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Religions et violence


La question de la violence, et en particulier de l'homicide, du viol et de la torture, est si récurrente dans l'histoire humaine que les religions ont été amenées à se prononcer à son sujet.

Elles ont émis parfois aussi des positions sur le suicide.

Sommaire

Introduction

Cet article se veut une sorte de banc d'essai pour comparer diverses religions à cet égard. Que personne n'hésite à le compléter en fonction de ce qu'il connaît.

La religion comme ciment social

Tout un monde de relations se révèle dans le vocabulaire que chaque religion utilise pour désigner l'autre, le non-membre. À certains moments de leur histoire, ce vocabulaire fabrique ce que l'on peut nommer du eux contre nous. Cette question est mentionnée explicitement par Woody Allen, et de façon sérisue, au début du film Harry dans tous ses états.

Corollaire : la marginalisation du non-adepte

Dans certaines, presque tout est permis contre l'étranger. On peut donc supposer la relation à l'étranger importante pour qualifier une religion dans un monde où les distances entre les nations se raccourcissent et où les distances sociales augmentent. Les formules Gott mit uns, God with us, Dieu est à nos côtés ne sont pas forcément concernées par cette affaire, relevant sans doute davantage de l'opportunisme des politiques qui font flèche de tout bois, y compris religieux, quand besoin est.

Le sacrifice, violence ritualisée ?

La solidarité de la société que les religions aident à défiinir se matérialise parfois autour du sacrifice qu'il soit réel (sacrifice animal) ou symbolique. Les religions monothéistes prônent plus souvent à cet égard le jeûne assorti de l'aumône qu'il va sans doute permettre que la mise à trépas d'animaux. Dans le christianisme, le meurtre rituel et instrumentalisé de Jésus a valeur de dernier sacrifice à caractère rituel, derrière lequel tout autre ne pourrait plus faire que pâle figure.

Violence rituelle

Dans le culte des Baal cananéens ou chez les Aztèques, par exemple). Voir l'article sacrifice : Qui sacrifie-t-on ? Que sacrifie-t-on ? Dans quel but ?.

Violence envers soi

Judaïsme

Christianisme

Dans La Cité de Dieu, Augustin examine des cas où l'on pourrait croire que le suicide, violence faite contre soi donc contre un être humain, devrait être permis. Sa conclusion est que le suicide est formellement interdit :

« Si donc celui qui porte faux témoignage contre soi-même n’est pas moins coupable que s’il le portait contre son prochain, bien qu’en cette défense il ne soit parlé que du prochain et qu’il puisse paraître qu’il n’est pas défendu d’être faux témoin contre soi-même, à combien plus forte raison faut-il regarder comme interdit de se donner la mort, puisque ces termes “Tu ne tueras point”, sont absolus, et que la loi n’y ajoute rien qui les limite ; d’où il suit que la défense est générale, et que celui-là même à qui il est commandé de ne pas tuer ne s’en trouve pas excepté. » (§20, livre 1).

Il y a pourtant une exception, en cas de permission divine :

« De même, comment justifie-t-on Samson de s’être enseveli avec les ennemis sous les ruines d’un édifice ? En disant qu’il obéissait au commandement intérieur de l’Esprit, qui se servait de lui pour faire des miracles. »(§21).

