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Article de la série |
| Causes |
| Préludes |
| L'Assemblée constituante et ses suites (1789-1791) |
| L'Assemblée législative et la chute de la monarchie (1791-1792) |
| Commune de Paris (1792) |
| Convention nationale |
| Directoire |
| La Révolution française et le IIIe millénaire |
| Chronologie |
| Plan détaillé, liens et ressources |
| Sommaire |
Tout a commencé par une crise dans les finances royales de Louis XVI. La Couronne de France, qui ne faisait qu'une avec le royaume de France, croulait sous les dettes. Pendant les règnes de Louis XV et Louis XVI, plusieurs ministres, parmi lesquels Turgot, proposèrent vainement de réformer la fiscalité en imposant les nobles. De telles mesures rencontrèrent une forte résistance de la part des Parlements, alors dominés par la noblesse.
Comme le besoin d'augmenter les impôts plaçait le roi dans une position difficile avec la noblesse, Maurepas, alors Premier ministre, choisit comme ministres des « hommes nouveaux » selon l'expression de François Mignet. Turgot, Chrétien de Malesherbes, et Jacques Necker ont tenté l'un après l'autre de réformer le système d'imposition et de procéder à d'autres réformes, comme diminuer l'extravagance de la cour, mais aucun ne réussit. À noter que les dépenses somptuaires représentaient moins de 1 % des recettes de l'État, et que le service de la dette en absorbait 80 %. Cette dette énorme provenait essentiellement de la guerre d'Indépendance américaine.
À l'inverse, Calonne, nommé ministre des Finances en 1783, avait permis à nouveau des dépenses extravagantes dignes de l'époque de Louis XIV. Lorsque Calonne fit se réunir une Assemblée des notables le 22 février 1787 pour aborder la question de la situation financière, la France était quasiment en banqueroute : plus personne n'était prêt à prêter d'argent au roi pour satisfaire les dépenses de la cour et du gouvernement. Selon Mignet, les emprunts s'élevaient à « un milliard six-cent quarante six millions... et... il y avait un déficit annuel ... de 140 millions de livres ». Calonne est alors remplacé par son principal opposant Etienne Charles de Loménie de Brienne, archevêque de Sens, mais la situation reste inchangée : le gouvernement n'a plus d'emprunts possibles. Pour essayer d'y remédier, l'Assemblée des notables approuva l'établissement des assemblées provinciales, une réglementation du commerce du blé, l'abolition des corvées, et un nouvel impôt sur le timbre ; puis elle se retira le 25 mai 1787.
La lutte qui s'ensuivit avec les parlements, pour faire appliquer ces décisions, montre un des premiers signes de la fin de la société de l'Ancien Régime. Devant ces problèmes,
Les parlements de provinces manifestèrent leur opposition à la tyrannie ministérielle. En réponse, plusieurs nobles dont Louis Philippe II d'Orleans furent bannis ce qui déclencha une série de décisions contradictoires et conflictuelles entre le roi et les parlements. Des troubles éclatèrent en Dauphiné, Bretagne, Provence, Flandre, Languedoc, et Béarn.
Malgré la doctrine de l'ancien régime selon laquelle la France était une monarchie absolue, il devint clair que la gouvernement royal ne pouvait procéder aux changements nécessaires sans l'accord de la noblesse. La crise financière était devenue une crise politique.
Le 13 juillet 1787, après la réunion de l'assemblée des états du Dauphiné, le parlement et la noblesse demandèrent au roi qu'il convoque les États généraux à Vizille. Le 18 décembre 1787, le roi promit de convoquer les États généraux dans les cinq ans qui allaient venir
En 1788 eu lieu la « Journée des tuiles de Grenoble » : les protestations des familles touchées par la catastrophe économique se multipliant depuis mai, ces agitations poussent la garnison à intervenir le 7 juin. Celle-ci sera reçue par des jets de tuiles lancées par les habitants de Grenoble montés sur les toits. Après la « journée des tuiles », une assemblée des trois ordres (noblesse, clergé, Tiers-État) se réunit au château de Vizille et décide la grève des impôts tant que les États Généraux de la province n'auront pas été convoqués par le roi pour les voter.
Après l'échec de Brienne le 25 août 1788 alors chargé du contrôle des Finances de la Nation, et avec le retour de Necker en lieu et place de Brienne, Louis XVI incapable de rétablir l'ordre cédera en août 1788.
