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Préparation de l'Opération Torch

L’Opération Torch désigne le débarquement allié du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord (Maroc français et Algérie). Ce débarquement marque le tournant de la guerre sur le front occidental, conjointement avec les victoires britannique à El Alamein et soviétique à Stalingrad. Le succés n'en a été acquis que grace au dévouement de la résistance française qui a réussi, en neutralisant Alger, à y permettre le succés de l'opération, alors qu'à Oran et au Maroc, les généraux de Vichy accueillaient les Alliés à coups de canon, tout en livrant la Tunisie sans un coup de feu aux Allemands.

Sommaire

Conception de l'opération

L'Opération Torch prend naissance au cours du printemps 1942, au plus fort de la domination allemande.

Les îles britanniques ont évité l’invasion allemande grâce à l'énergie de Churchill et à la vaillance des pilotes britanniques et de tous les aviateurs venus l’Europe occupée qui ont repoussé héroïquement, au cours de ce qui sera appelé la Bataille d’Angleterre, les assauts répétés et incessants des forces aériennes allemandes d'Hermann Goering.
Hitler, avec l’armée de l’est, est aux portes de Stalingrad : l'Union Soviétique se trouve dans une position plus que délicate et au bord de la rupture. Si les alliés veulent conserver une chance de remporter cette guerre, il leur est impératif et urgentissime d’ouvrir un second front afin de soulager la Russie.

Le choix de l’Afrique du Nord n’allait pas de soi : le président Roosevelt et le général George Marshall avaient d'abord donné leur préférence à un débarquement sur les côtes de la Manche (Eisenhower avait d’ailleurs déjà obtenu la responsabilité du commandement pour une attaque coté ouest).
Mais de son coté, Churchill n’avait pas oublié les intérêts anglais en Afrique, où le canal de Suez restait à la portée de l'ennemi. Et surtout, il estimait que débarquer sur le continent européen aurait représenté de gros risques, à la fois compte tenu de la qualité des défenses allemandes, et parcequ'il jugeait les effectifs alliés disponibles en Angleterre encore insuffisants pour réussir une opération de grande ampleur : Il était donc préférable de s’orienter vers une offensive moins directe, en Afrique.
Si les Alliés réussissaient à y repousser les troupes de l'Afrika Korps de Rommel, l’Afrique du Nord permettrait de disposer d’une plate-forme pour un projet plus ambitieux qui concernerait l’Europe méridionale.

Les pourparlers durèrent quatre jours et aboutirent à un accord désignant l’Afrique du Nord comme objectif immédiat des alliés. Le général Marshall confia à Eisenhower ce nouveau commandement et le projet fut baptisé « Opération Torch » (Flambeau).

Planification de l'intervention

La préparation politique

Le 5 Septembre 1941, les négociateurs alliés s'accordent pour désigner Casablanca, Oran et Alger, comme cibles principales des débarquements.

Négociations avec les autorités vichystes

Mais l'opération avait aussi été préparée de longue date sur place. Une question trés importante était, en effet, celle de l'attitude des autorités militaires de Vichy en Afrique du Nord, vis à vis d'une éventuelle intervention américaine. Le Président Roosevelt, désinformé par certains Français des Etats-Unis qui dépeignaient de Gaulle comme un dictateur, et par son ambassadeur, l'amiral Leahy, ami du Maréchal, s'obstinait, en effet, à voir dans le personnel dirigeant de Vichy des patriotes décidés à reprendre la guerre contre l'Allemagne à la première occasion. Ainsi prévenu en faveur du Maréchal, le président américain ne voulait pas même tenir compte des évidences. N'était-ce pas Pétain avait lui-même, dès octobre 1940, proclamé ouvertement la Collaboration", tout en laissant annexer l'Alsace-Lorraine sans protester publiquement? N'avait-il pas réalisé dans les faits, cette collaboration en chaque occasion, avec l'aide de son "dauphin" l'amiral Darlan(Remise à la Luftwaffe des 400 pilotes allemands capturés, abattus avant l'armistice,... à point pour qu'ils repartent bombarder l'Angleterre,communication à la Kriegsmarine des informations sur les forces alliées obtenues par le Deuxième Bureau de la Marine, ravitaillement de l'Afrika Korps etc., accueil de 500 spécialistes allemands en zone sud pour y traquer les émetteurs clandestins, livraison aux Allemands d'une base en Syrie, etc.). N'était-ce pas Pétain qui avait institué un régime de pouvoir personnel raciste, imité de l'Allemagne nazie, et adopté en un temps record les lois d'exception, sans attendre que les Allemands les lui imposent? Le consul Murphy, représentant personnel du Président Roosevelt en Afrique du Nord partageait l'aveuglement de Leahy, bien que ses démarches n'aient obtenu que des insuccés auprés des dirigeants de Vichy en Afrique, et principalement des généraux Weygand, puis Juin. Heureusement l'avait-on renforcé de 12 vice-consuls des États-Unis, envoyés en Afrique du Nord pour controler l'emploi de l'aide économique américaine, et qui, issus de milieux non diplomatiques,ne partageaient pas son irréalisme. Ils avaient donc établi de nombreux contacts non seulement avec les autorités locales de Vichy, mais aussi avec la résistance.

