Religions et violence
La question de la violence, et en particulier de l'homicide, du viol et de la torture, est si récurrente dans
l'histoire humaine que les religions ont été amenées à se prononcer à son sujet.
- Parfois pour la prohiber (« tu ne tueras pas »),
- parfois pour l'instrumentaliser (sacrifices humains)
- parfois enfin pour la codifier dans des cas formels bien définis : guerre (dont la légimité ne semble contestée
par aucune religion (sauf les Quakers), peine capitale éventuelle, etc.
Elles ont émis parfois aussi des positions sur le suicide.
Introduction
Cet article se veut une sorte de banc d'essai pour comparer diverses religions à cet égard. Que personne n'hésite à
le compléter en fonction de ce qu'il connaît.
La religion comme ciment social
- l'objet de la religion consiste-t-il aussi à crééer ou cimenter une
société ? Selon Marcel
Gauchet, elle constitue la justification qu'une société apporte à ses pratiques
- Elle est donc amenée à définir Qui est membre de la communauté ? et, par corollaire Qui n'en est pas
membre ?.
Tout un monde de relations se révèle dans le vocabulaire que chaque religion utilise pour désigner l'autre, le non-membre. À
certains moments de leur histoire, ce vocabulaire fabrique ce que l'on peut nommer du eux contre nous. Cette
question est mentionnée explicitement par Woody Allen, et de façon sérisue,
au début du film Harry dans tous ses états.
Corollaire : la marginalisation du non-adepte
Dans certaines, presque tout est permis contre l'étranger. On peut donc supposer la relation à l'étranger importante pour
qualifier une religion dans un monde où les distances entre les nations se
raccourcissent et où les distances sociales augmentent. Les formules Gott mit uns, God with us,
Dieu est à nos côtés ne sont pas forcément concernées par cette affaire, relevant sans doute davantage de l'opportunisme des politiques qui font
flèche de tout bois, y compris religieux, quand besoin est.
Le sacrifice, violence ritualisée ?
La solidarité de la société que les religions aident à défiinir se matérialise parfois autour du sacrifice qu'il soit réel (sacrifice animal) ou symbolique. Les religions monothéistes prônent plus souvent
à cet égard le jeûne assorti de l'aumône qu'il va sans doute permettre que la mise
à trépas d'animaux. Dans le christianisme, le meurtre rituel et instrumentalisé de Jésus a valeur de
dernier sacrifice à caractère rituel, derrière lequel tout autre ne pourrait plus faire que pâle figure.
Violence rituelle
Dans le culte des Baal cananéens ou chez les Aztèques, par exemple). Voir l'article sacrifice : Qui
sacrifie-t-on ? Que sacrifie-t-on ? Dans quel but ?.
Violence envers soi
Judaïsme
- L'étranger dans la Bible (Ancien Testament). (outre les
passages classiques on regardera le rôle de l'étranger lors des Jubilés)
- YHWH Tsebaoth (dieu des armées)
Christianisme
Dans La Cité de Dieu, Augustin examine des cas où l'on pourrait croire que le suicide, violence faite contre soi donc contre un être humain, devrait être permis. Sa
conclusion est que le suicide est formellement interdit :
- « Si donc celui qui porte faux témoignage contre soi-même n’est pas moins coupable que s’il le portait contre son
prochain, bien qu’en cette défense il ne soit parlé que du prochain et qu’il puisse paraître qu’il n’est pas défendu d’être faux
témoin contre soi-même, à combien plus forte raison faut-il regarder comme interdit de se donner la mort, puisque ces termes “Tu
ne tueras point”, sont absolus, et que la loi n’y ajoute rien qui les limite ; d’où il suit que la défense est générale, et
que celui-là même à qui il est commandé de ne pas tuer ne s’en trouve pas excepté. » (§20, livre 1).
Il y a pourtant une exception, en cas de permission divine :
- « De même, comment justifie-t-on Samson de s’être enseveli avec les ennemis sous les ruines d’un édifice ? En
disant qu’il obéissait au commandement intérieur de l’Esprit, qui se servait de lui pour faire des miracles. »(§21).