On ne doit pas se tuer pour éviter un mal, qu'il soit commis par autrui (viol, torture), ou par soi-même (ce dernier cas est selon lui absurde, car pour éviter de commettre le mal, on pourrait faire la recommandation de se tuer après le baptême ; remarquons à ce sujet que Constantin Ier ne s'est fait baptiser que sur son lit de mort). Le cas du suicide (avec l'ensemble des autres maux) nous apprend comment le croyant, selon Augustin, doit faire face à la violence du monde : l'attitude chrétienne consiste à subir le mal pour être corrigé et purifié, et à le supporter en conservant son âme intacte de toute souillure. Dans le cas du suicide, le chrétien ne doit pas céder aux sentiments qui peuvent l'y pousser, ces sentiments étant en général des signes de faiblesse et de lâcheté, comme la peur et la honte. Augustin, élevé dans l'Empire fait mention du suicide romain aux motifs souvent nobles (Lucrèce, Paetus, Sénèque le Jeune, et Régulus dont l'héroïsme suicidaire était considéré comme l'un des plus hauts exemples de la Vertu romaine, et dont il avait nécessairement entendu parler) mais il les condamne, les jugeant inspirés pas l'orgueil, et ne valant pas la vertu chrétienne. Pourtant l'Église a toujours célébré ses martyrs, et le refus d'abjurer lorsqu'on en connaissait les conséquences n'avait-t-il pas un aspect suicidaire ?

Violences envers la femme (épouse ou non)

Dieu aime-t-il les femmes ? Certaines Ecritures réputées saintes fournissent peut-être un début de réponse.

Judaïsme

C'est à des choix explicites de la femme Eve (contre une simple passivité de l'homme Adam) que la Genèse attribue la chute de l'homme et la perte du Paradis terrestre également connu sous le nom d'Éden.

Ecclésiaste VII:26
« Et j'ai trouvé plus amère que la mort la femme dont le cœur est un piège et un filet, et dont les mains sont des liens; celui qui est agréable à Dieu lui échappe, mais le pécheur est pris par elle ». L'Ecclesiaste se montre néanmoins aussi misanthrophe que misogyne, et se présente au fond comme un désabusé, ayant tout connu et revenu de tout.

Christianisme

Dans la tradition biblique, l'ensemble de la théologie catholique attribue la chute à Ève. La notion de péché originel développée par Augustin d'Hippone n'arrange pas vraiment la situation, même si est élaborée en parallèle une dévotion particulière à la Marie.

« C'est à cause d'une femme que le péché a commencé, c'est par sa faute que nous sommes tous mortels. » Siracide XIX:24

Cette mauvaise presse des femmes largement étudiée par Georges Duby (le Chevalier, la Femme, le prêtre Folio, Seuil) explique :

Quelques citations :

Siracide XXII, 3
« Quelle honte, pour un père, d'avoir un fils qui a mal tourné!

Et si c'est une fille, il y perd davantage. » (ce qui suggère donc cette fois-ci une plus grande valeur de la femme)

Siracide XLII:11-14
« Si ta fille manque de retenue, renforce ta surveillance.

Sinon sa mauvaise conduite te vaudra les moqueries de tes ennemis, elle fera jaser les gens de la ville et provoquera des attroupements. Et toi, dans la grande assemblée, tu resteras couvert de honte.

12 Ta fille ne doit se montrer à aucun homme ni fréquenter l'appartement des femmes,
13 car les femmes laissent échapper la méchanceté qui leur est propre comme un manteau laisse échapper les mites.
14 Mieux vaut la méchanceté d'un homme que la bonté d'une femme!

Une fille éhontée déshonore son père. »

Il reste à savoir si une exigence morale plus grande est à considérer ou non comme une forme de violence, ce qui dépendra de la vision personnelle qu'on a du choix moral : décision acceptée ou refusée par l'individu, ou contrainte subie.

Plus sérieux peut sembler ceci :

Paul de Tarse indique : dans 1 Thimothée II:9-12

« 9 Je veux aussi que les femmes, vêtues d'une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d'or, ni de perles, ni d'habits somptueux,
10 mais qu'elles se parent de bonnes œuvres, comme il convient à des femmes qui font profession de servir Dieu.
11 Que la femme écoute l'instruction en silence, avec une entière soumission.
12 Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme ; mais elle doit demeurer dans le silence. »

Les femmes sont des adeptes de seconde zone car les mêmes recommandations ne semblent pas être adressées aux hommes. Paul n'a même pas la reconnaissance du ventre ; les saintes veuves finançaient ses activités (Peter Brown, Histoire de la vie privée)

dans Colossiens III:18-19 :

