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Sous le terme d'économie solidaire se regroupent un certains nombre de concepts différents. Bien que le terme ne semble pas aujourd'hui faire autorité, la réalité de son existence n'est pas à mettre en doute. L'économie solidaire est généralement considérée comme appartenant à l'économie sociale, certains parlent d'ailleurs d'économie sociale et solidaire. L'origine de la mouvance solidaire, qui remonte au 19e siècle (mouvement coopératif) se situe généralement dans le constat que dans certains cas le système économique libéral répond mal à certains besoins de la population, en particulier dans les milieux dits "défavorisés". La situation économique désastreuse de certains pays du Sud orientés vers un système plutôt féodal ou clanique, est également une cause d'inquiétude pour les tenants du mouvement, et est à l'origine de certaines actions.
L'économie solidaire possède plusieurs formes, plus ou moins populaires, qui vont du commerce dit "équitable" aux théories post-capitalistes, en passant par les réseaux locaux d'entraide aux bases plus pragmatiques. Une part non négligeable des actions entreprises semblent être le fait du sous-groupe de la population occidentale identifié par Paul Ray (sociologue) et Sherry Anderson (psychologue), et qualifié de "Créatifs Culturels" (traduction approximative de l'anglais "Cultural Creatives"). Ce dernier concept, qui reprend en fait des théories anciennes, connaît actuellement une relative émergence outre-Atlantique, mais reste méconnu sous cette appelation en Europe, bien que les deux populations semblent posséder la même proportion de Créatifs Culturels. Pour plus de détail, voir la page consacrée à ce terme.
Les mouvements d'économies solidaires sont analysables essentiellement en deux groupes: les mouvements intégrés au capitalisme, et les mouvements qui se placent en dehors de celui-ci, dans le but de lui succéder (le post-capitalisme).
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Ces formes de l'économie solidaire sont essentiellement représentées par les actes de Commerce équitable, et par diverses forme de relation directes entre producteurs et consommateurs, dans un esprit "de village". A ce dernier sujet, citons les AMAP, ou Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne, qui consistent en une association entre un producteur local (généralement affilié à l'agriculture biologique) et des consommateurs. La vente des productions s'y fait directement, par promesse des consommateurs d'acheter la production de l'agriculteur. Le jeu est dit "gagnant- gagnant", car le producteur gagne en évitant les intermédiaires et leurs prix trop bas, et les consommateurs gagnent sur le même point, mais aussi sur le transport et sur la qualité (méthodes de culture, fraîcheur des produits).
Ces formes d'économie solidaire font appel à des concepts monétaires forts, et différents du concept de monnaie tel qu'il est pratiqué dans le cadre du capitalisme libéral. En particulier, les monnaies alors utilisées sont décrites comme "gratuites" (i.e. leur prêt n'est pas soumis à l'intérêt) et "libres" (leur création n'est pas soumise à l'accord d'un organisme unique et étatique). Parmis les actions relevant de ce type d'économie à monnaie complémentaire, il y a en tout premier lieu les Systèmes d'échanges locaux, ou SEL (en anglais LET's). Certains d'entre eux, tel que le Barter's Club ou Ithaca aux Etats-unis sont parfaitement intégrés au système libéral, payent des taxes sur leurs échanges, et proposent même une conversion de leur monnaie propre en monnaie nationale.
L'intérêt de ces SEL ou LET's est de favoriser les échanges commerciaux locaux, en suppléant par leur monnaie locale le manque ou le coût de l'argent national. Le fait que les échanges au sein de ces réseaux ne soit en général pas soumis au régime fiscal national, car il n'y a pas de réel décompte des valeurs échangées, incite parfois les autorités locales à penser que certains échanges s'apparentent à de l'évasion fiscale. Parallèlement, certaines entreprises estiment que les SEL sont un système de concurrence déloyale, pour les mêmes raisons (pas de charges sur les "salaires" versés en monnaie complémentaire, pas de taxes sur les échanges, etc). Par conséquent, les SEL sont généralement tolérés par les administrations fiscales, à condition de rester de modestes structures d'entraide citoyenne. Historiquement, les systèmes à monnaie complémentaire ont été plusieurs fois appliqués par des communautés sous autorités officielles (communes, cantons, ou leurs équivalents à l'étranger). A chaque fois cependant, les Etats concernés ont fait cesser l'expérience, malgré l'amélioration ressentie par les populations dans leur capacités à commercer, en constatant ce qui était à leur yeux une fraude fiscale (manquement aux paiement des droits et taxes sur le travail).