On ne doit pas se tuer pour éviter un mal, qu'il soit commis par autrui (viol, torture), ou par soi-même (ce dernier cas est
selon lui absurde, car pour éviter de commettre le mal, on pourrait faire la recommandation de se tuer après le baptême ;
remarquons à ce sujet que Constantin Ier ne s'est fait baptiser que sur
son lit de mort). Le cas du suicide (avec l'ensemble des autres maux) nous apprend comment le croyant, selon Augustin, doit faire
face à la violence du monde : l'attitude chrétienne consiste à subir le mal pour être corrigé et purifié, et à le supporter
en conservant son âme intacte de toute souillure. Dans le cas du suicide, le chrétien ne doit pas céder aux sentiments qui
peuvent l'y pousser, ces sentiments étant en général des signes de faiblesse et de lâcheté, comme la peur et la honte. Augustin,
élevé dans l'Empire fait mention du suicide romain aux motifs souvent nobles (Lucrèce, Paetus, Sénèque le Jeune, et Régulus dont l'héroïsme suicidaire était
considéré comme l'un des plus hauts exemples de la Vertu romaine, et dont il avait nécessairement entendu parler) mais il les
condamne, les jugeant inspirés pas l'orgueil, et ne valant pas la vertu chrétienne. Pourtant l'Église a toujours célébré ses
martyrs, et le refus d'abjurer lorsqu'on en connaissait les conséquences n'avait-t-il pas un aspect suicidaire ?
Violences envers la femme (épouse ou non)
Dieu aime-t-il les femmes ? Certaines
Ecritures réputées saintes fournissent peut-être un début de réponse.
Judaïsme
C'est à des choix explicites de la femme Eve (contre une simple passivité de l'homme Adam) que la Genèse attribue la
chute de l'homme et la perte du Paradis terrestre
également connu sous le nom d'Éden.
- Ecclésiaste VII:26
- « Et j'ai trouvé plus amère que la mort la femme dont le cœur est un piège et un filet, et dont les mains sont des
liens; celui qui est agréable à Dieu lui échappe, mais le pécheur est pris par elle ». L'Ecclesiaste se montre néanmoins
aussi misanthrophe que misogyne, et se présente au fond comme un
désabusé, ayant tout connu et revenu de tout.
Christianisme
Dans la tradition biblique, l'ensemble de la théologie catholique attribue la chute à Ève. La notion de péché originel développée par
Augustin d'Hippone n'arrange pas vraiment la situation, même
si est élaborée en parallèle une dévotion particulière à la Marie.
« C'est à cause d'une femme que le péché a commencé, c'est par sa faute que nous sommes tous mortels. » Siracide
XIX:24
Cette mauvaise presse des femmes largement étudiée par Georges Duby
(le Chevalier, la Femme, le prêtre Folio, Seuil) explique :
- Les chasses aux sorcières à partir de la Renaissance(XVIe et XVIIe siècle, dans les protestantismes comme dans le catholicisme). D'une façon
générale, des femmes sont accusées de sorcellerie là où des hommes ne sont accusés « que » d'hérésie. Cette différence
présente une similitude avec le distinguo entre prisonnier de droit commun et inculpé politique.
- peut-être l'exclusion des femmes de certains ministères dans le catholicisme, bien que d'autres arguments (historiques ou
éducatifs) soient invoqués aussi.
Quelques citations :
- Siracide XXII, 3
- « Quelle honte, pour un père, d'avoir un fils qui a mal tourné!
Et si c'est une fille, il y perd davantage. » (ce qui suggère donc cette fois-ci une plus grande valeur de la
femme)
- Siracide XLII:11-14
- « Si ta fille manque de retenue, renforce ta surveillance.
Sinon sa mauvaise conduite te vaudra les moqueries de tes ennemis, elle fera jaser les gens de la ville et provoquera des
attroupements. Et toi, dans la grande assemblée, tu resteras couvert de honte.
-
- 12 Ta fille ne doit se montrer à aucun homme ni fréquenter l'appartement des femmes,
- 13 car les femmes laissent échapper la méchanceté qui leur est propre comme un manteau laisse échapper les mites.
- 14 Mieux vaut la méchanceté d'un homme que la bonté d'une femme!
Une fille éhontée déshonore son père. »
Il reste à savoir si une exigence morale plus grande est à considérer ou non comme une forme de violence, ce qui dépendra de
la vision personnelle qu'on a du choix moral : décision acceptée ou refusée par l'individu, ou contrainte subie.