« 18 Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il convient dans le Seigneur.
19 Maris, aimez vos femmes, et ne vous aigrissez pas contre elles. »

Hervé Bazin affirme dans son Ce que je crois qu'il a fallu un concile pour reconnaître que la femme avait une âme. On ne voit toutefois pas de quel concile il pourrait s'agir, le premier concile ayant eu lieu en 325 alors que le baptême des femmes était pratiqué depuis les origines. Aurait-on baptisé (et déclaré certaines saintes de surcroît) des êtres n'ayant pas d'âme ? (Il existe des « baptêmes » folkloriques de navires, etc., mais qui n'ont rien à voir avec le sacrement de baptême; baptiser un être considéré sans âme relèverait probablement du sacrilège).

Lire La Grâce d'être femme de Georgette Blaquière

Voi aussi Tertullien

En cas d'adultère, sans qu'aucun témoin ne soit nécessaire : nombres 12-31

Islam

Selon le Coran, sourate 2

Sourate 4

Violence envers autrui en général

La loi du Talion apparaît dans le Code d'Hammourabi, roi de Babylone (1730 av. J.-C.). Il se peut que cette loi entende lutter contre une escalade de la violence individuelle en limitant celle-ci au niveau de la violence subie. Notre notion de légitime défense en droit contemporain procède du même esprit en exigeant une limitation de toute riposte au niveau exact de l'attaque.

Judaïsme

Les cinq livres du Pentateuque s'accordent sur ce point :

Christianisme

Bien qu'il n'y ait pas homicide à proprement parler, ce double décès peut inquiéter (stress ?).

Si les évangiles excluent l'usage de la violence physique, ils n'excluent pas une certaine opposition à l'entourage familial :

Cas de la guerre

Les positions ont varié au cours des âges.

« Dieu lui-même a fait quelques exceptions à la défense de tuer l’homme, tantôt par un commandement général, tantôt par un ordre temporaire et personnel. En pareil cas, celui qui tue ne fait que prêter son ministère à un ordre supérieur ; il est comme un glaive entre les mains de celui qui frappe, et par conséquent il ne faut pas croire que ceux-là aient violé le précepte: “Tu ne tueras point”, qui ont entrepris des guerres par l’inspiration de Dieu, ou qui, revêtus du caractère de la puissance publique et obéissant aux lois de l’État, c’est-à-dire à des lois très-justes et très-raisonnables, ont puni de mort les malfaiteurs » (§21)

Islam

Nous retrouvons dans l'islam, plusieurs sourates d'allure violente :

Tuez-les là où vous les rencontrez, Expulsez-les d’où ils vous auront expulsés. [ …] Combattez-les jusqu’à la fin de toute sédition et que croyance soit d’Allah.

Vous devez combattre, même si c'est quelque chose qui vous déplaît.

Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d'Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l'inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu'à ce que vous croyiez en Allah, seul.

Quand vous rencontrerez les infidèles, frappez-les à la nuque jusqu'à en faire un grand carnage.

Ce n'est pas vous qui les avez tués : mais c'est Allah qui les a tués.

Autres

Châtiments contre les incroyants, les mécréants et les méchants

Il convient de distinguer les châtiments promis à ces catégories comme étant l'affaire du ciel d'une part, les exhortations à ce que ce soient les fidèles qui prennent en main cette punition d'autre part. Les premiers ne sont pas du ressort de cet article.

Islam

Sourate 9

Autre traduction :

Autre traduction :

Sourate 8

Comme dans toutes les écritures dites saintes, représentant pour partie les chroniques d'un peuple émergent, le Coran, comme la Bible, contient des passages justifiant l'hostilité envers les peuples que ce peuple conquiert. Une différence tient au fait que juifs, chrétiens ou athées ont une signification forte pour nos contemporains tandis que peuple de Canaan n'émeut plus personne de nos jours faute de représentant encore vivant.

