi de la barrière de la religion dans une population islamisée de longue date. Le chrétien comme le juif, ne pouvait avoir dans leur conception ancestrale, que le statut de dhimmi, « protégé » certes, mais de statut inférieur, comme c'était le cas pour les juifs avant 1830. Rappelons qu'à cette période, il n'y avait pas de population chrétienne dans la Régence turque d'Alger, sauf quelques diplomates et commerçants et les derniers captifs, victimes de la piraterie maritime. Leur situation s'est trouvé en quelque sorte inversée, car dès le début de la colonisation, les indigènes musulmans ont conservé leur statut personnel coranique, incompatible avec le Code civil, mais cela leur enlevait l'accès à la citoyenneté française et notamment au droit de vote. Cela répondait à l'engagement de la France, pris lors de la capitulation du Dey en 1830 de respecter la religion et cela assurait la domination politique de la France sur la colonie. Les intéressés pouvaient cependant accéder individuellement à la citoyenneté française à condition de renoncer à leur statut personnel. Très peu ont fait cette démarche.

Les Pieds-Noirs en 1959

En 1959, les Pieds-Noirs étaient 1 025 000, soit 10,4 % de la population vivant en Algérie. Leur poids relatif était en baisse après un maximum atteint de 15,2 % en 1926. La démographie en pleine expansion de la population musulmane contribuait à cette situation. Toutefois, la distribution de la population résultait en des régions à forte concentration pied-noir. Bône (Annaba), Alger, et surtout l'Oranie. Oran avait été sous contrôle européen depuis le XVIIe siècle. La population d'Oran était à 49,3 % européenne en 1959. L'Algérois en avait 35,7 % de sa population. À Bône les Pieds-Noirs comptaient pour 40,5 % de la population. Le département d'Oran, avec une zone agricole richement développée de 16 520 km² entre Oran et Sidi-Bel-Abbès, avait la plus haute densité de population rurale européenne soit 33,6 % de la population du département en 1959.

Les Pieds-Noirs se sentirent trahis par la réaction de Charles de Gaulle approuvant l'indépendance de l'Algérie, sans beaucoup d'égard pour les conséquences humaines de cette décision, après les avoir bercés d'illusions et s'être servi d'eux pour revenir aux affaires.

L'exode

En quelques mois entre la fin du printemps et septembre 1962, 900 000 de ces Européens et Juifs quittèrent le pays dans une situation de chaos et un mouvement de désespoir. Ce fut le plus important transfert de population depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui en Europe. La valise ou le cercueil, tel fut résumé le sentiment d'abandon total exprimé par la population. Ne sentant plus sa sécurité assurée, la population s'élança dans un mouvement soudain et massif de fuite.

Le gouvernement avait estimé à 200 000 ou 300 000 le nombre de rapatriés temporaires en France. Aussi, rien n'était prévu pour leur retour. Beaucoup durent dormir dans les rues à leur arrivée en France ou la majorité n'y avait jamais mis les pieds et n'avait ni famille, ni soutien.

Les scènes tragiques de milliers de réfugiés paniqués campant pendant des semaines sur les quais des ports d'Algérie en attendant une place sur un bateau vers la France devinrent habituelles entre avril et aout 1962. Certains Pieds-Noirs détruisirent leurs biens avant d'embarquer, en signe de désespoir et de terre brulée, mais la plupart partirent en laissant intactes et abandonnées leurs possessions. La politique de terreur des deux parties (FLN et OAS) avait conduit à une impasse dans laquelle les Pieds-Noirs n'avaient plus leur place. Leur sentiment de désespoir était omniprésent en quittant sans espoir de retour la terre natale.

En septembre 1962, Oran, Bône, ou Sidi-Bel-Abbès étaient laissées à moitié abandonnées. Toutes les administrations, police, écoles, justice, activités commerciales s'arrêtèrent en trois mois. Environ 100 000 Pieds-Noirs restèrent en Algérie en 1962, mais ils quittèrent progressivement le pays, si bien qu'en 1990 il n'en restait qu'environ 2 000, la plupart âgés.

La population s'est donc massivement réfugiée en France sur quelques années, la majorité dans le chaos de 1962. Une petite minorité est allée en Espagne, principalement dans la région d'Alicante. Quelques uns sont partis pour des pays plus lointains comme le Canada ou l'Argentine. Parmi les juifs, certains sont partis en Israël. En comptant les rapatriés des autres pays du Maghreb, on arrive à un total d'environ 1,5 million de personnes, soit environ 3 % de la population française.

En France

Le gouvernement français laissa toutes les archives administratives au nouveau gouvernement algérien. Ce qui signifia pour les Pieds-Noirs, l'absence d'accès à leurs actes de naissance et autres actes d'état-civil. Certains eurent du mal à prouver leur nationalité française. Devant l'incongruité de la situation, dans les années 1970, le gouvernment français, finalement, décida d'envoyer une mission dans les grandes communes d'Algérie pour copier les registres d'état-civil. Les mairies des petites communes ne furent pas visitées, ce qui explique les problèmes rencontrés face à l'administration jusqu'à aujourd'hui par certains.

Généralement les Pieds-Noirs se sentirent rejetés à leur arrivée en France. Souvent dépeints comme des colons profiteurs, ils eurent à affronter des invectives, notamment de la Gauche communiste. À l'été 1962, les Pieds-Noirs désespérés et démunis, arrivés sur des bateaux surchargés, furent reçus, à l'initiative des dockers, par des pancartes hostiles (« les Pieds-Noirs à la mer ») à l'entrée du port de Marseille. Malgré les préventions qu'affichaient certains hommes politiques (comme le maire de Marseille, Gaston Deferre, qui déclarait en juillet 1962 : « Marseille a 150 000 habitants de trop, que les Pieds-Noirs aillent se réadapter ailleurs. ») à l'égard d'une population qu'ils ne connaissaient pas vraiment, qui avait la réputation d'être constituée de colons « faisant suer le burnous », d'être raciste, violente et machiste, et dont la structure socioprofessionnelle ne devait pas faciliter l'intégration dans une économie moderne, les Pieds-Noirs s'adptèrent rapidement. Ces sombres prévisions ont été démenties par les faits.

En réalité, la vaste majorité des Pieds-noirs appartenaient à la classe ouvrière ou à un prolétariat urbain de petits employés. La population était urbaine à 85 %, composée de petits fonctionnaires, artisans et commerçants, dont le revenu moyen était inférieur de 15 % à celui des Français métropolitains. Le niveau d'instruction dépassait rarement le certificat d'étude primaire. 5% seulement étaient des agriculteurs propriétaires et les très grandes fortunes se comptaient sur les doigts d'une main. Pour les immigrants européens, l'Algérie n'a jamais été l'Amérique !

Cependant, après l'âpre accueil reçu, les Pieds-Noirs s'intégrèrent rapidement économiquement, contribuant à l'essor économique des années 1960. Notamment dans les régions de Provence, et de Languedoc-Roussillon. Des villes auparavant endormies ont connu un coup de fouet économique qui a contribué à leur dynamisme actuel (Montpellier, Perpignan, Nice) L'intégration, et on peut dire l'assimilation totale, des Pieds-Noirs a été complète en quelques années.

Quelques Pieds-Noirs célèbres

Bibliographie

Autres sens de pied noir

Voir aussi




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