Plus sérieux peut sembler ceci :
Paul de Tarse indique : dans 1 Thimothée II:9-12
- « 9 Je veux aussi que les femmes, vêtues d'une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni
d'or, ni de perles, ni d'habits somptueux,
- 10 mais qu'elles se parent de bonnes œuvres, comme il convient à des femmes qui font profession de servir Dieu.
- 11 Que la femme écoute l'instruction en silence, avec une entière soumission.
- 12 Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme ; mais elle doit demeurer dans le
silence. »
Les femmes sont des adeptes de seconde zone car les mêmes recommandations ne semblent pas être adressées aux hommes.
Paul n'a même pas la reconnaissance du ventre ; les saintes veuves finançaient ses activités (Peter Brown, Histoire de la vie
privée)
dans Colossiens III:18-19 :
- « 18 Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il convient dans le Seigneur.
- 19 Maris, aimez vos femmes, et ne vous aigrissez pas contre elles. »
Hervé Bazin affirme dans son Ce que je crois qu'il a fallu
un concile pour reconnaître que la femme avait une âme. On ne voit toutefois pas de quel concile il pourrait s'agir, le premier
concile ayant eu lieu en 325 alors que le baptême des femmes était pratiqué depuis les origines. Aurait-on baptisé (et
déclaré certaines saintes de surcroît) des êtres n'ayant pas d'âme ? (Il existe des « baptêmes » folkloriques de
navires, etc., mais qui n'ont rien à voir avec le sacrement de baptême; baptiser un être considéré sans âme relèverait
probablement du sacrilège).
Lire La Grâce d'être femme de Georgette Blaquière
Voi aussi Tertullien
En cas d'adultère, sans qu'aucun témoin ne soit nécessaire : nombres 12-31
Islam
Selon le Coran, sourate 2
- « Vos femmes sont pour vous un champ de labour. Allez à votre champ comme vous le voudrez » (verset 223).
Sourate 4
- 15. « Celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d'entre vous. S'ils témoignent, alors
confinez ces femmes dans vos maisons jusqu'à ce que la mort les rappelle ou qu'Allah décrète un autre ordre à leur
égard. »
- 34. « Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu'Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à
cause des dépenses qu'ils font de leurs bien. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit
être protégé, pendant l'absence de leurs époux, avec la protection d'Allah. Et quant à celles dont vous craignez la
désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne
cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand ! »
Violence envers autrui en général
La loi du Talion apparaît dans le Code d'Hammourabi, roi de Babylone (1730 av. J.-C.). Il se peut que
cette loi entende lutter contre une escalade de la violence individuelle en limitant celle-ci au niveau de la violence subie. Notre notion de légitime
défense en droit contemporain procède du même esprit en exigeant une limitation de toute riposte au niveau exact de
l'attaque.
Judaïsme
Les cinq livres du Pentateuque s'accordent sur ce point :
- Genèse IX:6. « Si quelqu'un verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé. »
- Exode XXI:23-24. « S'il y a un accident, tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied
pour pied »
- Lévitique XXIV:18-19. « Celui qui frappera un animal mortellement le remplacera : vie pour vie. Si quelqu'un blesse
son prochain, il lui sera fait comme il a fait »
- Nombres XXV:19. « Le vengeur du sang fera mourir le meurtrier ; quand il le rencontrera, il le tuera. »
- Deutéronome 19-21. « Tu ne jetteras aucun regard de pitié : œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour
pied. »
Christianisme
- Au Jardin des oliviers Jésus dit à Pierre : « Rengaine ton épée, celui qui prend l'épée périra par l'épée »
(Mathieu XXVI:52)
- Dans les Actes des apôtres, V:3-10, on trouve ceci qui semble plus troublant :
- « 3 Pierre lui dit : “Ananie, pourquoi Satan a-t-il pris toute la place dans ton cœur, pour que tu mentes à
l'Esprit Saint et que tu détournes l'argent du terrain ?
- 4 Quand tu l'avais, il était bien à toi, et après la vente, tu pouvais disposer de la somme, n'est-ce pas ? Alors,
pourquoi t'es-tu mis cette idée dans la tête ? Tu n'as pas menti aux hommes, mais à Dieu.”
