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La place faite à la femme par les Égyptiens de l'Antiquité peut paraître surprenante de « modernité » et contribue à
faire de cette civilisation une civilisation équilibrée.
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Dans l'état actuel de nos connaissances, il semble que la femme égyptienne est l'égale de l'homme au regard de la loi. C'est ainsi qu'elle peut gérer son propre patrimoine, ou même se trouver à la tête d'une « entreprise ». En se mariant, la femme égyptienne garde son nom ; cela est d'autant plus naturel que le mariage semble ne pas se traduire par une manifestation administrative, ni par une manifestation religieuse ; il concrétise simplement la volonté d'un homme et d'une femme de vivre ensemble, ce qui n'empêche pas l'existence éventuelle d'un contrat de mariage au plan matériel. L'homme doit garantir le bien-être de son épouse, y compris au plan matériel. Le divorce intervient sur l'initiative de l'un ou de l'autre ; si l'initiative émane du mari, il devra céder une partie des biens à son épouse ; si c'est la femme qui prend l'initiative, elle est tenue à la même obligation mais dans une moindre mesure ; le recours au tribunal est possible en cas de contestation entre époux.
Le grand hymne à Isis (papyrus d'Oxyrhinchos, IIe siècle avant JC) traduit cette égalité de la femme et de l'homme, s'adressant à la déesse « honneur du sexe féminin »: « c'est toi la maîtresse de la terre (...) tu as rendu le pouvoir des femmes égal à celui des hommes ! ».
Laissons la parole à Christiane Desroches-Noblecourt ("La femme au temps des pharaons" Ed. Stock 1986): "... la femme égyptienne, la mère que l'on respecte avant tout, la femme sujette à une stricte loi morale, mais dotée d'une grande liberté d'expression -sa capacité juridique entière, son étonnante indépendance financière, l'impact de sa personnalité dans la vie familiale et la gestion des biens communs et de ses biens propres".
Rares sont les civilisations antiques où la femme pouvait atteindre des postes sociaux importants. Dans l'Égypte antique, non seulement les exemples de femmes haut-fonctionnaires ne sont pas si rares, mais plus étonnant encore (pour l'époque), on retrouve des femmes à la fonction suprême, celle de pharaon. Plus qu'un féminisme, il faut sûrement y voir une marque de l'importance de la théocratie dans la société égyptienne. Ainsi, les Égyptiens préféraient être gouvernés par une femme de sang royal (donc divin selon la mythologie) plutôt que par un homme qui ne le serait pas. Ainsi, lors des crises de succession, il arriva que des femmes prennent le pouvoir. À signaler que dans pareil cas, la pharaonne prenait tous les symboles masculins. À tel point, qu'il existe des doutes sur le sexe de certains pharaons qui pourraient en fait être des femmes.
À la XVIIIème dynastie, lorsqu'Aménophis Ier meurt, son successeur Thoutmosis Ier n’est que le fils d’une épouse secondaire du défunt pharaon ; son mariage avec Ahmosé, sœur d’Aménophis, lui permet d’être légitimé divinement. À la succession suivante, la princesse Hatshepsout, fille de Thoutmosis Ier et de sa Grande Epouse Royale, permet à Thoutmosis II, fils d’une épouse secondaire et donc demi-frère de la princesse, de monter sur le trône en l’épousant.
Parmi les femmes pharaons les plus certaines et les plus connues on peut citer :
Il faut aussi avoir à l'esprit le rôle considérable, y compris politique et diplomatique, de plusieurs Grandes Epouses Royales: Tiyi auprès d'Amenophis III, Nefertiti auprès d'Amenophis IV (Akhénaton), Nefrétari auprès de Ramsès II. D'ailleurs au Nouvel Empire, la Grande Epouse est souvent investie d'un rôle divin: "Epouse du dieu", "Main du dieu"; Hatshepsout est la première Grande Epouse (celle de Thoutmosis II) à recevoir ce dernier titre.
Pour les femmes haut-fonctionnaires, on peut citer Nébet, une vizir de la VIe dynastie.
On citera enfin les divines adoratrices du dieu Amon (environ 1 000 à 500 av. JC), dotées d'un pouvoir spirituel majeur mais aussi d'un pouvoir temporel à Thèbes.
Certes, la littérature égyptienne n'hésite pas à présenter la femme comme frivole, capricieuse, peu fiable (cf. infra). Mais au-delà de cette anecdote, les femmes égyptiennes bénéficient d'une situation qu'on ne retrouve qu'en peu de sociétés.
Si les peintres et les sculpteurs donnent de la femme une image sereine dans le cadre d'une famille épanouie, les écrivains ne sont pas tendres et ils font apparaître la femme comme étant à l'origine de bien des malheurs et coupable de bien des péchés (faut-il y voir une forme du mythe d'Eve et de la pomme ?).
Ainsi, cité par Maspero dans Contes populaires, en va t'il de la mésaventure fatale de Bytaou, modeste valet de ferme chez son frère Anoupou ; séduit par la femme de celui-ci, il cède au charme de la belle... qui n'hésite pas ensuite à le dénoncer à Anoupou ; la perfide n'aura de cesse d'obtenir d'Anoupou le châtiment suprême du pauvre Bytaou ! Mais elle fut punie à son tour : Anoupou comprenant, trop tard, qu'il a été le jouet de sa femme, la tue et jette son corps aux chiens.
Gardons-nous bien d'une interprétation erronée : la description peu flatteuse de la femme dans la littérature égyptienne ne signifie en rien qu'elle est méprisée : le pharaon « bénéficie » souvent du même traitement par les conteurs qui le présentent comme borné et fantasque !
L'homme est invité à chérir sa femme; ainsi Ptahhotep (IIIème dyn.) s'exprime t'il par la maxime suivante (papyrus Prisse): "Tu dois aimer ta femme de tout ton cœur,..., fais plaisir à son cœur aussi longtemps que tu vis".
Pour terminer sur une autre touche tendre, on citera un extrait d'un papyrus du musée de Leyde : « Je t'ai pris pour femme lorsque j'étais un jeune homme. J'ai été avec toi. Puis j'ai conquis tous les grades, mais je ne t'ai pas abandonnée. Je n'ai pas fait souffrir ton cœur. Voilà ce que j'ai fait lorsque j'ai été jeune homme et quand j'exerçais toutes les hautes fonctions de Pharaon, Vie, Santé, Force, je ne t'ai pas abandonnée, disant au contraire « Que cela soit avec toi ! » [...] Mes parfums, les gâteaux avec les vêtements, je ne les ai pas fait porter vers une autre demeure. [...] Quand tu es tombée malade, j'ai fait venir un officier de santé qui fit le nécessaire. [...] Quand j'ai rejoint Memphis, je demandai un congé à Pharaon, j'allai à l'endroit où tu demeurais (son tombeau) et je pleurais beaucoup. [...]. Je ne vais pas entrer dans une autre maison. [...] Or, voici les sœurs qui sont dans la maison, je ne suis allé chez aucune d'elles. », cité par Pierre Montet dans La vie quotidienne en Égypte au temps des Ramsès, Hachette 1946.
Il existe de très nombreuses déesses dans la mythologie égyptienne. Étudier leurs symboles nous renseigne sur l'image qu'avait la femme aux yeux des Égyptiens de l'Antiquité.
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