La perspective des États généraux ralluma le conflit d'intérêt entre la noblesse et le Tiers État (en théorie,tous les hommes du peuple ; en fait, les classes moyennes, la bourgeoisie). La société avait changé depuis 1614. Le clergé et la noblesse ne représentaient ensemble que 2% de la population. Le Tiers État, qui représentait théoriquement les 98% restants et qui, en fait, détenait une proportion de plus en plus importante de la richesse du pays. Il avait rarement été associé aux deux autres Ordres en assemblée consultative du roi. En effet, seuls le clergé et la noblesse avaient pu auparavant voter. Beaucoup de bourgeois voyaient néanmoins la convocation des États généraux comme une chance de gagner du pouvoir.
Selon le modèle de 1614, les États généraux devaient se composer du même nombre de représentants de chaque ordre. Le Tiers État demanda une double représentation, qu'ils avaient déjà dans les assemblées de province. Cette requête devint un sujet pour les auteurs de pamphlets, dont le plus remarquable est celui de l'abbé Emmanuel Joseph Sieyès Qu'est-ce que le Tiers État ?. Necker, espérant éviter le conflit, convoqua une deuxième assemblée de notables le 6 décembre 1788 ; mais, à son regret, ils rejetèrent l'idée d'une double représentation. En convoquant cette assemblée, Necker avait tout bonnement souligné l'opposition des nobles à une politique forcée.
Un décret royal du 27 novembre 1788 annonça que les États généraux devaient réunir au moins mille députés ; ceci garantit ainsi la double représentation. En outre, les protestants pouvaient être députés pour le Tiers État. Selon Mignet, après des élections honnêtes, « la délégation de la noblesse comprenait deux cent quarante-deux aristocrates et vingt-huit membres du Parlement ; celle du clergé, quarante-huit archevêques ou évêques, trente-cinq abbés ou doyens, et deux cent huit curés; et celle du Tiers-État, deux ecclésiastiques, douze nobles, dix-huit magistrats des villes, deux cent membres de comtés, deux cent douze avocats, seize physiciens, et deux cent seize marchands et paysans. » D'autres sources proposent des données légèrement différentes.
La forte proportion de curés est due à la réduction de la portion congrue dans les années 1770-1780. La portion congrue (qui veut dire : la part suffisante) est la part de la dîme, l'impôt prélevé par l'Église, que les évêchés laissaient aux curés pour qu'ils puissent vivre. La réduction de cette portion congrue fut telle que les prêtres étaient parfois plus pauvres que leurs paroissiens, et se retrouvaient donc très proches de leurs préoccupations. Le sujet avait fait débat plusieurs fois, les curés tentant d'obtenir un rééquilibrage, mais l'épiscopat campa sur ses positions. Les curés profitèrent donc de la convocation des États généraux pour élire, non leur hiérarchie comme d'habitude, mais leurs pairs, comptant bien discuter de ce problème. Dès l'élection des représentants, les privilégiés se retrouvaient donc en minorité, même en conservant le système de vote traditionnnel. voir États généraux.
Le 5 mai 1789 s'ouvrent à Versailles les États généraux.
Quand les États généraux se réunirent à Versailles le 5 mai 1789 entourés de nombreuses festivités, de nombreux représentants du Tiers-État virent, au début, la double représentation comme une révolution déjà pacifiquement terminée. Cependant, avec l'étiquette de 1614 fortement observée, les insignes royales du clergé et de la noblesse, le placement des députés des trois ordres suivant le protocole d'un ancien temps, tout laissait apparaître, en fait, que rien n'avait été terminé.
Quand Louis XVI et Barentin (Garde des Sceaux) s'adressèrent aux députés le 6 mai, le Tiers-État découvrit que le décret royal garantissant la double représentation était quelque peu une imposture. Bien sûr, ils avaient plus de représentants que les deux autres ordres réunis, mais le processus de vote allait être par ordre : les 578 représentants du Tiers-État, après délibération, allaient voir leur vote collectif peser exactement aussi lourd que celui de chaque autre ordre.
L'intention apparente du roi et de Barentin était que chacun obtienne directement à la matière des impôts. La plus grande représentation du Tiers-État devait être seulement symbolique, sans leur donner aucun pouvoir supplémentaire. Necker était plus compatissant envers le Tiers État, mais en cette occasion il parla seulement au sujet de la situation fiscale, laissant le soin à Barentin de parler de la façon dont les États généraux devaient fonctionner.
