Quotient intellectuel
Définition
Le QI ou Quotient Intellectuel désigne le résultat à un test psychométrique de mesure d'efficience mentale. On distingue :
- QI Classique (ou « en âge mental ») qui correspond au ratio de l'âge mental obtenu à des tests sur
l'âge réel des enfants testés, le tout multiplié par 100 (un enfant de 10 ans (âge réel) montrant les mêmes résultats que la
moyenne des enfants de 12 ans a donc un QI de 120 = (12 / 10) * 100)
- QI par rang qui correspond au rang auquel se situe une personne relativement à une population représentée
par une Loi normale (Courbe de Gauss); il serait d'ailleurs plus exact de dire que les tests sont étalonnés lors de leur
conception pour que les résultats suivent une courbe à peu près en cloche, pour laquelle rien n'autorise à parler de courbe de
Gauss, celle-ci étant continue alors que les résultats des tests sont par définition discrets.
La Moyenne (ou Espérance) est
par convention de 100, l'écart type étant le plus souvent de 15 (on parle
alors de QI Standard), de 16 ou de 24. Un grand flou existe sur cette moyenne de 100 :
- S'agit-il d'un pays à une époque donnée ? Si oui, peut-on mesurer une modification du QI moyen d'une décennie à
l'autre ? Ou bien au contraire un réétalonnage est-il effectué pour ramener la moyenne à 100 ?
- S'agit-il d'une moyenne mondiale, auquel cas certains pays, pour une raison ou une autre (régime alimentaire, culture de
l'effort intellectuel, etc.) auraient des résultats moyens supérieurs à 100 ?
Dans la pratique, si le QI constitue un indicateur, un repère valable de quelque chose (en deux heures d'entretien avec une
personne, il n'arrive pour ainsi dire jamais qu'on confonde un QI de 140 et un de 110), il lui manque les trois caractéristiques
qui définissent un instrument de mesure dans le monde scientifique :
- chiffrage de la précision
- chiffrage de la justesse
- chiffrage de la sensibilité
Cela ne supprime pas pour autant l'intérêt de ce type de tests, mais rappelle qu'ils n'ont pas dans leur état actuel le
caractère précis de la mesure d'une température ou d'une longueur.
Le QI obtenu dépend bien évidemment du type de test utilisé : un QI de 115 dans un test par rang avec Moyenne de 100 et
Ecart-Type de 15 correspond à un QI de 124 dans un autre test par rang avec Moyenne de 100 et Ecart-Type de 24. Par convention,
quand aucune autre précision n'est apportée, le QI considéré est le QI Standard (M=100, SD=15). Attention cependant : tous
ne respectent pas cette convention (voir Mensa).
Historique simplifié
- Fin XIX° : Débuts de la psychologie scientifique. De nombreux
chercheurs s'intéressent à la mesure de l'intelligence. Le plus avancé sur
le sujet est l'anglais Sir
Francis Galton, un cousin de Charles Darwin, qui ne parviendra
cependant pas à mettre en place un test utilisable. Galton, inventeur du terme eugénisme, publie son livre L’intelligence héréditaire, la raison de ses travaux étant de montrer que
celle-ci est justement héréditaire, et d'en tirer la conséquence pour l'amélioration de l'espèce humaine.
- 1904 : L'Anglais Charles Spearman reprend les travaux de Galton, et par l'analyse factorielle
découvre un Facteur Général qu'il nomme Intelligence
Générale (c'est le Facteur g, avec g en basse casse italique)
- 1905 : Les français Alfred Binet et Théodore Simon, travaillant à la
demande de l'état sur un moyen de détecter d'avance les élèves faibles scolairement mettent au point le premier test
utilisable.
- 1912 : L'allemand Wilhem
Stern a l'idée de faire le rapport entre les résultats obtenus au Binet-Simon et l'âge réel, et invente le terme
« Quotient Intellectuel ». Le problème est bien sûr que ce QI n'est applicable qu'aux enfants.
- 1926 : La psychologue Catherine Morris Cox utilise les informations biographies sur l'enfance de personnes célèbres pour estimer a posteriori leur
QI. Cette étude amusante sera souvent citée.