- 5 En entendant ces paroles, Ananie tomba, et il expira. Une grande crainte saisit tous ceux qui apprenaient la nouvelle.
- 6 Les jeunes gens vinrent envelopper le corps, et ils l'emportèrent pour l'enterrer.
- 7 Il se passa environ trois heures, puis sa femme entra sans savoir ce qui était arrivé.
- 8 Pierre lui adressa la parole : “Dis-moi : le terrain, c'est bien à ce prix que vous l'avez cédé ?” Elle
dit : “Oui, c'est ce prix-là.”
- 9 Pierre reprit : “Pourquoi cet accord entre vous pour mettre à l'épreuve l'Esprit du Seigneur ? Voilà que ceux qui
ont enterré ton mari arrivent à la porte : ils vont t'emporter !”
- 10 Aussitôt, elle tomba à ses pieds, et elle expira. Les jeunes gens, qui rentraient, la trouvèrent morte, et ils
l'emportèrent pour l'enterrer auprès de son mari. »
Bien qu'il n'y ait pas homicide à proprement parler, ce double décès peut inquiéter (stress ?).
Si les évangiles excluent l'usage de la violence physique, ils n'excluent
pas une certaine opposition à l'entourage familial :
- Luc XIV:26 : « Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères,
et ses sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. »
- Matthieu, X.34-35 : « 34. Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu
apporter la paix, mais l'épée. 35 Car je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre
la belle-fille et sa belle-mère. »
Cas de la guerre
Les positions ont varié au cours des âges.
- Les premiers chrétiens refusaient de porter les armes, même pour défendre Rome, en invoquant le passage de la Passion où
Jésus, que Pierre cherche à défendre par l'épée, ordonne à Pierre de ranger celle-ci en précisant que qui utilise l'épée
périra par l'épée.
- Saint Martin (316-397), soldat converti alors qu'il est engagé dans
l'armée par un contrat de 25 ans, demande à ne pas participer à l'attaque de Worms. Traité de lâche par l'empereur Julien, il décide alors de
marcher en tête de ses troupes, sans autre arme qu'une croix, mais il se trouve que les Barbares se rendent avant l'assaut
(Martin sera libéré de son contrat à l'âge de quarante ans)
- Saint Ambroise (340-397)
fait montre d'une vision plus romaine des choses : « La force sans la justice est matière d'iniquité. Est pleine de
justice la force qui, à la guerre, protège la patrie contre les barbares. ». Néanmoins, le pouvoir temporel reste sous
étroite surveillance : la ville de Thessalonique s'étant révoltée
contre son gouverneur et l'ayant tué, l'empereur (chrétien) Théodose ordonne
le massacre des habitants, innocents ou coupables, et sept mille personnes périssent. Saint Ambroise écrit aussitôt à Théodose
pour lui signifier la gravité de sa faute et le prévenir que, jusqu'à ce qu'il l'expie par la pénitence, il est exclu de
facto de la communauté. Quand l'empereur se présente à l'église, Ambroise lui en interdit l'entrée. L'empereur rappelle la
pardon accordé jadis au roi David. « Vous l'avez imité dans son péché, répond saint Ambroise, imitez-le dans sa
pénitence ». Il lui impose l'obligation de promulguer une loi portant que toute sentence de confiscation ou de mort ne
deviendra exécutoire qu’au bout de trente jours, après avoir été de nouveau examinée et confirmée. Après huit mois de
louvoiement, Théodose se soumet
- Saint Augustin (354-430) renchérit : « Que trouve-t-on à
blâmer dans la guerre ? Est-ce le fait qu'on y tue des hommes qui doivent mourir un jour afin que les vainqueurs soient
maîtres de vivre en paix ? Faire ce reproche à la guerre est le fait d'homme pusillanimes et non d'hommes religieux. Ce
qu'on blâme dans la guerre c'est le désir de nuire, la cruauté de la vengeance, une âme inapaisée et implacable, la fureur des
représailles, la passion de la domination et autres sentiments semblables.» Augustin estime que tuer un homme (y compris
soi-même) n'est pas une faute quand Dieu l'ordonne, en citant, entre autres, l'exemple de Samson (La Cité de Dieu, livre
I) :
- « Dieu lui-même a fait quelques exceptions à la défense de tuer l’homme, tantôt par un commandement général, tantôt par
