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Point suscrit

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Le point suscrit est un diacritique de l'alphabet latin. Le signe est utilisé de manière non diacritique sur i et j. En turc, cependant, le point sur le i se comporte bien comme un diacritique. Il s'utilise aussi en arabe ; les utilisations du point suscrit dans cette écriture sont traitées dans l'article Diacritiques de l'alphabet arabe.

Pour les langues à écriture latine, il apparaît principalement en :

Sommaire

Manuscrits médiévaux occidentaux

Dans les graphies utilisées en Angleterre, la confusion possible entre les lettres y et þ (thorn) ─ laquelle lettre s'est tracée quasiment comme un y à partir du moyen anglais ─ a conduit certains scribes, pour distinguer le « vrai » y du þ, à donner au « vrai » un point suscrit : . L'usage se rencontre aussi sur le Continent dans la graphie gothique, pour aider à distinguer y de suites de lettres ambiguës, fréquentes dans ce type d'écritures.

La lettre þ ayant été complètement remplacée par le digramme th à la Renaissance (les imprimeurs comme Caxton n'en disposant pas ─ non plus que eth ni yogh ─ dans leurs jeux de caractères venus d'Europe), le point du y a disparu, ce qui a conduit à certaines erreur : en effet, jusqu'au XIXe et encore aujourd'hui, pour donner un tour archaïsant ou plaisant à la graphie, on peut se souvenir de l'ancien thorn et vouloir l'utiliser. C'est cependant sous sa dernière forme connue, un y en apparence, qu'il le sera : the (article défini) est alors écrit ye, ce qui conduit les locuteurs, par influence de la graphie, à le prononcer comme s'il débutait réellement par un y.

Vieil irlandais

Ḃḃ [β,v], Ċċ [χ/ç], Ḋḋ [ð], Ḟḟ [-], Ġġ [ɣ], Ṗṗ [ɸ,f], Ṫṫ, [θ] Ṡṡ [s/-].
Légende : la virgule sépare la valeur historique de la valeur récente, la barre oblique les variantes combinatoires.

Les langues celtes partagent un phénomène phonétique nommé lénition consonantique, qui n'est pas noté avec précision dans les manuscrits irlandais. Ce phénomène est une spirantisation des consonnes initiales après certains mots, par sandhi. Les consonnes pouvant être lénifiées sont les occlusives, c [k], g, t, d, p et b, ainsi que les fricatives f et s. Le vieil irlandais ne note pas toutes les lénitions : c'est tardivement qu'elle a été systématiquement indiquée, au moyen du point suscrit, ou punctum delens — qui précisait initialement qu'une lettre marquée ainsi était un lapsus calami et ne devait pas être lue. C'est donc au départ non pas un diacritique mais un signe de correction.

Ensuite, le point a été systématisé et étendu aux lettres encore écrites mais muettes à cause de la lénition, d'abord f puis s ([f] lénifié seul est toujours muet : le recours au punctum delens est dans ce cas motivé ; [s] lénifié peut valoir [h] ou être muet). Encore plus tard et jusqu'aujourd'hui, la lénition des occlusives sourdes a été notée par un h subséquent, à l'imitation de coutumes anciennes, telle la notation en latin des consonnes aspirées grecques (ch, ph, th

On trouve grosso modo dans les manuscrits antérieurs au XIIe siècle le punctum delens sur s et f et le -h après c, t et, parfois, p. Après le XIIe siècle et jusqu'au XVIe, selon les manuscrits, c'est soit le punctum delens soit le -h qui sont utilisés systématiquement pour chaque consonne pouvant être lénifiée (dans certains textes, le scribe emploie alternativement l'un ou l'autre). Entre le XVIe et le XXe, le punctum delens est étendu, remplaçant le -h dans tous les emplois.

C'est au XXe siècle, cependant, que le punctum delens a été éliminé au profit du -h, pour des raisons de compatibilité avec les claviers de machines à écrire, puis d'ordinateurs. Exemples : an ḃán ṁór (= an bhán mhór), « la grande femme ». Unicode et la norme ISO 8859-14 permettent maintenant le codage avec point suscrit.

Maltais

Ċċ [ʧ], Ġġ [ʤ], Żż [z].

L'orthographe, datant de 1934, est inspirée de l'italien ; c'est pour cette raison que deux lettres, Ġġ et Żż, ont été diacritées, de manière originale, par un point : Ġġ pour être distingué de Gg [g] et Żż pour l'être de Zz [ʦ,ʣ]. Le point de Ċċ n'a aucune justification puisqu'il n'existe pas de Cc ; de plus, Cc vaut déjà [ʧ] (entre autres) en italien.

Turc (et azéri, tatar)

İi [i] (Iı [ɯ]).

