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Roland Barthes, né le 12 novembre 1915 à Cherbourg, mort le 25 mars 1980, était un écrivain et sémiologue français.
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Il fut l'un des principaux animateurs de l'aventure structuraliste française. En 1952, il publia Le monde où l'on catche dans la revue Esprit puis poursuivit ces petites mythologies du mois dans Combat et dans la revue de Maurice Nadeau, Les Lettres nouvelles. Ces courts textes le firent connaître d'un vaste public. Son premier essai, Le Degré zéro de l'écriture, paru en 1953, fut rapidement considéré comme le manifeste d'une nouvelle critique soucieuse de la logique immanente du texte. Enseignant à l'École pratique des hautes études dès 1962, Roland Barthes occupa la chaire de sémiologie du Collège de France de 1977 à 1980.
Roland Barthes, personnage haut en couleur, aimait raconter cette blague à ses étudiants : un infirme se plonge dans l’eau de Lourdes pour que sa situation s’améliore et en ressort avec une chaise roulante toute neuve. Passé maître dans les discours aux multiples sens, qu’il s’amusera à démystifier, Barthes accouche en 1968 de cet article bizarre qu’est La mort de l’auteur.
Conjugué à la conférence de Foucault, du nom de « Qu’est-ce qu’un auteur », l’article de Barthes aura l’effet d’une bombe. Jusqu’à leurs parutions - bien plus tard et dans des recueils posthumes -, ces deux textes furent longtemps très photocopiés par les étudiants et devinrent en quelque sorte un credo du post-structuralisme français.
Les deux textes gagnèrent cette popularité surtout par leur opposition à Lanson et Sainte-Beuve, critiques dominants dans les études littéraires françaises, qui attachent une grande place à l’auteur dans le jugement d’une œuvre. Or, pour Barthes l’auteur est mort : il affirme que « la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur ».
Son idée est que l'auteur doit céder sa place au lecteur, qui réécrit le texte pour lui-même (on dit volontiers depuis qu'il en possède sa propre lecture, expression que dénoncera d'ailleurs Thierry Maulnier) : l'auteur n'est plus le seul garant du sens de son œuvre. Autrefois, lorsqu’un auteur était « consacré », tous ses écrits devenaient automatiquement œuvre, incluant la correspondance, les brouillons, etc. Maintenant que l’auteur est mort, un écrit devient œuvre (ou « texte » dans notre cas) si son contenu est conforme à l’idée que l’on se fait de l’auteur. On se rappelle les exécuteurs testamentaires d'Hugo brûlant un certain nombre de lettres (ou plus exactement leurs brouillons retrouvés) au motif qu'elles pouvaient ternir l'image du disparu.
Si demain on découvrait un manuscrit écrit de la main de Flaubert (l’homme) mais ne correspondant pas au style de Flaubert (l’écrivain) pourrait-il être délibérément omis de ses œuvres complètes (qui pour le coup ne le seraient plus)? Ce n'est pas impossible. Le nom de l’auteur sert somme toute de désignateur à son travail. Dire avoir « tout lu Kant » signifie que avoir lu ses œuvres, non l’homme. De même, découvrir que Critique de la raison pure est de la main d’un autre changerait la conception de Kant-écrivain, mais pas de Kant-l’homme. L’auteur est donc construit à partir de ses écrits, et non l’inverse. L’auteur n’est plus à l’origine du texte; celui-ci provient du langage lui-même. Le « je » qui s’exprime, c'est le langage, pas l'auteur. L’énonciation est ici une fonction du langage.
Pensée cousine de celle de Paul Valéry dans Tel quel, lorsque celui-ci y indique :
Est-ce pour se venger d'avoir été ainsi devancé que Barthes stigmatisera l'usage de la tautologie (l'œuvre est l'œuvre) dans un article de ses Mythologies nommé Racine est Racine ?
Aux années 50, dans « Mythologies » (Seuil, 1957), Roland Barthes s'exclamait: « (...) une de nos servitudes majeures: le divorce accablant de la mythologie et de la connaissance. La science va vite et droit en son chemin; mais les représentations collectives ne suivent pas, elles sont des siècles en arrière, maintenues stagnantes dans l'erreur par le pouvoir, la grande presse et les valeurs d'ordre. » (Barthes 1957: 72-73) Dans ce livre majeur, il décrit des mythes aussi divers que la Citroen DS, le catch, le vin et le visage de Greta Garbo. Mais il analyse également le phénomène même du mythe.
Le mythe pour Barthes est un outil de l'idéologie, il réalise les créances, dont la doxa est le système, dans le discours: le mythe est un signe. Son signifié est un idéologème, son signifiant peut être n'importe quoi: « Chaque objet du monde peut passer d'une existence fermée, muette, à un état oral, ouvert à l'appropriation de la société. » (Barthes 1957: 216)
Dans le mythe, écrit Barthes, la chaîne sémiologique « signifiant/signifié = signe » est doublée. Le mythe se constitue à partir d'une chaîne pré-existante: le signe de la première CHAINE devient le signifiant du second. Barthes donne l'exemple d'une phrase figurant comme exemple dans une grammaire: c'est un signe composé de signifiant et signifié, mais qui devient dans son contexte de grammaire un nouveau signifiant dont le signifié est « je suis ici comme exemple d'une règle grammaticale » (Barthes 1957: 222-223). Nouvel emprunt - toujours non crédité - à Valéry, qui avait précisé dans ce même Tel quel que « Quia nominor leo » signifiait en fait « Je suis une règle de grammaire ». Mais ne dit-on pas que l'imitation est la forme la plus sincère de flatterie ?
Un exemple purement idéologique dans ce recueil est une photo d'un soldat regardant le drapeau national, où le signe dans son ensemble devient le signifiant du mythe de la fierté nationale.
En dernière analyse, la doxa propagée parle mythe, pour Barthes, est l'image que la bourgeoisie se fait du et impose au monde. La stratégie bourgeoise est de remplir le monde entier de sa culture et de sa morale, en faisant oublier son propre statut de classe historique: « Le statut de la bourgeoisie est particulier, historique: l'homme qu'elle représente sera universel, éternel; (...) Enfin, l'idée première du monde perfectible, mobile, produira l'image renversée d'une humanité immuable, définie par une identité infiniment recommencée. » (Barthes 1957: 250-251)
À mesure que le temps passait, certains des lecteurs qui avaient admiré son travail à ses débuts crurent y déceler une sorte de système, un peu comme si Barthes avait fini par se mettre à faire du Barthes. La réaction des admirateurs fut à la mesure de leur déception (motivée ou non) : Le Roland Barthes sans peine (1978), de Michel-Antoine Burnier et Patrick Rambaud, qui passait impitoyablement à la moulinette tous les tics du maître (et de quelques-uns de ses épigones comme Hélène Cixous) fut un succès de librairie.
On peut supposer que Barthes lut l'ouvrage avec plaisir : quoi de plus agréable pour un déboulonneurs de mythes que de se voir déboulonné lui-même (et donc ainsi reconnu) par ses disciples ? Et de toute façon les Fragments d'un discours amoureux parus peu avant échappaient largement pour leur part à cette critique.
Mythologies, Seuil, 1970, p. 97