Essayant d'éviter la question de la représentation et de se concentrer seulement sur les impôts, le roi et ses ministres avaient très mal jugé la situation. Le Tiers-État voulut que les ordres se réunissent en tant qu'un ensemble et qu'on compte une voix par député (votant par scrutin plutôt que par ordre). Alors qu'ils voulaient dénoncer l'absolutisme royal, les deux autres ordres crurent -et l'Histoire allait le prouver- qu'elles allaient perdre plus de pouvoir sur le Tiers-État que d'en gagner sur le roi. Le ministre Necker avait été compatissant envers le Tiers-État dans ce sens mais l'astucieux financier était un politicien moins doué. Il décida de laisser le problème dans l'impasse. Ainsi, avant même que le roi accorda quoi que ce fût au Tiers-État, il sembla que la décision du roi s'apparentait à une concession faite par la monarchie, plutôt qu'un cadeau qui aurait convaincu le peuple de la possibilité d'un espoir.
L'impasse était immédiate. La première préoccupation des États généraux était la vérification des pouvoirs. Mirabeau, noble lui-même mais choisi pour représenter le Tiers-État, essaya sans succès de réunir les trois ordres dans une seule pièce pour en discuter. Au lieu de discuter des impôts du roi, les trois ordres ont commencé par discuter séparément non pas des impôts mais de l'organisation de la législature. La navette diplomatique a ainsi continué sans résultat jusqu'au 27 mai 1789, quand les nobles ont décidé fermement de garder le système de vérification séparée. Le jour suivant, l'abbé Sieyès (un membre du clergé, mais, comme Mirabeau, choisi pour représenter le Tiers-État) déclara que le Tiers-État, qui se réunissait maintenant en communes, poursuivaient la vérification et invitaient les deux autres ordres à y participer, mais ne les attendaient plus. Le 17 juin 1789, avec l'échec de réconciliation les trois ordres, les communes mirent en place leur propre processus de vérification, devenant ainsi le seul domaine dont les pouvoirs avaient été convenablement légalisées. Les communes ont presque immédiatement voté une mesure bien plus radicale : ils se sont déclarés en une l'Assemblée nationale, une assemblée non pas des ordres mais du peuple. Ils ont invité les autres ordres à les joindre, mais ont indiqué clairement qu'ils avaient l'intention de s'occuper de la nation, avec ou sans eux.
L'Assemblée fraîchement élue s'est immédiatement occupée des finances - trouver les crédits nécessaire au comblement de la dette nationale - et du peuple. La dette publique fut consolidée, et les impôts existants furent déclarés illégaux, mais provisoirement reconduits pour la durée de l'exercice de l'assemblée. Cela restaura la confiance des financiers et leur a donné un fort intérêt pour son maintien en place. Pour le Tiers-État, des comités furent créés pour résoudre les problèmes de manque de nourriture.
Le précédent plan de Necker — de conciliation, un arrangement complexe dont la principale idée était d'accepter quelques points en faveur du Tiers tout en restant ferme sur les autres — avait été dévié par des événements.
Plus intéressé par les conseils de Necker, Louis XVI, sous l'influence des courtisans de son conseil privé, résolut d'aller à l'Assemblée, pour annuler ses décrets, commander la séparation des ordres, et dicter les réformes à effectuer par les États généraux reconstitués.
Cependant Louis XVI resta à Marly et fit fermer la salle, pour empêcher l'Assemblée de se réunir quelques jours, le temps d'être lui-même prêt. Et l'Assemblée déplaça ses délibérations dans la salle du jeu de paume, où les députés prêtèrent le Serment du Jeu de Paume le (20 juin 1789), de ne pas se séparer tant qu'ils n'auraient pas donné à la France une constitution.
Deux jours plus tard, privée de l'entrée dans la salle du jeu de paume, l'Assemblée Nationale se réunit dans l'église de Saint-Louis, où elle fut rejointe par la majorité des représentants du clergé : les efforts pour restaurer le vieil ordre avait servi seulement à accélérer les évemements. Quand, le 23 juin 1789, en accord avec ses plans, le roi s'adressa finalement aux représentants des trois ordres, il fut reçu dans un silence plombé.
Il conclut en ordonnant à tous de se disperser, et fut obéi par les nobles et le clergé ; les députés du Tiers-État restèrent assis dans un silence qui fut finalement brisé par Mirabeau, grâce à un bref discours : « Une force militaire entoure l'Assemblée ! Où sont les ennemis de la nation ? Est-ce Catilina à nos portes ? J'exige qu'en vous investissant avec votre dignité, avec votre puissance législative, vous vous enfermiez dans le respect de votre serment. Il n'est pas permis de vous séparer jusqu'à ce que vous ayez formé une constitution. » Les députés restèrent fidèles à leur promesse.