un ordre temporaire et personnel. En pareil cas, celui qui tue ne fait que prêter son ministère à un ordre supérieur ; il
est comme un glaive entre les mains de celui qui frappe, et par conséquent il ne faut pas croire que ceux-là aient violé le
précepte: “Tu ne tueras point”, qui ont entrepris des guerres par l’inspiration de Dieu, ou qui, revêtus du caractère de la
puissance publique et obéissant aux lois de l’État, c’est-à-dire à des lois très-justes et très-raisonnables, ont puni de mort
les malfaiteurs » (§21)
- (on fait état de l'interdiction d'usage de l'arquebuse - ou est-ce l'arbalète ? - par une bulle restée lettre morte ; à chercher)
- (Position sur Charles Martel ? Sur les guerres de Charlemagne ? À voir)
- Le 9 août 1071, les Turcs Seldjoukides,
gagnent la bataille
de Malazgerd sur les Arabes d'Égypte. Ils interdisent alors le passage des pélerins chrétiens vers Jérusalem, qui jusque là
n'avait posé aucun problème. Le 27 novembre 1095, Urbain II lance la Première Croisade pour rétablir la liberté de passage vers les lieux saints, ce qui laisse entendre que cette
guerre est considérée comme juste.
- Dans la Somme théologique, Thomas d'Aquin (1228-1274) examine les conditions de licéité d'une guerre et
pose trois exigences :
- l'autorité du prince,
- la cause juste,
- l'intention droite.
-
- Il y considère aussi qu'une une société est « un donné de la nature » ; une société de païens n'est pas moins
légitime qu'une société chrétienne. Une souveraineté païenne est donc possible, y compris sur des chrétiens. On ne peut donc
considérer comme sainte au seul prétexte qu'on la ferait à des infidèles (ce en quoi la position affichée du catholicisme diffère
donc de celle de l'islam).
- Enfin, il admet la légitimite du régicide face au «tyran d’exercice» ou au «tyran d’usurpation».
- Sur la Guerre de Cent Ans (1337-1453), Rome ne prend pas de
parti officiel : il y a après tout des catholiques des deux côtés.
- Le cardinal Cajetan (1469 - 1534), général des Dominicains, s'intéresse aux missions vers le nouveau monde. Commentant la
Somme Théologique à propos de la notion de rapine, il examine la question de conquête militaire d'un territoire
occupé par des infidèles, et fait remarquer que le Christ envoyait des prédicateurs et non des guerriers. C'est donc selon
lui un péché que de chercher à répandre la foi chrétienne par la guerre. Le royaume d'Espagne en prend acte ; de toute
façon, c'est moins la religion des indigènes qui fait l'objet de ses soins que la quantité d'or expédiée en Espagne.
- 2 juin 1537 : bulle Veritas ipsa par laquelle le pape Paul III condamne l'esclavage des Indiens et
affirme leur droit, en tant qu'êtres humains, à la liberté et à la propriété.
- 1550 : Le dominicain Bartolomé de Las
Casas défend cette position au cours de la controverse de Valladolid.
- Catéchisme en 2003 : la guerre de défense est considérée comme acceptable à condition :
- « que le dommage infligé par l'agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et
certain ;
- que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces ;
- que soient réunies les conditions sérieuses du succès ;
- que l'emploi des armes n'entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer. La puissance des moyens
modernes de destruction pèse très lourdement dans l'appréciation de cette condition. »
Islam
Nous retrouvons dans l'islam, plusieurs sourates d'allure violente :
Tuez-les là où vous les rencontrez, Expulsez-les d’où ils vous auront expulsés. [ …] Combattez-les jusqu’à la fin de toute
sédition et que croyance soit d’Allah.
Vous devez combattre, même si c'est quelque chose qui vous déplaît.
Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d'Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l'inimitié et la
haine sont à jamais déclarées jusqu'à ce que vous croyiez en Allah, seul.
Quand vous rencontrerez les infidèles, frappez-les à la nuque jusqu'à en faire un grand carnage.
Ce n'est pas vous qui les avez tués : mais c'est Allah qui les a tués.
