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L'altermondialisme fait face à diverses critiques :
Selon certains, le mouvement altermondialiste manque de cohérence dans ses objectifs, et les vues des différents membres sont fondamentalement contradictoires. En effet, d'un côté les altermondialistes tiennent un discours alarmiste sur l'impact dans les pays développés (le chômage, la perte d'industries, etc.) des délocalisations, alors que de l'autre, ils prétendent défendre les pays les plus pauvres. Or, en matière de lutte contre la misère dans le Tiers-Monde, l'OMC cherche à abolir les barrières commerciales protectionnistes mises en place par les nations développées.
D'autres critiques mettent en avant les exemples significatifs de l'Inde et de la Chine, et plus généralement de tous les pays qui ont décollé : loin d'être consécutifs à une forte ingérence politique dans l'économie (avec protectionnisme, investissements publics, caisse de « stabilisation », etc.), tous ces décollages ont été observés avec la mise en place de politiques de libéralisation économique, moindre interventionnisme, désarmement douanier, etc. Comme pour la pauvreté, la thèse qu'une part importante de la population resterait exclue de ces progrès ne résiste pas à la confrontation avec la réalité, et au demeurant une telle exclusion partielle ne serait pas un motif justifiant un statu quo pour tous.
Sur le plan culturel, deux critiques des thèses alter-mondialistes existent. Selon la première, l'ouverture des frontières est féconde, propice à l'émergence de cultures nouvelles, et le protectionnisme culturel ne conduit qu'à une fossilisation de la culture au détriment de la culture vivante ; selon la seconde, si la libéralisation unifiait la culture mondiale ce serait plutôt une bonne chose, car des disparitions culturelles (langues, coutumes, etc.) sont finalement plus à souhaiter qu'à regretter.
Plus généralement, les libéraux estiment que toute ingérence politique est moralement injuste, culturellement nuisible, et économiquement contre-productive, car les bonnes intentions politiques ne feraient qu'engendrer certains maux (corruption, prévarication, déplacement de la lutte du terrain économique vers le terrain électoral puis militaire, etc.), et que la question des relations internationales ne fait pas exception. Ils estiment en général que les altermondialistes n'ont en fait rien à proposer d'autre qu'un nouvel avatar du communisme, à l'échelle mondial cette fois, qui sera aussi désastreux que ses manifestations locales déjà expérimentées.
Les altermondialistes ne pensent pas que ces critiques soient justifiées.
Selon certains d'entre eux, jusqu'à présent, l'OMC a très bien réussi à supprimer les barrières douanières et les « obstacles » à la libéralisation des services dans les pays les plus pauvres. Par contre l'organisation aboutit chaque fois à un échec lorsqu'il s'agit de supprimer les réglementations des pays les plus riches, concernant notamment l'agriculture et les textiles. Surtout, les pays les plus riches pratiquent des subventions aux exportations agricoles, qui aboutissent à un dumping de fait.
Les avancées de l'Inde et de la Chine sont certes incontestables, mais elles s'accompagnent, surtout en Chine, d'un encadrement étatiste rigoureux. Il n'est pas prouvé, bien au contraire, que les plus pauvres en tirent profit. D'autres pays, autrefois développés, se retrouvent dans une situation économique catastrophique pour avoir voulu suivre à la lettre les recommandations de l'OMC et des institutions financières internationales : c'est le cas en particulier de l'Argentine, ancien bon élève du FMI, aujourd'hui plongée dans la plus grave crise économique de son histoire.
Les altermondialistes ne pensent pas à restaurer un système qui n'a pas marché (le socialisme à la soviétique). Ils pensent d'abord à mettre un frein à ce qu'ils considèrent comme un libéralisme sauvage, et à permettre aux États de conserver leurs prérogatives. Selon eux, le monde ne peut pas être régi par les seules lois du marché.
Il ne faut pas oublier que l'OMC ne s'intéresse pas qu'aux barrières douanières, mais aussi à tout ce qui est susceptible de faire l'objet d'une transaction commerciale, notamment les services. L'Accord général sur le commerce des services (AGCS), l'un des divers accords de Marrakech, doit aboutir à la libéralisation de tous les services publics dits marchands, la santé, la fourniture d'énergie, la poste, les transports ou l'éducation par exemple. Cette libéralisation (ouverture à la concurrence) entraînera à terme la privatisation des services publics, lorsque ce n'est pas déjà fait.
Le mode 4, dans l'AGCS, est encore plus pervers : il autorise un fournisseur de services venu d'un pays A à faire travailler dans un pays B du personnel venu du pays A, en lui conservant le statut qui est le sien dans le pays A. Autrement dit, et pour rester dans le seul cadre de l'Union européenne, une entreprise polonaise pourra faire venir travailler en Allemagne des employés polonais payés avec le salaire qui est le leur en Pologne, et selon le code du travail et les avantages sociaux polonais.