Une autre voie de l'économie solidaire avec monnaie complémentaire est celle de la double monétarisation, proposée par J.-M. Flament, avec le système du robin . Le robin est une monnaie qui se gagne au cours d'actes solidaires et /ou philanthropiques, et qui est nécessaire pour obtenir le meilleur de la richesse proposée par la communauté, l'idéal étant d'être peu ou prou aussi riche en robin qu'en monnaie nationale. Le robin se veut, dans l'esprit de son inventeur, un moyen de pacifier le capitalisme dit "sauvage", en favorisant l'action solidaire.
Dans cette catégorie entrent divers mouvements qui prônent l'abandon total du système capitaliste, jugé incapable de répondre aux défis qui se profilent à l'horizon en matière de distribution des richesses (et de gestion des conflits alors générés), ainsi qu'en matière de dégradation de l'environnement. Ces mouvances considèrent que les difficultés actuelles rencontrées par les politiques économiques en matière de bien-être social (difficulté à résorber le chômage, phénomènes d'exclusion et paupérisation) sont liées à des incohérences dans la structure même du capitalisme d'aujourd'hui, souvent qualifié d'ultra-libéral. Leur critique la plus virulente se porte généralement sur la structure du système monétaire, et en particulier sur la pratique de l'intérêt.
Nous ne traiterons pas ici du communisme, qui mérite, de par son importance historique, un traitement particulier, et nous renvoyons donc le lecteur vers les pages dédiées à ce système économique et social.
Les écoles post-capitalistes restantes sont de types divers, soit dirigiste, soit de libre entreprise, mais avec toujours comme concept central l'idée de permettre la redistribution équitable des richesses entres les acteurs de la société. Pour y parvenir, la plupart abandonnent le concept de capital d'investissement, de propriété privée de l'outil de production, et de "monnaie payante", justifiant par là le terme de "post-capitalisme". Les circuits monétaires proposés sont variés, et se groupent en deux catégories: ceux qui font appel à une masse monétaire fixe, ou régulièrement ré-évaluée, émise pour la société par un organisme central étatisé dont c'est le rôle, et ceux qui font appel à un équilibre dynamique entre masse monétaire et valeur des biens de consommation disponibles sur le marché, dans un continuum de création (salaire) et de destruction (consommation) de la monnaie. Dans ce dernier cas, la création monétaire peut être décentralisée, et répondre aux exigences des concepts de l'intelligence collective.
Historiquement, le premier système économique post-capitaliste théorisé (hors le communisme) a été le distributisme. Le distributisme propose de distribuer équitablement une production dirigée entre les citoyens, parfois sans intermédiaire de la monnaie (distribution gratuite des biens produits).
Un système socio-économique plus abouti et réaliste semble aujourd'hui émerger du travail du GRESSO (Groupe de Recherche pour un Système SOciétal), initié par A.-J. Holbecq. Ce groupe a théorisé l'économie du Sociétalisme, et tenté de proposer une structure sociale adaptée au fonctionnement monétaire particulier qu'il nécessite.
Dans l'ensemble, les mouvements intégrés au capitalisme ne se proposent pas comme des modèles pour une transition vers une société post-capitaliste, car leur ambition initiale est de répondre localement à des besoins locaux. Il leur manque donc pour cela une théorie économique complète, ainsi qu'une réflexion éthique et philosophique sur leur propre évolution. Cependant, l'importance de la population des Créatifs Culturels, qui initie un mouvement vers la sortie du consumérisme, en particulier à travers des concepts comme la Simplicité volontaire, et vers une Terre pacifiée, à travers la promotion de la Politique simultanée, semble indiquer que la culture émergente sera post-capitaliste dans son éthique. Il est donc possible que, par une fusion des populations de Créatifs Culturels et des théories des groupes post-capitalistes, naisse la société d'économie solidaire que les politiques appellent parfois de leurs voeux en cherchant la fameuse "troisième voie" (i.e.: ni capitalisme libéral, ni communisme)
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