Pollution de l'eau par les produits phytosanitaires
La pollution de l'eau par les produits phytosanitaires en France fait
l'objet d'une part de réseaux d'observation pour évaluer l'état des lieux, et d'autre part de mesures et de recommandations pour
réduire cette contamination.
État des lieux de la pollution des eaux par les produits phytosanitaires en France.
Source des données.
Les données présentées ci-après sont extraites du rapport de l'Institut Français de l'Environnement (IFEN) sur « Les pesticides dans les
eaux », publié en 2004 sur l'état des lieux en 2002.
En France, plus de 200 substances
actives différentes de produits phytosanitaires
sont observées dans les eaux superficielles et souterraines, à des teneurs variables, sans toutefois permettre de conclure sur
les tendances globales d'évolution de la pollution.
Méthode d'interprétation des données sur la qualité des eaux.
L'interprétation des teneurs de pesticides mesurées par des analyses de
laboratoire est interprétée de façon différente selon l'objectif de l'évaluation :
- L'évaluation de la qualité des milieux (cours d'eau et plan d'eau) est faite grâce au Système d'Evaluation de la Qualité des
Eaux (SEQ-Eaux), qui utilise des seuils sur 72 substances actives pour aboutir à un classement qui va de très bon à
mauvais en fonction de l'impact sur la vie aquatique et la possibilité de produite de l'eau potable.
- L'évaluation de la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (eaux souterraines et eaux superficielles brutes)
fait appel aux limites réglementaires définies dans le Code de la santé publique : voir le tableau ci-dessous.
Limites fixées par le Code de la santé publique pour les teneurs de pesticides à l'égard des eaux
destinées à la consommation humaine..
| Niveau de traitement des eaux |
Substance active individuelle
(y compris les produits de dégradation) |
Somme des substances actives |
Eau pouvant être distribuée sans traitement spécifique
d'élimination des pesticides |
≤ 0,1 μg/l (1)
|
≤ 0,5 μg/l
|
Eau nécessitant un traitement spécifique d'élimination
des pesticides avant distribution |
0,1 μg/l < teneur < 2 μg/l
|
0,5 μg/l < teneur < 5 μg/l
|
Eau ne pouvant être utilisée qu'après l'autorisation
du ministère chargé de la santé, et après un traitement
d'élimination des pesticides. |
> 2 μg/l
|
> 5 μg/l
|
(1) sauf aldrine, dieldrine, heptachlore, heptachlore époxide : ≤ 0,03 μg/l.
Qualité des milieux : eaux superficielles et eaux souterraines.
Qualité des eaux superficielles.
Le réseau d'observation sur les cours d'eau et les plans d'eau porte sur 624 points de mesure, avec au minimum 4 prélèvements
par an, donnant les résultats suivants :
- 3 % des points de mesure sans détection de pesticide.
- 51 % des points de mesure considérés comme de qualité très bonne à bonne pour la vie des organismes aquatiques et la
production d'eau potable.
- 38 % des points de mesure considérés comme de qualité moyenne à médiocre.
- 8 % des points de mesure considérés comme de qualité mauvaise, qui ne peut plus satisfaire la production d'eau potable ou les
équilibres écologiques. Les principaux pesticides observés sur ces sites sont l'aminotriazole, l'atrazine, le diuron, le glyphosate, et l'isoproturon.
Qualité des eaux souterraines.
Le réseau d'observation sur les eaux souterraines porte sur 1 078 points de mesure, avec au minimum 1 prélèvement par an,
donnant les résultats suivants sur l'aptitude à fournir de l'eau potable :
- 40 % des points de mesure sans détection de pesticide.
- 35 % des points de mesure potentiellement utilisables sans traitement spécifique pour l'alimentation en eau potable.
- 24 % des points de mesure potentiellement utilisables avec un traitement spécifique pour l'alimentation en eau potable.
- 1 % des points de mesure ne pourraient pas être utilisés pour fournir de l'eau potable sans autorisation du ministère chargé
de la santé.
Qualité des eaux utilisées pour la fourniture d 'eau potable.
Eaux superficielles utilisées pour l'alimentation en eau potable.
Le réseau d'observation sur les eaux superficielles utilisées pour l'alimentation en eau potable porte sur 838 points de
mesure, avec au minimum 1 prélèvement par an, donnant les résultats suivants :
- 41 % des prises d'eau de surface sans détection de pesticide.
- 19 % des prises d'eau de surface avec des teneurs en pesticides qui ne nécessitent pas de traitement.
- 39 % des prises d'eau de surface avec des teneurs en pesticides nécessitant un traitement spécifique.
- 1 % des prises d'eau de surface qui ne permettent pas une utilisation sans autorisation du ministère chargé de la santé. Ces
sites se trouvent dans les départements de la Manche, des Côtes-d'Armor, de la Mayenne,
et du Gers.
Eaux souterraines utilisées pour l'alimentation en eau potable.