Négociations avec les résistants

Les diplomates américains et l'O.S.S.(Service secret américain, précurseur de la C.I.A.) avaient obtenu du coté de la résistance, mieux qu'une adhésion, une stimulation. En effet, à Oran et à Alger, s'étaient constitués, en octobre 1940 deux groupements de patriotes français favorables à la cause alliée. Ils s'étaient rassemblés et avaient été organisés sur la base d'un secret et d'un cloisonnement rigoureux par Roger Carcassonne et José Aboulker.

Par la suite, quelques résistants venus de métropole s'étaient joints à eux, et notamment un lieutenant du Deuxième Bureau, Henri d'Astier de La Vigerie, qui, aprés avoir contacté Carcassonne à Oran, était venu s'installer à Alger comme cadre des Chantiers de jeunesse et y avait rencontré Aboulker. Les deux dirigeants initiaux subjugués par l'ascendant d'Henri d'Astier, s'étaient implicitement placés sous sa direction. Celui-ci avait ensuite étendu la conjuration au Maroc, auprés de certains dirigeants civils ou militaires, comme le Général Béthouard. À Alger aussi, il avait obtenu le concours de quelques officiers supèrieurs, comme les colonels Jousse et Baril, et celui d'un industriel vichyste, Lemaigre-Dubreuil, directeur des Huiles Lesieur (donc en relations étroites avec le trust Unilever), qui désirait jouer la carte américaine.

À la suite de longs mois de négociations des chefs de la résistance avec les représentants américains, il fût décidé que, lors du débarquement allié, les principales personnalités et points stratégiques d'Afrique du Nord devraient être neutralisés pendant plusieurs heures, afin de permettre aux alliés d'effectuer leur intervention sans heurts. On espérait qu'une fois le débarquement opéré, l'armée d'Afrique se joindrait aux Alliés et rentrerait dans la guerre. Il fût décidé que le débarquement s'effectuerait sans intervention des Français libres, car la participation du général de Gaulle à l'opération n'aurait pu que braquer davantage encore les généraux vichystes dans leur hostilité. Une autre raison, mais celle-ci restée inavouée du coté américain, résidait dans l'hostilité aveugle du Président Roosevelt à de Gaulle, due non seulement aux racontars des notables Français réfugiés aux Etats-Unis, mais aussi à la libération, sans sa permission, de Saint-Pierre et Miquelon par les Forces navales françaises libres (FNFL).

Quant à Murphy, il persistait à juger possible le ralliement des Vichystes à la cause alliée, sans tenir compte des déclarations collaborationnistes de Pétain et des actes concrets de collaboration commis par ses subordonnés en Afrique du Nord. Mais il fallait alors un général acceptable pour prendre la direction de la rentrée en guerre du côté français.

C'est alors que Lemaigre-Dubreuil avança le nom du général Giraud, évadé d'Allemagne et patriote confirmé, dont il avait été l'aide de camp en 1940. Il oubliait de dire aux autres résistants que Giraud était aussi un admirateur de Pétain et de la « Révolution nationale ». Ainsi obtint-il leur accord sans difficultés. Quant à Giraud, contacté par un envoyé américain et par Lemaigre-Dubreuil, il acccepta de participer à l'opération, mais il exigea dans un premier temps qu'elle ait lieu simultanément en France, et qu'il en exerce personnellement le commandement en chef. En attendant, il désigna, pour le représenter auprés des conjurés, le général Mast, chef d'état-major du corps d'armée d'Alger.

