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L'alphabet linéaire, également appelé alphabet proto-cananéen ou alphabet proto-sinaïtique, est un des plus anciens des alphabets connus. Comportant 23 signes distincts, ce qui indique qu'il ne peut pas s'agir d'un syllabaire, il est dérivé des hiéroglyphes égyptiens : plus de la moitié des signes peuvent être mis en relation avec leur prototype égyptien. Certains chercheurs estiment d'ailleurs qu'il ne s'agit que d'un syllabaire dégénéré où chaque symbole représente une consonne suivie d'une voyelle quelconque, ce qui correspond de facto à un abjad ; les signes monolitère égyptiens semblent avoir profondément influencés les caractères de l'alphabet linéaire.
On ignore qui et où a été inventé ce premier alphabet. Néanmoins on pense généralement qu'il est une adaptation de l'écriture égyptienne créée pour transcrire leur propre langue par des ouvriers parlant un ou plusieurs idiomes sémitiques travaillant dans le Sinaï alors sous domination égyptienne. On estime son apparition à la fin du Moyen empire ou durant la Seconde Période Intermédiaire qui le suivit. Les plus vieilles inscriptions sont datées de 1700 avant notre ère environ et ont été retrouvées à Serābiṭ al-Khādim, dans le Sinaï. On nomme généralement proto-sinaïtique les inscriptions mal déchiffrées les plus anciennes datant de la moitié de l'Âge de bronze (entre 2000 et 1525 avant notre ère) et proto-cananéen celles, plus sûres de la fin de l'Âge de bronze (entre 1525 et 1200), écrites dans une langue sémitique.
L'origine égyptienne de cette écriture est corroborée par un autre indice : le principe acrophonique est vérifié pour un nombre conséquent de symboles. On a vu que ces symboles peuvent être rattaché au symbole égyptien dont il est issu. Si l'on prend le nom sémitique du symbole, on constate que sa valeur phonétique correspond bien souvent au début de ce nom sémitique. On explique cela le plus simplement en faisant des inventeurs de cet alphabet des locuteurs sémites connaissant la signification des hiéroglyphes. Ainsi le pictogramme représentant une maison,
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que l'on disait bēt en sémitique, dérivé du symbole hiéroglyphique pour le même mot, était utilisé pour transcrire le phonème /b/.
La comparaison avec l'alphabet phénicien, ultérieur, montre que ce dernier dérive de l'alphabet linéaire proto-cananéen, de même que le modèle sudarabique qui, pour le coup, ne suit plus l'ordre alphabétique traditionnel levantin, déjà attesté en ougaritique.