Le réseau d'observation sur les eaux souterraines utilisées pour l'alimentation en eau potable porte sur 2 603 points de
mesure, avec au minimum 1 prélèvement par an, donnant les résultats suivants :
- 45 % des captages sans détection de pesticide.
- 34 % des captages avec des teneurs en pesticides qui ne nécessitent pas de traitement.
- 21 % des captages avec des teneurs en pesticides nécessitant un traitement spécifique.
Principales substances actives de pesticides présentes dans les eaux.
Détection et limite de quantification.
Les analyses en laboratoire ont pour objectif de mesures la teneur dans l'eau des substances
actives des produits phytosanitaires.
Pour que la détection de la présence d'un produit soit possible, il est nécessaire que la teneur soit supérieure à la limite de
quantification. En deçà de cette limite, la concentration de la molécule est trop faible pour être mesurée, et il n'est pas
possible de déterminer la présence ou l'absence de la substance active. La valeur de la limite de quantification varie selon la
substance active, la méthode d'analyse et la laboratoire. Par exemple, la
limite de quantification pour l'atrazine varie entre 0,01 μg/l et 0,1 μg/l.
Principales substances actives dans les eaux superficielles.
Tous réseaux confondus, 408 substances ont été recherchées dans les eaux superficielles, et 201 (49
%) ont été détectées au moins une fois. Par ordre décroissant, les fréquences de détection dans les eaux superficielles sont les
suivantes :
- Atrazine ~ 55,2 % ~ Herbicide ~
Utilisation interdite depuis le 1er octobre 2003.
- Ampa ~ 51,4 % ~ Produit de dégradation du glyphosate (herbicide).
- Atrazine-déséthyl ~ 46,9 % ~ Produit de dégradation de l'atrazine (herbicide).
- Glyphosate ~ 36,5 % ~ Herbicide.
- Diuron ~ 34,6 % ~ Herbicide ~ Utilisation
interdite depuis le 1er juillet 2003 des produits à base de diuron seul sur les cultures métropolitaines et les zones non agricoles.
- 2-hydroxy atrazine ~ 25,3 % ~ Produit de dégradation de l'atrazine (herbicide).
- Aminotriazole ~ 21,7 % ~
Herbicide.
- Isoproturon ~ 21,2 % ~
Herbicide.
- Bentazone ~ 12,6 % ~
Herbicide.
- Terbuthylazine ~ 9,9 % ~
Herbicide ~ Utilisation interdite depuis le 30 juin 2004 sur la vigne, et depuis le
1er octobre 2003 sur les autres cultures et les zones non agricoles.
- Terbuthylazine déséthyl ~ 9,5 % ~ Produit de dégradation de la terbuthylazine (herbicide).
- Simazine ~ 9,6 % ~ Herbicide ~
Utilisation interdite depuis le 1er octobre 2003.
- Métolachlore ~ 9,0 % ~
Herbicide.
- Oxadixyl ~ 8,1 % ~ Fongicide.
- Chlortoluron ~ 7,7 % ~
Herbicide.
- Alachlore ~ 4,8 % ~ Herbicide.
- Lindane ~ 4,6 % ~ Insecticide ~
Utilisation interdite depuis 1998.
Les herbicides sont donc les produits phytosanitaires les plus fréquemment
détectés dans les eaux superficielles. Le constat des niveaux de pollution a entraîné l'interdiction de la vente et de
l'utilisation de plusieurs de ces produits.
Principales substances actives dans les eaux souterraines.
Tous réseaux confondus, 373 substances ont été recherchées dans les eaux souterraines, et 123 (33 %)
ont été détectées au moins une fois. Par ordre décroissant, les fréquences de détection dans les eaux souterraines sont les
suivantes :
- Atrazine-déséthyl ~ 47,4 % ~ Produit de dégradation de l'atrazine (herbicide).
- Atrazine ~ 39,5 % ~ Herbicide ~
Utilisation interdite depuis le 1er octobre 2003.
- Terbuthylazine déséthyl ~ 20,8 % ~ Produit de dégradation de la terbuthylazine (herbicide).
- Simazine ~ 12,0 % ~ Herbicide ~
Utilisation interdite depuis le 1er octobre 2003.
- Atrazine déisopropyl ~ 11,0 % ~ Produit de dégradation de l'atrazine (herbicide).
- 2-hydroxy atrazine ~ 8,1 % ~ Produit de dégradation de l'atrazine (herbicide).
- Diuron ~ 6,4 % ~ Herbicide ~ Utilisation
interdite depuis le 1er juillet 2003 des produits à base de diuron seul sur les cultures métropolitaines et les zones non agricoles.
- Terbuthylazine ~ 4,5 % ~
Herbicide ~ Utilisation interdite depuis le 30 juin 2004 sur la vigne, et depuis le
1er octobre 2003 sur les autres cultures et les zones non agricoles.