- 1939 : L'états-unien David Wechsler invente la mesure par rang (utilisation de la Loi Normale) qui permet l'utilisation
sur les adultes. Le terme Quotient est cependant conservé.
- 1961 : un jeune travailleur agricole nommé Jean Frêne se voit créditer aux trois jours de sélection
militaire d'un QI exceptionnel. L'affaire remonte au ministère des Armées (= de la Défense) qui lui accorde un sursis et une
bourse : cinq ans plus tard, Jean Frêne décroche son diplôme d'ingénieur et embraye directement sur un doctorat. Il est
actuellement (2004) professeur à l'université de Poitiers (chaire de tribologie). Cette affaire popularisera l'intérêt de la notion de QI en France.
- 1963 : le jeune Alexandre Boviatsis, lui aussi crédité d'un important QI et dont la mère assure pour cette
raison l'éducation, obtient son « premier bac » (nom de la partie du baccalauréat située à l'époque à la fin de la
classe de première) à 13 ans 1/2.
Anecdotes
Un avis sur le quotient intellectuel... par Fidel Castro
« Un pays frère, le Venezuela, a eu un jour la bonne idée de créer un ministère de l'Intelligence. Oh, on a beaucoup
ri de ce ministère et de son ministre ! Je crois que j'ai été un des rares dans le monde à ne rire d'aucun des deux, et j'ai
même eu l'occasion de discuter avec le ministre de ses théories selon lesquelles l'intelligence se développe dans les premières
années de vie, pendant une période donnée. Certains chercheurs ont même mis au point des techniques pour élever le quotient
intellectuel, parce que ces être humains que nous sommes possèdent une capacité mentale qui n'est pas négligeable. En tout cas,
l'appareil est installé dans nos têtes. Mais on dit que l'homme n'utilise en fait que 10 ou 12 p. 100 de sa capacité
intellectuelle. Et les tests prouvent que certaines méthodes d'enseignement aident à en utiliser 15 ou 16 p.100, ou plus. Alors,
gare aux menteurs, gare aux escrocs, gare aux exploiteurs, quand l'homme – et pourvu qu'il y arrive - parviendra à utiliser 50
p.100 de sa capacité intellectuelle ! »
Hélas, la raison pour laquelle a surgi la rumeur que « nous n'utilisons que (10, 15, 20)% de notre cerveau pour
penser » remonte à une découverte de l'entre deux guerres selon laquelle il y a dans le cerveau 9 fois plus de cellules gliales (que l'on croyait alors simplement nourricières) que de
neurones (qui traitent directement l'information), ce qui a peu à voir. Il est
cependant intéressant de savoir que la possibilité d'éveiller de façon précoce l'intelligence, et de la mesurer dans un premier
temps en termes de QI, soit évoquée sous beaucoup de latitudes.
Il faut remarquer aussi qu'un gain d'intelligence profiterait malheureusement tout autant aux escrocs, aux menteurs et aux
exploiteurs qu'à leurs victimes, ce qui changerait donc assez peu les situations et ne ferait qu'élever un peu le niveau de
complexité de la compétition entre eux.
Quelques avis convergents
Ibuka Masaru
Un des deux fondateurs de la société Sony, M. Ibuka Masaru, a beaucoup insisté lui aussi sur le fait que l'on
s'occupait mal (y compris au Japon, pourtant bien placé en ce domaine) de l' éveil intellectuel des très jeunes enfants.
Il a consacré au sujet un livre, traduit en France sous le nom Tout se joue avant la maternelle.
Jean-Charles Terrassier
Le psychologue niçois Jean-Charles
Terrassier
a consacré l'essentiel de sa vie à la question des enfants dits surdoués et aux conditions familiales qui ont permis
leur éveil. Il s'impliqua dans une association pour aider ces enfants, l'ALREP (Association nationale et internationale de
Loisirs, de Rencontres et d'Éducation pour les enfants et adolescents intellectuellement Précoces), et dans la mise en place
d'une école à leur usage. Un ministre de l'Education, Lionel Jospin fit
fermer celle-ci.