Autres
Châtiments contre les incroyants, les mécréants et les méchants
Il convient de distinguer les châtiments promis à ces catégories comme étant l'affaire du ciel d'une part, les
exhortations à ce que ce soient les fidèles qui prennent en main cette punition d'autre part. Les premiers ne sont pas du
ressort de cet article.
Islam
Sourate 9
- 4. À l'exception des associateurs avec lesquels vous avez conclu un pacte, puis ils ne vous ont manqué en rien, et n'ont
soutenu personne [à lutter] contre vous : respectez pleinement le pacte conclu avec eux jusqu'au terme convenu. Allah aime
les pieux.
- 5. Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs (autre nom des mécréants - NDLR) où que vous les trouviez.
Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent
la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux
- 6. Et si l'un des associateurs te demande asile, accorde-le lui, afin qu'il entende la parole d'Allah, puis fais-le parvenir
à son lieu de sécurité. Car ce sont des gens qui ne savent pas.
Autre traduction :
- 3.Harangue d’Allah et de son Envoyé aux humains, le Jour du plus grand Pèlerinage: « Allah et son Envoyé sont libres
envers les associateurs. Si vous faites retour, quel bonheur pour vous ! Si vous vous écartez, sachez-le, vous ne
paralyserez pas Allah. Annonce le supplice terrible de ceux qui associent,
- 4.sauf pour les associateurs avec lesquels vous avez pactisé, qui ne vous ont jamais nui, ni aidé personne contre vous.
Respectez le pacte pendant toute sa durée. Allah aime les frémissants.
- 5.Quand les Mois sacrés seront écoulés, combattez les associateurs où que vous les trouviez, saisissez-les, assiégez-les,
piégez-les. S’ils font retour, élèvent la prière et donnent la dîme, libère leurs sentiers.
- 29. Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu ni au jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce que Dieu
et son Apôtre ont défendu, et à ceux d'entre les hommes des Ecritures qui ne professent pas la vraie religion. Faites-leur la
guerre jusqu'à ce qu'ils payent le tribu de leurs propres mains et qu'ils soient soumis.
Autre traduction :
- 29.Combattez ceux qui n’adhèrent pas à Allah, ni au Jour ultime, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son Envoyé interdisent,
qui ne pratiquent pas la Créance de vérité parmi ceux qui ont reçu l’Écrit, jusqu’à ce qu’ils donnent, humiliés, le tribut de
leurs mains.
Sourate 8
- 57.Donc, si tu les maîtrises à la guerre, inflige-leur un châtiment exemplaire de telle sorte que ceux qui sont derrière eux
soient effarouchés. Afin qu'ils se souviennent.
- ou (?) 57. Si donc tu les surprends à la guerre disperse avec eux ceux qui les suivent. Peut-être
l’invoqueront-ils ?
- 57. Il n'y a point auprès de Dieu d'animaux plus vils que ceux qui ne croient pas et qui restent infidèles
Comme dans toutes les écritures dites saintes, représentant pour partie les chroniques d'un peuple émergent, le Coran, comme
la Bible, contient des passages justifiant l'hostilité envers les peuples que ce peuple conquiert. Une différence tient au fait
que juifs, chrétiens ou athées ont une signification forte pour nos contemporains tandis que
peuple de Canaan n'émeut plus personne de nos jours faute de représentant encore vivant.
Violence contre les apostats
Christianisme
La question du pardon fut une
préoccupation principale de l'Église aux IVe et Ve siècle. De nombreuses hétérodoxies, comme le marcionisme, le mélétisme ou le donatisme, s'opposèrent à la doctrine officielle,
alors très tolérante.
La cérémonie des Cendres elle-même est
un reliquat, dans sa forme, de celles que les apostats repentis versaient sur leur tête pour sollicité leur réadmission dans la
communauté.
Quand le christianisme fut la seule religion tolérée, le traitement réservés aux apostats et surtout aux relaps devint plus critique. Au Moyen Âge, les relaps furent parfois
condamnés au bûcher ou à
l'emprisonnement à vie par l'Inquisition.