- Oxadixyl ~ 4 % ~ Fongicide.
- Aminotriazole ~ 3,6 % ~
Herbicide.
- Chlortoluron ~ 3 % ~
Herbicide.
- Glyphosate ~ 2,7 % ~ Herbicide.
- Bentazone ~ 1,8 % ~ Herbicide.
- Isoproturon ~ 1,9 % ~
Herbicide.
- Lindane ~ 0,7 % ~ Insecticide ~
Utilisation interdite depuis 1998.
Les herbicides sont également les produits phytosanitaires les plus
fréquemment détectés dans les eaux souterraines. Les produits de dégradation sont toutefois plus fréquents que dans les eaux de
superficielles, du fait de la durée de la migration de ces produits depuis la surface.
Mesures de réduction du risque de pollution des eaux par les produits phytosanitaires.
Origine de la contamination des eaux.
Les contaminations peuvent être :
- ponctuelles, lors de la manipulation des produits, du remplissage ou du rinçage des pulvérisateurs,
- diffuses, après l'application des produits, soit par ruissellement vers les eaux de surface, soit par
infiltration vers les eaux souterraines.
La réduction des risques de pollution ponctuelle nécessite le respect des bonnes pratiques agricoles avant, pendant et après
l'application du traitement.
Bonnes pratiques agricoles de réduction du risque de pollution des eaux.
Les bonnes pratiques agricoles ...
(A poursuivre...)
Mesures d'aménagement du territoire pour réduire le risque de pollution des eaux.
Dispositifs enherbés.
L'implantation de dispositifs enherbés permanents le long des cours d'eau et dans le paysage pour réduire le risque de
pollution par les pesticides, vise les objectifs suivants :
- le dispositif enherbé joue le rôle de filtre lorsque l'eau ruisselle,
- l'herbe ralentit l'écoulement,
- la sédimentation des particules de terre et des résidus qui s'y sont fixés est favorisée,
- la zone racinaire favorise la dégradation des substances actives en ralentissant l'écoulement de l'eau vers le cours
d'eau,
- le dispositif enherbé éloigne le pulvérisateur du cours d'eau, ce qui limite les risques de contamination directe.
L'efficacité des dispositifs enherbés est limitée en cas de :
- drainage,
- circulation hypodermique de l'eau (l'eau ne circule pas en surface mais dans le sol à faible profondeur),
- présence de « cours circuits hydrauliques » dans les parcelles,
- largeur insuffisante du dispositif enherbé.
La mise en œuvre et l'entretien des dispositifs enherbés est destinée à obtenir une implantation homogène et une bonne
pérennité du couvert. Les espèces semées privilégient les graminées (implantation rapide, densité importante) telles que la
fétuque élevée et le « ray grass » anglais.
L'entretien consiste à :
- éviter le salissement par les mauvaises herbes,
- effectuer une coupe ou un broyage une fois par an au minimum,
- surveiller les attaques de limaces dès l'implantation.
Boisements de berges ou ripisylve.
L'implantation des boisements de berges ou ripisylve a pour objectifs de :
- freiner l'écoulement de l'eau et favoriser son infiltration,
- stabiliser les berges et limiter la quantité de terre érodée atteignant le cours d'eau.
Cette implantation rencontre toutefois les difficultés suivantes :
- l'entretien de la ripisylve a un coût puisqu'il nécessite l'utilisation d'un broyeur pour les jeunes pousses arbustives ou
d'une épareuse à lamiers pour les branches plus grosses,
- le boisement ou le reboisement des berges est une opération à réaliser de préférence à l'échelle du bassin versant par une
structure collective du type syndicat de rivière.
Haies.
La plantation ou l'entretien de haies avec des espèces d'arbres adaptées, vise à :
- freiner l'écoulement de l'eau et favoriser la dégradation des substances actives,
- servir de zones refuges pour les organismes auxiliaires antagonistes des ennemis des cultures.
Il faut noter l'intérêt de haies perpendiculaires à la pente dans le cas de ruissellement issu de parcelles où la pente est
forte.
Fossés.
Les fossés agricoles sont susceptibles d'assurer une certaine rétention des produits phytosanitaires, dans la mesure où ils
sont suffisamment riches en substrat végétal et que le débit d'eau n'est pas trop important. Les fossés enherbés ajoutent à
l'efficacité du dispositif par le rôle épurateur de l'herbe.
L'entretien des fossés nécessite de :
- réaliser un entretien mécanique par fauchage ou broyage,
- ne pas utiliser d'herbicide.
Enherbement naturel des chemins.
L'enherbement naturel des chemins permet de maintenir une certaine rugosité des surfaces et d'éviter d'entretenir des zones
préférentielles de ruissellement.
Talus.
La création de talus permet de réduire la pente en amont et, ainsi, la vitesse d'écoulement de l'eau afin de diminuer son
pouvoir de vecteur des produits phytosanitaires.