Les accords entre les Etats-Unis et la résistance furent « officiellement » sanctionnés au cours d'une réunion clandestine tenue le 23 octobre 1942 dans une villa de Cherchell par le général Clark, adjoint d'Eisenhower venu secrètement en sous-marin, et divers représentants militaires et civils de la résistance, dont le colonel Jousse, le général Mast, et Bernard Karsenty, l'adjoint de José Aboulker. Outre la partie militaire de ces accords, ils incluaient des dispositions trés favorables à la France considérée comme une alliée, pour l'aprés débarquement. Des circonstances rocambolesques entourèrent cette réunion trés sérieuse, au cours desquelles, la réunion ayant été dénoncée par un indigène, la venue du commissaire de police avait été retardée un temps suffisant, par deux officiers patriotes, l'aspirant Le Nen et le lieutenant Michel de la garde cotière des Douairs, pour que les conjurés ne soient pas surpris par deux officiers patriotes.

Ordre de bataille allié et objectifs

L’ensemble des troupes terrestres alliées étaient placées sous la responsabilité du général Eisenhower qui effectuait, pour l'occasion, son veritable baptême du feu dans une opération majeure. Quant aux forces navales, leur commandement en incombait à l’amiral Sir Andrew Cunningham auquel fut adjoint l’amiral Sir Bertram Ramsay qui avait établi du coté allié l'essentiel du plan d'attaque de l'opération Torch, à partir des notes militaires établies par le colonel français Jousse, membre de l'organisation de résistance d'Alger.

L'opération se divisait en trois groupes ayant pour mission d'établir neuf têtes de pont sur près de 1500 km de côte.

  • Forces terrestres :
  • Commandement : Général de division (Major General) George Patton
  • Effectifs : 35000 américains
3e Division d'Infanterie US.
9e Division d'Infanterie US (privée du 39e régiment, voir Forces Est).
2e Division Blindée US.
70e et 756e Bataillons de chars.
603e, 609e et 702e Bataillons de chasseurs de chars.
36e Régiment du Genie.
  • Forces navales :
  • Commandement : Vice Amiral (Rear Admiral) Henri Hewitt.
?Flotte de haute mer :
USS1 Ranger (Porte avions)
USS Santee (Porte avions)
USS Sangamon (Porte avions)
USS Chenango (Porte avions)
USS Suwanee (Porte avions)
USS Texas (Battleship WWI)
USS New York (Battleship WWI)
USS Massachusetts (Cuirassé)
USS Augusta (Croiseur lourd)
USS Wichita (Croiseur lourd)
USS Tuscaloosa (Croiseur lourd)
USS Cleveland (Croiseur léger)
USS Philadelphia (Croiseur léger)
USS Savannah (Croiseur léger)
USS Brooklyn (Croiseur léger)
?Flotte de protection et d'opération :
41 destroyers, 4 sous-marins, 8 chasseurs de mines, 23 navires de debarquement pour l'infanterie.
  • Forces aériennes : (sous contrôle directe de Patton).
  • Commandement : Général de division (Major General) James Doolittle (US).
?Appareils :
Chasseurs F4F Wildcat, bombardiers SBD-3 Dauntless et torpilleurs TBF-1 Avenger



  • Forces terrestres :
  • Commandement : Général de division (Major General) Lloyd Fredendall
  • Effectif : 39.000 américains.
1ere Division Blindée US sous le commandement du Général de division (Major General) Orlando Ward.
1ere Division d'Infanterie US sous le commandement du Général de division (Major General) Terry Allen.
701e Bataillon de chasseurs de chars
105e & 106e Bataillon d'artillerie côtiere.
1er Bataillon de Ranger
  • Objectif : Oran (Algérie).
?La ville est divisée en 3 zones :
Zones X à l'Ouest d'Oran.
Zone Y face à la ville.
Zone Z à l'Est.
  • Forces navales :
  • Commandement : Contre-amiral (Rear Admiral) Sir Thomas Troubridge.
?Flotte de haute mer :
HMS2 Largs (transport & QG)
HMS Aurora (Croiseur)
HMS Jamaica (Croiseur)
HMS Rodney (Cuirassé)
HMS Furious (Porte avions)
HMS Biter (Porte avions)
HMS Dasher (Porte avions)
?Flotte de protection et d'opération :
Environ 13 destroyers, 6 corvettes, 2 voiliers, 8 chasseurs de mines, 15 navires de debarquement pour l'infanterie, 3 tankers, navires anti-aeriens.
  • Forces aériennes :
  • Commandement : Général de division (Major General) James Doolittle (US).
?Appareils :
Torpilleurs Albacore et Chasseurs Hurricanes)