Islam
- Voir aussi l'article spécialisé Apostasie (islam)
- « Quiconque a renié Dieu après avoir cru... - sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la
sérénité de la foi - mais ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à la mécréance, ceux-là ont sur eux une Colère de Dieu et ils
ont un châtiment terrible. » (sourate 16 intitulée les Abeilles, An-Nahl, verset 106)
L'idée de massacrer les apostats ou les hérétiques, ou même sa pratique, ne sont pas exclusives à l'islam. En 392,
suite à des massacres de juifs et de valentiniens, Ambroise de Milan condamna sévèrement Théodose
II, ayant commis un massacre et lui enjoignit de faire pénitence sous peine d'excommunication, et de rembourser les dégâts commis dans le massacre. Le Coran prévoit aussi le pardon de
quiconque se repend de l'apostasie. Ce qu'indique le conte de Jonas, apostat s'il en est puisqu'il fuit la mission que Dieu lui a
confiée. :
« ALors Zan-Noon (Jonas), abandonna sa mission en se rebellant, imaginant que nous ne pouvions le contraindre. Il
fini par implorer du tréfond de la ténèbre [1] : « Il n'y a pas d'autre Dieu que toi. Soi béni j'ai commis un gros
péché. » 21:87 [1](du fond du ventre du gros poisson)
- Hadith d’Ibn `Abbâs : « Quiconque change sa religion, tuez-le. » Ce hadith est rapporté par Bukharî (mort en
870) et n'est pas repris par Muslim (mort en 875) dans son Sahih. Cela en fait un hadith faible et cet état devrait en diminuer
la portée car Muslim conteste certains critères d'authenticité retenus par Bukharî.
Rien dans la biographie de Muhamad ne contient la moindre information crédible favorisant la mise en exécution d'une telle
sentence. Au contraire, deux épisodes le montre traitant avec des apostats ou des personnes ayant quitté sa communauté.
L'auteur Salman Rushdie n'en a pas moins été condamné à mort très
officiellement (fatwa), l'apostasie étant mentionnée explicitement parmi les
motifs de sa condamnation.
- Hadith d’Ibn Mas`ûd : « Le sang d’un musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu que Dieu et que je suis le Messager
de Dieu est illicite sauf dans trois cas : l’homicide volontaire, le fornicateur qui a déjà connu le mariage et l’apostat
qui abandonne la Communauté. » (rapporté par l’ensemble des compilateurs de hadiths : lesquels ???).
- L’érudit Ibn Rajab affirme : « Tuer dans chacun de ces trois cas est consensuellement admis par les
musulmans. ». Ce consensus se limite à 2 ulemas, morts en 878.
- 1 hadith de Mahomet : « Celui qui change sa religion, tuez-le » requiert la mise à mort de l'offenseur. Ce
délit
- est imprescriptible
- ne peut faire l'objet de grâce de la part des autorités.
Pourtant, On le voit signer un traité avec Quraysh encore païen, dont une clause précise que rien ne doit empêcher ceux
qui le souhaitent de retourner dans la tribu adverse et, partant, de retourner à l'idolâtrie ante-musulmane. Cet article du
traité Hudaybiya n'est pas rapporté par Bukharî.
L'imam Khomeini a argué de ce principe pour émettre une
fatwa (condamnation à mort) contre l'écrivain britannique Salman Rushdie.
Violence contre les savants et philosophes et leurs écrits
Religions non monothéistes
- Grèce :
- Condamnation de Protagoras pour impiété : ses livres sont brûlés. Il
avait écrit : Pour ce qui est des dieux, je ne peux savoir ni qu’ils sont ni qu’ils ne sont pas, ni quel est leur
aspect.
- Condamnation à mort de Socrate, au prétexte qu'il ne reconnaissait pas les dieux
de la cité et introduisait des divinités nouvelles. Sa réponse au seuil de la mort sera cinglante et énigmatique :
« Je crois aux dieux athéniens comme n'y croit aucun de mes accusateurs »
Aucun texte ne vient pourtant a priori légitimer ces violences à des degrés divers, et on peut suppose qu'en de tels
cas la religion n'a servi que d'instrument supplémentaire, voire de prétexte, à la condamnation.
Christianisme
- 1498 (23 mai) après avoir organisé le grand
« bûcher de la vanité » où sont détruits par le feu un grand nombre d'objets de luxe ostentatoire qu'il dénonce, le
dominicain Savonarole est détruit lui-même par ses confrères de l'Inquisition.
