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Affaire d'Outreau

On appelle Affaire d'Outreau une affaire judiciaire s'étant terminée par un procès aux assises de Saint-Omer (Pas-de-Calais) en France en mai et juin 2004. Elle mit en cause le fonctionnement de l'institution judiciaire française et la réaction des acteurs sociaux face à l'abus sexuel sur mineur. Elle eut un grand retentissement médiatique.

En mai et juin 2004, après une enquête de plus de trois ans, s'ouvrit au palais de justice de Saint-Omer (Pas-de-Calais) le procès dit « procès d'Outreau », du nom de la ville d'Outreau où se sont déroulés les faits jugés. L'affaire avait defrayé la chronique à plusieurs reprises au cours de l'instruction - on parlait d'une affaire Dutroux à la française. Dix-sept personnes soupçonnées d'appartenir à un vaste réseau international de proxénétisme d'enfants étaient sur le banc des accusés.

Le procès réduisit finalement les faits à une sordide mais banale affaire d'inceste familial. Une grande partie des accusés - qui tous sauf quatre avaient toujours clamé leur innocence - furent finalement acquités ou faiblement condamnés après avoir purgé de lourdes peines en prison préventive, pour certains pendant plus de trois ans sur la seule foi de déclarations mensongères ou inexactes de certains adultes et enfants. Le verdict surprit toutefois l'opinion publique par la condamnation de six personnes pour lesquelles la plupart des charges semblaient s'être effondrées pendant le procès : ceux là continuent de clamer leur innocence, ils ont fait appel du jugement.

Lors de ce procès, l'ensemble de la réaction sociale face aux affaires d'abus sexuel sur mineur fut remis en question.

D'abord concernant la justice : tous les échelons de l'appareil judiciaire furent mis en cause, surtout les pouvoirs importants du magistrat instructeur, le non-respect de la présomption d'innocence, le recours à l'emprisonnement préventif ainsi que l'importance donnée aux expertises psychiatriques, jugée trop grande.

Les acteurs sociaux furent également mis en cause, notamment les experts psychiatriques et les professionnels (assistants sociaux, etc.) ayant recueilli la parole de l'enfant, mais aussi les associations de protection de l'enfance accusées de faire du lobbying et d'exercer une forte pression sur les juges en dressant le spectre du scandale.

Beaucoup de critiques portèrent sur l'écoute de la parole de l'enfant victime, jugée comme abusivement crue sans précautions, telle une parole d'évangile - extrémité qui serait un retour de balancier suite à la prise de conscience de la gravité des abus sexuel sur mineur au cours la décennie précédente.

Enfin, le traitement médiatique de ce type d'affaire fut largement montré du doigt : la précipitation des médias, leur manque de professionalisme, leur tendance à croire le pire sans vérification, leurs accusations nominales baffouant parfois la présomption d'innocence dans ce type d'affaire furent dénoncés.

Une autre affaire d'Outreau, connexe à la première et similaire en plusieurs points, commençait à faire parler début septembre 2004 lorsque six personnes (trois couples) inculpées ont été libérées sans contôle judiciaire après trois ans de prison préventive. Leur procès, initialement prévu en octobre 2004 a été reporté sine-die. Les avocats de certains inculpés dénonçaient une tentative d'étouffement de l'affaire par peur d'une reproduction du cataclysme judiciaire de juin 2004.

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