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Raison


La raison est une faculté de l'esprit humain dont la mise en œuvre nous permet — en suivant des règles ou des normes — de fixer des critères de vérité et d'erreur, de discerner le bien et le mal et de mettre en œuvre des moyens en vue d'une fin donnée. Cette faculté a donc plusieurs emplois, scientifique, technique et éthique.

Par suite, on peut distinguer, au point de vue des normes rationnelles :

Sommaire

Etymologie

Le mot raison vient du latin ratio, traduction problématique du concept grec de logos. Le mot grec signifie parole, discours, théorie, raison, etc ; le mot latin n'a pas tous ces sens, mais contient l'idée de lien.

Principes du raisonnement

Principe d'identité

Le discours philosophique a besoin de cohérence. Une expresion de ce besoin est le principe d'identité qui énonce que ce qui est est. C'est, selon Aristote (Métaphysique, livre gamma), l'exigence fondamentale du discours rationnel. Si on ne n'admet pas, le sens des concepts peuvent changer à tout instant, ce qui revient à dire qu'on ne peut rien dire qui ne soit contradictoire.

Principe de non-contradiction

Aristote formule ainsi ce principe : une même chose ne peut pas, en même temps et sous le même rapport, être et ne pas être dans un même sujet.

Principe de causalité

Ce principe permet de rendre intelligible le devenir, car si toute chose a une cause, alors une raison permanente d'un phénomène peut être trouvée. En supposant ainsi qu'une cause produit toujours le même effet, la raison dispose d'un critère de connaissance.

Catégories du raisonnement

Plusieurs philosophes (Kant, Renouvier, etc) ont cherché a établir les cadres conceptuels de la raison et à comprendre selon quelles catégories nous formulons des jugement : unité, pluralité, affirmation, négation, substance, cause, possibilité, nécessité, etc. La possibilité d'une catégorisation achevée et complète supposerait que la pensée humaine soit immuable dans ses principes. Elle supposerait donc une raison identique à elle-même et sans dynamisme au niveau de ses normes qui seraient inchangeables. On peut au contraire estimer qu'il est possible de faire la genèse de la raison, genèse qui nous fairait voir comment se sont constituées ses catégories. Cette opposition, raison constituée - raison en devenir, est, très schématiquement, l'opposition du rationalisme et de l'empirisme.

La raison scientifique

Rationalisme et empirisme

Le rationalisme identifie la raison aux principes que nous avons énoncés. Cette raison est donc un système, et il est le même chez tous les hommes (voir Descartes, Discours de la méthode). Cette raison est aussi la lumière naturelle par laquelle nous saisissons les idées innées que Dieu à mis en nous : la vérité est en nous, préformée, a priori et constituant le fond de notre pensée. De ce point de vue, l'esprit humain est mis en rapport de manière particulière avec le divin ; en effet, dans certaines doctrines, la raison humaine peut se fondre en Dieu (Malebranche, Spinoza, etc). Ainsi l'homme ne pense-t-il pas, mais est pensé en Dieu par l'intermédiaire de sa raison. C'est cette thèse extrème du rationalisme que combattra Thomas d'Aquin, opposé sur ce point à Siger de Brabant.

A l'opposé, l'empirisme n'admet pas que la raison soit constituée de principe a priori. La raison est une tabula rasa sur laquelle s'impriment les données de l'expérience. La connaissance venant donc entièrement de l'expérience, il n'y a que des principes a posteriori. Ainsi Locke combat-il contre Descartes dans son Essai sur l'entendement humain. L'étude des principes de la raison se fera alors à partir de la sensation, de l'habitude, de la croyance, de la succession régulières d'impressions, de l'association d'idée, etc.

Ces deux perspectives sur la nature de la raison ne sont pas absolument inconciliables. Le rationaliste peut abandonner les idées innées, et admettre l'expérience ; l'empirisme peut admettre l'existence de principes innés. Chacune de ces deux doctrines est en fait incomplète. Le rationaliste, en fondant l'esprit humain sur la seule raison identique à elle-même, ne rend pas compte de tous les processus irrationels qui se manifestent dans la pensée. Mais, d'autre part, l'empiriste nie toute activité de l'esprit, et n'admet pas qu'un principe d'ordre puisse être inné, laissant ainsi la pensée à la contingence de l'expérience. Or, on constate que la raison a une certaine puissance d'ordonnancement.