- 1553 (26 octobre) : le
théologien, philosophe et médecin Michel Servet est brûlé vif par
Calvin à Genève, montrant que les
protestants savent faire aussi.
- 1600 : le dominicain Giordano Bruno est brûlé vif à Rome pour avoir affirmé la multiplicité
des mondes habités (posant implicitement le problème de la multiplicité des crucifixions !.
- 1619 : le philosophe Vanini met en question l'immortalité de
l'âme ; il est brûlé vif, après qu'on lui eut arraché la langue en punition de ses
blasphèmes. Nous n'avons pas à ce jour d'exemple d'une civilisation ayant perduré sans croyance en une forme ou une autre
d'immortalité (fût-ce comme en Chine celle des ancètres dans la mémoire de leurs descendants).
- 1633 : Galilée échappe
à la torture en se rétractant et en abjurant à genoux l'héliocentrisme. Il apparaît aujourd'hui que son procès était politique plus que
théologique, la forme de ses attaques (par ailleurs justifiées) envers ses collègues universitaires ayant
beaucoup plus excité leur ire que quelque question de fond que ce soit.
Islam
- Plusieurs mystiques soufis furent brûlés.
- Averroès (Ibn Rushd) fut persécuté, et certains de ses écrits
détruits.
- Un doute subsiste sur les conditions exactes de la destruction par le feu des manuscrits de la bibliothèque d'Alexandrie (du moins la partie qui
avait échappé à un autre incendie sous Jules César), attribuée souvent à
une lettre du calife Omar et stipulant « si ces ouvrages contredisent le Coran, ils
sont impies et doivent donc être brûlés; s'ils disent la même chose que lui, ils sont inutiles et doivent donc être brûlés
aussi ». deux choses sont certaines :
- c'est bien au moment de la conquête musulmane que la bibliothèque cessa d'exister
- un grand nombre de manuscrits d'Aristote furent sauvés de la destruction, et on ne peut l'expliquer apparemment que
par une sorte de complicité (tacite ou non) entre lettrés occupés et lettrés occupants.
Violence envers les animaux
Le sacrifice est au cœur de plusieurs religions.
- Lire Le silence des animaux, Elisabeth de Fontenay, 1998
Dans cet ouvrage, la philosophe présente l'animal comme inclus dans la société qui le sacrifie en ce sens qu'il est
l'intermédiaire necessaire de la propitiation, de l'action de grâce ou du devenir de la communauté.
Christianisme
- Augustin examine le cas des animaux en même temps que la question du meurtre d'un être humain. Selon lui, les animaux,
dépourvus de raison et ne faisant pas partie de la société humaine, sont à la disposition des hommes à qui il est permis de les
tuer :
- « Certains cherchent à étendre ce précepte (tu ne tueras pas) jusqu’aux bêtes mêmes, s’imaginant qu’il n’est
pas permis de les tuer. (...) Laissons de côté ces rêveries, et lorsque nous lisons : “Tu ne tueras point”, n'englobons pas
dans cette défense les plantes, parce qu’elles n’ont point de sensibilité, ni les animaux, qu’ils volent dans l’air, nagent dans
l’eau, marchent ou rampent sur terre, parce qu’ils sont privés de raison et ne forment point avec l’homme une société, d’où il
suit que par une disposition très juste du Créateur, leur vie et leur mort sont également faites pour notre usage. »
(§20).
- Les chrétiens assyriens sacrifient un taureau à Paques et dans toutes les grandes occasions.
Islam
Un agneau est égorgé aux fêtes de l'Aïd.
Voir aussi
Articles connexes
Références bibliographiques
- La Violence et le Sacré (1972), ainsi que d'autres ouvrages de René Girard
- « Violence et non-violence en Islam », n° 83 de la revue Alternatives non-violentes
- « Les religions sont-elles violentes ? », n° 94 de la revue Alternatives non-violentes
- Violence des religions , dossier de la revue Croire
aujourd'hui
- La fin de l'augustinisme Elisabeth Labrousse, Revue Théolib, n°1, 1998
- Mourir pour Dieu, Daniel Boyarin, Bayard, 2003
- Histoire de l'institution du christianisme, Voltaire
- L'Antéchrist, Nietzsche