Bertrand Russell
"M. Watson (voir behaviorisme) estime qu'il n'y a nul besoin de mesurer
par des tests l'intelligence d'un homme, puisque selon la définition qu'il en donne cette intelligence est très précisément
indiquée par son revenu. Je m'avoue pour ma part incapable de partager cet avis, mais - mes propres revenus étant modestes -
mon point de vue ne sera probablement pas considéré par lui comme bien intéressant" (Essais sceptiques).
Erreurs communes
« QI de jumeaux »
- Les premières études de Eysenck sur le sujet de vrais jumeaux élevés séparément et qui étaient censées démontrer le
côté essentiellement héréditaire du QI ont été invalidées (pour être plus précis, on l'a explicitement accusé d'avoir
donné un coup de pouce à ses résultats, écartant ceux qui ne confirmaient pas son hypothèse).
- Des études faites sur des enfants en orphelinats dont on connaissait le niveau des parents de leur vivant suggèrent bien une
corrélation liée essentiellement à l'hérédité, mais compte-tenu des conditions de l'expérience il ne peut en être
autrement : les enfants des orphelinats étant par définition dans le même type d'environnement, celui-ci
ne peut intervenir en aucune façon pour différencier leurs résultats. Cela ne démontre donc en aucune façon qu'un enfant dont on
ne s'occupe pas aurait autant de chances d'avoir un bon QI qu'un autre (l'écrivain Michel Houellebecq indique avec sarcasme qu'en revanche il sera mieux parti pour avoir des ressentiments
à exprimer, premier pas vers une carrière littéraire!).
« Retour à la moyenne »
Une autre « loi » avancée par Eysenck, et très citée par Cyril Burt était celle dite « du retour à la
normale » : les enfants auraient toujours un QI intermédiaire entre celui de leurs parents et celui de la population.
Elle ne tient pas même la route mathématiquement, sans quoi la variance du QI se réduirait de façon visible de génération en
génération et serait devenue nulle depuis le temps qu'il y a des générations. Bizarrement, jamais cette remarque ne
semble jamais avoir été opposée ni à Eysenck, ni à Burt.
« Courbe en cloche »
Si les tests de QI fournissent des courbes en cloche, c'est tout simplement parce qu'ils sont... étalonnés pour le
faire : ils comportent un petit nombre de questions très difficiles (pour débusquer les capacités exceptionnelles), un petit
nombre de questions très simples (pour identifier rapidement les personnes ayant un retard intellectuel) et le gros des autres
questions sert à départager l'immense majorité de ceux qui sont dans la moyenne. La loi de Gauss ne s'y applique ni plus ni moins
qu'à toute information bruitée.
QI de machines ?
On peut programmer assez facilement un ordinateur en LISP ou en SLIP pour lui faire compléter quelques petites séries
simples analogues à certaines rencontrées dans des tests de QI :
1 3 5 7 ...
1 5 11 19 ...
1 15 3 12 5 ...
(Les réponses 9, 29 9 sont trouvées par des programmes dont le listing ne dépasse pas trois pages.)
Voir toutefois la question plus ardue du Test de Turing.
Réserves sur le QI
« L'ouverture d'esprit »
- Le QI ne mesure pas l'ouverture d'esprit, qui joue pourtant un rôle important dans beaucoup de travaux intellectuels.
- Il est en revanche très influencé par la motivation : les problèmes posés
sont souvent fastidieux en raison de leur caractère répétitif et coupé dans une certaine mesure du réel. Le problème se complique
du fait que l'intelligence répugne en général à la répétition. On se souvient d'Évariste Galois refusant de répondre à une question au motif qu'il la trouvait trop facile et
inintéressante.
- Il concerne des problèmes clos posés de façon explicite, ce qui ne correspond qu'à une partie peu
représentative des problèmes où l'intelligence se montre utile, et où le point difficile est d'arriver à bien poser le
problème, plus que le résoudre une fois posé - tâche qui peut dans certains cas être accomplie même par une machine.
« Que mesure-t-il ? »
- Qu'est-ce que l'intelligence ? "C'est ce que mesure mes tests", aurait répondu Alfred Binet !! On voit tout de suite
la limite. Actuellement, par exemple, il n'y a pas de consensus autour de la définition même d'intelligence !!