  • Forces terrestres :
  • Commandement : Général de corps d'armée (Lieutenant General) Kenneth Anderson.
  • Effectifs : 45.000 britanniques et 10.000 moitié américains.
?Sous le commandement du Général de division (Major-General) Charles Ryder :
34e Division d'Infanterie US (168e régiment)
78e Division d'Infanterie GB (11e brigade).
9e Division d'Infanterie US (39e régiment).
1er et 6e Bataillons Commando anglo-americains3.
  • Objectif : Alger (Algérie).
?La ville est divisée en 3 zones :
Zones A&B : Ouest de la ville
Zones C : Est de la ville
  • Forces navales :
  • Commandement : Vice-amiral d'escadre (Vice-Admiral) Sir Harold Burrough.
?Flotte de haute mer :
HMS Bulolo (Croiseur & QG)
HMS Avenger (Porte avions)
HMS Argus (Porte avions)
HMS Sheffield (Croiseur)
HMS Scylla (Croiseur)
HMS Charybdis (Croiseur)
?Flotte de protection et d'opération :
Environ 13 Destroyers, 3 Sous-marins, 4 Corvettes, 3 Sloops, 4 Chasseurs de mines, 3 navires anti-aeriens, 11 navires de debarquement pour l'infanterie, 18 Transports de troupe
  • Forces aériennes :
  • Commandement : Général de corps d'armée (Air Marshall) Sir William Welsh (GB).
?Appareils :
Chasseurs Seafires et Chasseurs Hurricanes)



1 : His/Her Majesty Ship (Marine de sa Majesté).
2 : United States Ship (Marine des États-Unis).
3 : Les deux bataillons de commandos constituent un exemple intéressant d'association étroite de combattants anglo-américains : les Anglais commandent, mais combattent sous uniformes américains.

Dernières dispositions

La présence de forces italiennes et allemandes était certes réelle, mais elles opéraient à l'est de la Tunisie. Aussi, la réussite de l’opération dépendait-elle en grande partie du comportement des troupes françaises (120 000 hommes) stationnées sur tous les sites de débarquement.
En effet, alors que les objectifs alliés se situaient tous en des territoires sous contrôle français, le doute n'avait pas été levé, chez les dirigeants américains sur l'attitude de l'armée d'armistice. Quelle serait, lorsque les forces anglo-américaines déclencheraient leur invasion, les réactions de la marine et de l’armée de Vichy, dont les membres gardaient encore les très mauvais souvenirs de la destruction de la flotte de Mers El-Kébir par les Britanniques, le 3 juillet 1940, et de leur défaite récente, en Syrie par les mêmes britanniques ? Quelles allaient être les positions du général Juin commandant des forces françaises d'Afrique du Nord et du Général Noguès, Résident général au Maroc, face aux ordres de Pétain ?.

Les accords avec la résistance étaient justement destinés à parer à toute réaction négative des troupes françaises. Mais Roosevelt et Eisenhower, aveuglés par les rapports optimistes de Murphy, ne perdaient pas l'espoir d'obtenir au dernier moment le ralliement des dirigeants vichystes. Pour celà, les dirigeants alliés comptaient beaucoup sur le général Giraud, auquel ils réservaient le commandement des forces françaises stationnées en Afrique du Nord.

Or, si Giraud, au moment de sa décision ultime, avait finalement accepté un débarquement limité à la seule Afrique du Nord, il continuait à compter sur le commandement en chef des troupes d’invasion, bien qu'il n'ait reçu aucune réponse à ce sujet. En réalité cette condition irréaliste ne pouvait en aucun cas être satisfaite par les Alliés, car on ne pouvait confier le commandement d'une opération militaire à un général totalement ignorant des moyens et des préparatifs. Giraud n'en fût pas moins révolté lorsqu'il apprit, dans le sous-marin qui le conduisait à Gibraltar, que la fonction réclamée par lui avait été attribuée à un autre.

Si bien que, le 7 novembre 1942, Eisenhower dût perdre de précieuses heures à discuter avec Giraud d'une décision qui ne pouvait être révoquée. Quand à ce dernier, il s'attarda pendant 2 jours à Gibraltar, pour manifester son mécontentement, sans tenir compte des résistants qui allaient l'attendre vainement à Alger le lendemain pour lui remettre la ville, aprés en avoir neutralisé les défenses pendant la nuit.

Le même soir l'opération commençait, tant du coté de la résistance, que de celui des forces de débarquement alliées. Elle allait se faire sans Giraud.


Voir la suite dans article détaillé La réussite de l'opération Torch

Sources et bibliographie de base

Ouvrages scientifiques

Mémoires des principaux protagonistes

Interviews



Voir la suite dans article détaillé La réussite de l'opération Torch





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