L'histoire rapporte en outre cette réponse qu'aurait faite Mirabeau au marquis de Dreux-Brézé, envoyé du roi :
Necker, remarqué pour son absence de la fête royale du jour, tomba en disgrâce, mais revint dans les bonnes grâces de l'Assemblée Nationale. Les membres du clergé et quarante sept membres de la noblesse, dont le duc d'Orléans, qui avaient rejoint l'Assemblée à la chapelle Saint-Louis, restèrent auprès du Tiers.
Le roi fit venir des troupes en nombre autour de Paris et de Versailles. De nombreux messages de soutien arrivèrent à l'Assemblée de Paris. Le 9 juillet 1789 l'Assemblée, se reconstituant en tant qu'Assemblée constituante nationale, s'adressa au roi en termes respectueux mais fermes, demandant le déplacement des troupes (dont les régiments étrangers, dont l'obéissance au roi était de loin plus grande que celle des troupes françaises), mais Louis XVI déclara que lui seul pouvait juger le besoin de troupes, et assura à l'Assemblée que les troupes étaient strictement une mesure conservatoire. Louis XVI offrit de déplacer l'Assemblée à Noyon ou à Soissons : c'est-à-dire, pour la placer entre deux armées et la priver de l'appui du peuple parisien, unanime dans son soutien à l'Assemblée et proche de l'insurrection.
La pression modifia les discussions de l'Assemblée ; la conversation politique déborda de l'Assemblée dans les places et les halls publics de la capitale. Le Palais royal et ses alentours étaient devenus l'emplacement d'une réunion continue. La foule parisienne ouvrit les prisons de l'Abbaye pour libérer quelques grenadiers des gardes françaises qui avaient été emprisonnées car ils avaient refusé de faire feu sur le peuple. L'Assemblée les recommanda à la clémence du roi ; ils retournèrent à la prison, et ont reçu le pardon. Leur régiment avait rejoint la cause populaire.
Le 11 juillet 1789 avec des troupes à Versailles, Sèvres, au Champ de Mars, et à Saint-Denis, le roi, agissant sous l'influence des nobles conservateurs de son conseil privé, renvoya Necker (qui était parti pour Bruxelles), et composa un nouveau ministère. Le maréchal Victor François, duc de Broglie, La Galissonnière, le duc de Vauguyon, le baron Louis de Breteuil, et l'intendant Foulon, furent nommés pour remplacer Puységur, Armand Marc, comte de Montmorin, La Luzerne, Saint Priest, et Necker.
La nouvelle du renvoi de Necker atteint Paris dans l'après-midi du dimanche 12 juillet 1789, où il fut interprété comme un coup d'État des conservateurs. La foule constitua des réunions dans toute la ville, avec plus de dix mille personnes au Palais Royal. Camille Desmoulins, selon Mignet, rallia la foule autour de lui, monté sur une table, pistolet au poing, s'exclamant : Citoyens, il n'y a pas de temps à perdre ; le renvoi de Necker est le signal d'une Saint-Barthélemy des patriotes ! Cette nuit, les régiments allemands et suisses quitteront le champ de Mars pour tous nous massacrer ; notre seule ressource est de prendre les armes !
Une foule grandissante, brandissant des bustes de Necker et du duc d'Orléans, s'est déplacé jusqu'à la place Vendôme, où avait été placé un détachement du Royal-allemand, et le noya sous une pluie de pierres. Sur la place Louis XV, les dragons du prince de Lambesc ont tiré sur le porteur d'un des bustes ; un soldat a également été tué. Lambesc et ses soldats les ont poursuivi, attaquant non seulement les manifestants mais aussi ceux qu'ils croisaient sur leur chemin.
Le régiment de la Garde française favorablement disposé envers la cause populaire, avait été confiné dans ses casernes. Avec Paris transformé en émeute générale, de Lambesc, ne faisant pas confiance au régiment pour obéir à cet ordre, posta soixante dragons devant son dépôt de la Chaussée-d'Antin. De nouveau, une mesure prévue pour prévenir servit seulement à provoquer. Les Gardes françaises arrivèrent, tuèrent deux dragons, en blessèrent trois, et mirent le reste en fuite. La rébellion citoyenne avait acquis à sa cause un régiment entraîné.
Les rebelles se sont réunis dans et autour de Hôtel de Ville et ont sonné le tocsin. La méfiance entre les conseillers regroupés dans l'Hôtel de Ville et la foule qui l'entourait a été aggravée par l'incapacité de la municipalité de fournir des armes au peuple parisien. Entre l'insurrection politique et le pillage opportuniste, Paris était un chaos. À Versailles, l'Assemblée tenait fermement sur ses positions, et est entama une session continue de façon à ne pas être à nouveau privée de son espace de réunion.