- L'expression, à l'aide d'un résultat chiffré de l'intelligence d'une personne ne permet pas d'en appréhender de manière
détaillée les différents aspects. C'est une sorte de moyenne. Or, des individus sont particulièrement doués, voire
géniaux, dans un domaine, et peu compétents dans d'autres... Prendre en compte les dimensions multiples de l'intelligence semble
être une voie de progrès pour l'établissement des futurs tests.
« Étalonnage »
- Comment étalonner les extrèmes ? Il apparaît très difficile d'estimer le réel potentiel des personnes manifestant un
QI très élevé (ou très bas, dans une moindre mesure). La principale raison réside bien entendu dans la faiblesse de l'échantillon
disponible à ce niveau. Quand un enfant sur 3000 environ obtient un QI supérieur à 150 au WISC, il devient très difficile
d'établir un nouveau test pour ceux-ci (il faudrait d'abord constituer un échantillon valable, ce qui est très délicat). Ainsi,
les bêta-testeurs des tests réservés aux THQI (personnes à très haut qi) se sont-ils, en fait, auto-évalués.
- Limites de la modélisation par la loi normale : Voir la Courbe de Gauss, qui sert à étalonner
les tests ( et vice versa)
« La mesure du QI n'est pas indépendante du contexte socio-culturel»
- Il est indéniable que les résultats obtenus lors de la passation de tests culturels ( C'est quoi ? ils ne sont pas tous
culturels ? L'homme n'est pas un être de culture ?) sont influencés par ce type de facteurs. Des études ont montré que les
résultats au QI des immigrants s’élevaient 5 ans après leur arrivée dans leur pays d’adoption.
C'est pourquoi certains psychologues d'utilisent, par exemple, les matrices progressives de Raven. Celles-ci, qui consistent
en une successions d'items du style "de l'image, rien que de l'image", ne font pas appel aux connaissances ou au vocabulaire.
Cela permettrait de tester de la même manière tout le monde...
Sauf que la Culture de l'image, du visuel... diffère selon les cultures, justement ! Non ? Il paraît que l'augmentation du Qi
moyen en Occident serait dûe à l'emploi massif des jeux vidéo.
- En tout cas, c'est ce qui fait partie de ce que l'effet Flynn
comporte -pour certains- de plus paradoxal.
Explication : L'effet Flynn est le nom qu'on donne à l'accroissement lent et inexorable du rendement moyen à des
tests de type Q.I. que l’on observe depuis 100 ans dans les pays industrialisés. Ils apparaissent là où on s’y attendrait le
moins : dans les tests qui minimisent l’apport culturel, par exemple, les matrices progressives de Raven !
Ce sont les tests les plus liés aux matières scolaires qui connaissent les plus faibles progressions.
MAIS, paradoxalement, l'accroissement de la scolarité, et le niveau scolaire, est un facteur qui joue dans l'augmentation des
scores aux tests aculturels!
Philippe Dumas défend l'idée que l'exposition intensive des tout jeunes aux objets des TIC (Technologie de l'Information et de
la Communication) est un des facteurs-clé de l'effet Flynn.
Pour Francis Heylighen, utiliser les appareils quotidiens, tels que les fours à micro-ondes et les thermostats, exige un type
plus abstrait de raisonnement. Une plus grande complexité de la vie est susceptible de stimuler une plus grande complexité
d'esprit. L'utilisation croissante des ordinateurs dans l'éducation est susceptible d'augmenter la connaissance générale, le
raisonnement abstrait et l'agilité intellectuelle.
À lire
- TORT, Michel, Le quotient intellectuel, Maspéro.
- GOULD, Stephen Jay, La mal-mesure de l'homme, Livre
de poche, Essais
- Jean-Charles Terrassier, Les enfants surdoués, ou la précocité embarrassante, ESF Editeur, 2002.
- Ariel Adda, Le Livre de l'enfant doué : Le découvrir, le comprendre, l'accompagner sur la
voie du plein épanouissement ,
Éd. Solar, 2003.
- Ariel Adda, Hélène Catroux L'enfant doué : L'intelligence réconciliée , Éd. Odile Jacob, 2003.
Liens externes

