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Le terme quatuor désigne un effectif de quatre instruments, mais aussi un genre musical, précisément lorsque le
terme désigne un ensemble composé de deux violons, un alto et un violoncelle.
Le quatuor à cordes, en tant que genre, se développe dans le cadre du style galant et sous l'influence du divertimento vers le milieu du XVIIIe siècle. Il a pour origine le regroupement des instruments à cordes au sein de l'orchestre, les contrebasses se contentant de doubler les violoncelles. Si les premiers quatuors de Luigi Boccherini ne sont que des symphonies pour cordes, Stamitz et Gossec distinguent parmi leurs quatuors ceux qui doivent être joués à quatre de ceux qui doivent être joués par un orchestre.
À partir de Joseph Haydn et Mozart, le quatuor devient le genre le plus en vogue du répertoire de musique de chambre. La structure épouse dorénavant un modèle quasi-immuable, qui restera une référence, bien qu'il eût été remis en question à plusieurs reprises (op. 131 de Beethoven) :
Le succès du quatuor à cordes repose sur des aspects à la fois sonores et sociologiques. Le contrepoint à quatre parties permet de faire entendre toutes les harmonies sans doublure superflue. Le quatuor permet en outre une grande homogénéité de timbre et l'équipollence des voix dans le travail contrapuntique.
Le quatuor est fort prisé des compositeurs romantiques. Il reste synonyme d'effort, de concentration et de rigueur. Pendant tout le XIXe siècle, il reste une spécificité allemande, et française dans une moindre mesure (notamment à la fin du siècle). À quelques exceptions près, comme en témoigne la présence d'un quatuor dans le catalogue de Giuseppe Verdi. Bien entendu, les compositeurs marqués par l'esthétique wagnérienne du Gesamtkunstwerk (œuvre d'art total), la musique à programme (Hector Berlioz, Franz Liszt) ou bien par le chromatisme et la puissance orchestrale de Wagner (Anton Bruckner, Gustav Mahler, Richard Strauss), se désintéressent du quatuor.
Il va sans dire que dans le débat qui oppose, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les tenants de la musique pure (Eduard Hanslick, Johannes Brahms) aux défenseurs de la musique à programme (Franz Liszt et son cercle de Weimar), le quatuor à cordes réprésente pour les premiers le genre noble par excellence : l'écoute d'un quatuor est synonyme de contemplation des formes musicales pour elle-même, par opposition à une écoute qui serait guidée par un programme poétique.
Au début du XXe siècle, il est pour certains compositeurs, tels Arnold Schönberg, Alban Berg, Anton Webern, Maurice Ravel, Béla Bartók, Darius Milhaud, synonyme d'expérimentation, d'étape dans la recherche d'un idéal en matière de composition musicale, à tel point que le critique musical contemporain Dominique Jameux a parlé de 'laboratoire de formes'. Le quatuor de Gabriel Fauré (1924) est l'œuvre d'un musicien désireux de parachever sa longue carrière de compositeur par un chef d'œuvre de pureté et d'ascétisme.
La jeune génération de l'après-guerre tente un renouvellement du quatuor (Olivier Messiaen, Quatuor pour la fin du temps, pour violon, violoncelle, clarinette et piano, écrit en captivité dans un camp de prisonniers en Silésie durant la Seconde Guerre mondiale ; Pierre Boulez, Livre pour quatuor à cordes de 1948) avant de le reléguer parmi les pièces d'un musée des genres musicaux appartenant à un passé révolu.
Les générations suivantes, marquées par la postmodernité, se réintéressent au genre, dans un souci de dialoguer avec l'histoire et de renouer avec la tradition. Si György Ligeti et Eliott Carter font figure de précurseurs en ce domaine, Helmut Lachenmann en Allemagne, Bryan Ferneyrough en Grande-Bretagne, Philippe Fénelon et Philippe Hersant en France, chacun suivant sa propre voie, semblent ne plus vouloir déroger à la règle selon laquelle tout compositeur confirmé doit se mesurer à un genre toujours réputé difficile.