Puissance normative de la raison

Selon Aristote (Métaphysique, livre A), le rôle du philosophe est d'ordonner. En effet, le philosophe est celui qui consacre sa vie à la pensée ; il pèse et évalue toute chose. Par suite, il fait la lumière sur ce qui était obscur et y met bon ordre. Le philosophe, c'est donc, parmi les hommes, la raison même. Au-delà des catégories déjà constituées de la raison, véritable système de vérités qui peut être socialement institué, le philosophe se sert de la raison comme puissance constituante : il sape l'ancien ou l'assimile, bâtit sur de nouveaux fondements et crée de nouvelles normes, une nouvelle raison. Dès lors l'activité de la raison dynamique se confond avec l'activité même du philosophe : il invente, crée, organise, synthétise, résout, etc. Bref, philosophe et raison sont des principes dordre.

Normes rationelles et morales

Dans la mesure où la raison énonce des normes, elle nous donne des règles d'action qui régulent notre comportement. Elle nous permet ainsi de voir clairement le but que nous voulons atteindre et de mettre en œuvre des moyens adéquats. Mais elle nous donne aussi les moyens de vivre en accord avec nous-même, avec les principes que nous nous sommes fixés pour conduire notre vivre. En ce sens, elle nous permet de discerner les valeurs morales et leur hiérarchie : elle nous montre d'une part ce que nous acceptons, admirons, recherchons, et d'autre part ce que nous ne pouvons tolérer, ce que nous refusons et rejetons. C'est là sa fonction morale discriminante.

Limites de la raison, l'irrationnel

La raison donne des normes ; mais est-elle l'autorité suprême en ce domaine ? Ce qu'elle nous fait connaître est-il infranchisable ? En tant que système de principes, il est certain que la raison ne se laisse pas dépasser par des prétentions à une connaissance supra-rationelle. Mais, à elle-seule, elle ne nous fait rien connaître, car l'expérience est nécessaire. Ainsi la matière même de l'expérience est-elle déjà une première limite à la raison. Mais nous ne pouvons pas non plus affirmer avec certitude que ce que nous pensons selon les règles de la raison soit a priori conforme à la réalité en soi (c'est la thèse de l'idéalisme). La réalité et ses lois peuvent nous échapper en grande partie, si bien que la raison est confrontée à un résistance de la part d'une forme de non-rationalité de la réalité : la normativité de la raison n'explique pas la totalité du monde.

Raison et foi

La science nous donne les moyens de parvenir jusqu'à un certain point à la connaissance du monde naturel. Nous avons vu quelles limites pouvait avoir la raison. Ces limites ne sont pas les mêmes en théologie. En effet, dans ce domaine de connaissance, la foi nous permettrait de dépasser le donné naturel et de nous élever à une connaissance surnaturelle. Certains (comme Kierkegaard) pensent que la foi détruit les principes mêmes de la raison. Il n'est pourtant pas nécessaire de faire une telle déduction : nous avons reconnu plus haut les limites de la raison. Parvenu à ces limites, nous n'avons plus de principe d'explication, et nous sommes confrontés à l'altérité radicale du monde. En recherchant l'origine de cette altérité, certains l'expliqueront par l'hypothèse d'un Dieu créateur, d'autres ne formuleront aucune hypothèse, d'autres encore nieront l'existence de tout principe divin. Dans tous les cas, la croyance que l'on choisit n'est manifestement pas entièrement rationelle.

Raison et histoire

Bibliographie

Science

En mathématiques, la raison est la valeur qui permet de passer d'un membre à un autre d'une suite. Voir raison d'une suite.

Voir aussi


Théorie de la connaissance

Concept · Conscience · Croyance · Dialectique · Empirisme · Épistémologie · Espace · Imagination · Jugement · Langage · Logique · Mémoire · Métaphysique · Pensée · Phénoménologie · Philosophie du langage · Raison · Rationalisme · Réalité · Science · Science cognitive · Temps · Vérité




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