Violence contre les apostats

Christianisme

La question du pardon fut une préoccupation principale de l'Église aux IVe et Ve siècle. De nombreuses hétérodoxies, comme le marcionisme, le mélétisme ou le donatisme, s'opposèrent à la doctrine officielle, alors très tolérante.

La cérémonie des Cendres elle-même est un reliquat, dans sa forme, de celles que les apostats repentis versaient sur leur tête pour sollicité leur réadmission dans la communauté.

Quand le christianisme fut la seule religion tolérée, le traitement réservés aux apostats et surtout aux relaps devint plus critique. Au Moyen Âge, les relaps furent parfois condamnés au bûcher ou à l'emprisonnement à vie par l'Inquisition.

Islam

Voir aussi l'article spécialisé Apostasie (islam)

L'idée de massacrer les apostats ou les hérétiques, ou même sa pratique, ne sont pas exclusives à l'islam. En 392, suite à des massacres de juifs et de valentiniens, Ambroise de Milan condamna sévèrement Théodose II, ayant commis un massacre et lui enjoignit de faire pénitence sous peine d'excommunication, et de rembourser les dégâts commis dans le massacre. Le Coran prévoit aussi le pardon de quiconque se repend de l'apostasie. Ce qu'indique le conte de Jonas, apostat s'il en est puisqu'il fuit la mission que Dieu lui a confiée. :

« ALors Zan-Noon (Jonas), abandonna sa mission en se rebellant, imaginant que nous ne pouvions le contraindre. Il fini par implorer du tréfond de la ténèbre [1] : « Il n'y a pas d'autre Dieu que toi. Soi béni j'ai commis un gros péché. » 21:87 [1](du fond du ventre du gros poisson)

Rien dans la biographie de Muhamad ne contient la moindre information crédible favorisant la mise en exécution d'une telle sentence. Au contraire, deux épisodes le montre traitant avec des apostats ou des personnes ayant quitté sa communauté.

L'auteur Salman Rushdie n'en a pas moins été condamné à mort très officiellement (fatwa), l'apostasie étant mentionnée explicitement parmi les motifs de sa condamnation.


Pourtant, On le voit signer un traité avec Quraysh encore païen, dont une clause précise que rien ne doit empêcher ceux qui le souhaitent de retourner dans la tribu adverse et, partant, de retourner à l'idolâtrie ante-musulmane. Cet article du traité Hudaybiya n'est pas rapporté par Bukharî.

L'imam Khomeini a argué de ce principe pour émettre une fatwa (condamnation à mort) contre l'écrivain britannique Salman Rushdie.

Violence contre les savants et philosophes et leurs écrits

Religions non monothéistes

Aucun texte ne vient pourtant a priori légitimer ces violences à des degrés divers, et on peut suppose qu'en de tels cas la religion n'a servi que d'instrument supplémentaire, voire de prétexte, à la condamnation.

Christianisme

Islam

Violence envers les animaux

Le sacrifice est au cœur de plusieurs religions.

Dans cet ouvrage, la philosophe présente l'animal comme inclus dans la société qui le sacrifie en ce sens qu'il est l'intermédiaire necessaire de la propitiation, de l'action de grâce ou du devenir de la communauté.

Christianisme

« Certains cherchent à étendre ce précepte (tu ne tueras pas) jusqu’aux bêtes mêmes, s’imaginant qu’il n’est pas permis de les tuer. (...) Laissons de côté ces rêveries, et lorsque nous lisons : “Tu ne tueras point”, n'englobons pas dans cette défense les plantes, parce qu’elles n’ont point de sensibilité, ni les animaux, qu’ils volent dans l’air, nagent dans l’eau, marchent ou rampent sur terre, parce qu’ils sont privés de raison et ne forment point avec l’homme une société, d’où il suit que par une disposition très juste du Créateur, leur vie et leur mort sont également faites pour notre usage. » (§20).

Islam

Un agneau est égorgé aux fêtes de l'Aïd.


Voir aussi

Articles connexes

Références bibliographiques



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