Le cas est surprenant ici. Alors que le point sur le i n'est normalement pas un diacritique (écrire İ ou I ne change pas la lecture de İLLİSİBLE / ILLISIBLE, par exemple), et, bien qu'initialement le i n'eût pas de point (qu'il a pris pour améliorer la lisibilité, particulièrement dans la graphie gothique où la petite barre verticale droite est un motif récurrent), il n'existe plus dans les alphabets autres que le turc de ı sans point. Le point n'est donc normalement pas un élément graphique pertinent, puisqu'il ne permet pas d'oppositions. En turc, pourtant, il existe le i avec point et le ı [ɯ] sans point. Pour cette raison, les capitales doivent aussi être distinguées : les lettres fonctionnent en paires İi / Iı. Le procédé a été étendu à d'autres langues turques, comme l'azéri et le tatar.

Polonais

Żż [ʒ].

Jan Hus, au début du XVe siècle, alors en exil, avait dans son De Orthographia Bohemica proposé une nouvelle orthographe pour sa langue, le tchèque, en instaurant un système de consonnes diacritées d'un point suscrit servant à noter les consonnes résultant d'une palatalisation et remplaçant les graphies à digrammes (il a aussi introduit l'accent aigu comme marque de quantité vocalique longue). C'est ce système qui a donné naissance aux nombreuses consonnes diacritées des langues slaves à écriture latine, le point évoluant dans la majorité des cas en háček ; en polonais, cependant, le point est resté tel quel sur la seule lettre z, le résultat ż valant [ʒ]. C'est un équivalent direct, mais archaïque, du ž, utilisé dans les autres langues slaves à écriture latine.

Lituanien

Ėė [eː].

Comme en polonais, le point semble être un emprunt à l'orthographe hussite. Dans les autres langues slaves, il est le plus souvent représenté par un accent aigu.

Chéyenne

Ȧȧ [ḁ], Ėė [ɪ̥], Ȯȯ [o̥].

Les voyelles dévoisées (et parfois amuïes, selon leur environnement) du chéyenne sont normalement écrites avec un point suscrit (sauf en fin de mot, où elles sont automatiquement sourdes). Pour des raisons de compatibilité, ce point est très souvent remplacé par un accent circonflexe. Par exemple : taxemesėhestȯtse [taxɪmɪsːhɪsto̥tsɪ̥], « table », écrit plus communément taxemesêhestôtse.

Romanisations récentes, transcriptions / translittérations

Sanskrit et langues indiennes

Ṁṁ [+nasalisation], Ṅṅ [ŋ], Ṙṙ [ɽ] (transcription).

Le caractère ṁ s'emploie, dans la transcription des langues de l'Inde, en concurrence avec ṃ pour l'anusvāra (=ं, signe de nasalisation dont la réalisation varie grandement d'une langue à l'autre ; il peut aussi noter une nasale simple) ; le phonème [ɽ] (devanâgarî : ड), quant à lui, n'est que rarement transcrit ṙ. C'est le plus souvent le point souscrit que l'on utilise : ṛ.

L'emploi de ṅ pour [ŋ] (ङ), cependant, remonte aux plus anciennes normes de transcription du sanskrit.

Arabe

Ġġ [ɣ] (transcription).

Cette notation représente dans plusieurs normes la lettre غ ġayn.

Kazakh, tadjik

Ėė [e] (transcription).

Kurde

Ġġ [ɣ].

Cette translittération de la lettre غ suit les conventions adoptées pour l'arabe.

Livonien

Ȯȯ [ɤ].

Tchétchène

Ç̇ç̇ [ʧʼ], Ġġ [ʁ], Q‌̇q̇ [qʼ], Ẋẋ [ħ].

Venda, igbo (langues d'Afrique)

Ṅṅ [ŋ].

Ce caractère est maintenant utilisé dans l'orthographe romanisée de plusieurs langues d'Afrique. Dans l'alphabet pan-nigérian — et dans la majorité des langues d'Afrique utilisant le phonème [ŋ] —, celui-ci est simplement rendu par ŋ.

Arménien

Ṙṙ [r] (transcription classique).

On peut employer r̄ au lieu de ṙ (notation de Meillet) dans les ouvrages de linguistique pour translittérer la lettre ռ [r], qui s'oppose à r ր [ɾ] (ou [ɹ]). La graphie avec point souscrit, ṛ, est utilisée dans la translittération proposée par la Library of Congress.

Ulithien

Ȧȧ, Ėė, Ȯȯ.

Basa

Ėė [ɛ].

Codage informatique

De nombreux caractères existent dans les tables d'Unicode en tant que précomposés avec le point suscrit. Quand un caractère manque, il est possible d'utiliser le point suscrit sans chasse situé à l'emplacement U+0307 du bloc des diacritiques. Par exemple, le signe égal surmonté d'un point suscrit peut se composer de cette manière : . Il existe, dans le bloc des lettres modificatives avec chasse, un point suscrit chassant : ˙ U+02D9.

Ces caractères ne doivent pas être confondus avec les nombreux points suscrits des autres blocs et écritures (comme l'anusvāra de la devanāgarī). Pour l'instant (version 4 d'Unicode), le jinkim bohaïrique de l'alphabet copte ne peut cependant être codé que par U+0307.

Articles connexes




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