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Depuis la fin du XIXe siècle, de graves erreurs pédagogiques ont été commises dans le domaine de l'apprentissage des règles théoriques du solfège, qui ont eu pour conséquence d'éloigner temporairement ou définitivement de la pratique musicale un trop grand nombre d'élèves.
Par ailleurs, même pour les élèves pratiquant un instrument, l'apprentissage par cœur des différentes règles théoriques, très arides et très abstraites, n'a pas contribué à rendre l'étude du solfège très populaire, alors que dans de très nombreux cas, la théorie peut se déduire progressivement de la pratique, sans pour autant nécessiter d'étudier la règle concernée sur le bout des doigts.
Il convient donc de répéter (parce que ce n'est peut être pas évident pour tout le monde) que la théorie du solfège ne doit pas constituer un but en soi, mais au contraire avoir pour fonction « d'éclairer la pratique solfégique », c'est-à-dire, la lecture musicale courante.
Cependant, cette théorie solfégique, si dangereuse lorsqu'elle est mal utilisée, ne doit pas pour autant être définitivement écartée de la pédagogie musicale. Il semble au contraire indispensable d'intégrer les principes théoriques de la notation musicale dans les cours de solfège ou d'instrument.
En effet, priver systématiquement l'élève d'une connaissance théorique générale basée sur les principes élémentaires de la musique, ou de la possibilité de s'y référer, peut conduire tôt ou tard ce dernier, par le biais de mauvaises associations, à de graves contresens, en matière de lecture ou d'analyse musicale.
C'est que, trop souvent malheureusement, le professeur de solfège (ou d'instrument) néglige l'aspect théorique de son enseignement (soit parce qu'il redoute une matière qui peut très vite se révéler rébarbative et décourageante, soit parce qu'il pense, à tort, faire ainsi gagner du temps à ses élèves), et se contente de quelques explications fragmentaires, qui ressemblent plus à des recettes (« pour avoir tel résultat, faites comme ceci, sans chercher à comprendre ! ») qu'à de véritables principes de théorie musicale. Précisons au passage que le fait d'avoir recours à une recette n'est évidemment pas condamnable en soi ; ce qui est grave, c'est d'avoir systématiquement recours à la même recette, sans jamais révéler le véritable principe générateur de la recette en question.
Il est donc indispensable que l'élève puisse avoir accès, lorsque le besoin s'en fait ressentir, à une théorie solfégique lui permettant le cas échéant de relativiser ou corriger les données fragmentaires ou abusivement simplifiées qu'il aurait assimilées.
Dans le domaine des manuels d'éducation musicale, deux types d'ouvrages sont ordinairement utilisés de nos jours : d'une part, les méthodes de pédagogie musicale, qui s'adressent aux professeurs de musique, d'autre part, les livres de cours, qui eux, s'adressent aux élèves.
Une théorie de solfège est un troisième type de manuel qui ne prétend se substituer ni aux méthodes, ni aux livres de cours, mais qui demeure indispensable en tant que complément didactique.
La théorie de solfège (comme toute théorie extra musicale, d'ailleurs) doit s'adresser à la logique du lecteur, que celui-ci soit élève ou professeur. Clarté et précision doivent être de rigueur, aussi bien dans le domaine du plan général (une théorie digne de ce nom ne doit pas se contenter d'être un catalogue de règles classées en fonction de l'évolution supposée de l'élève), que dans celui de l'énoncé des principes et des différentes règles (définitions, limites, cas particuliers, etc.).
De caractère exclusivement cérébral et objectif, elle ne doit préjuger ni du niveau relatif de l'élève dans la pratique musicale, ni de son âge, ni de ses besoins, ni de ses goûts. Elle doit simplement expliquer les divers mécanismes de la notation, en invitant le lecteur à comprendre la fonction d'une règle, à découvrir comment celle-ci se rattache toujours à un grand principe, à réfléchir à la nécessité d'une exception, à distinguer l'essentiel de l'accessoire, etc., afin de lui permettre, entre autres choses, d'effectuer une analyse de l'environnement rythmique et tonal, de mieux contrôler sa lecture, enfin, de développer progressivement son autonomie.
C'est pour répondre à ces besoins qu'a été élaboré l'article solfège.
En matière de théorie solfégique, l'essentiel étant plus de comprendre que de retenir à tout prix, rien ou presque n'est à apprendre par cœur (et surtout pas les règles complexes telles que la constitution en tons et demi-tons des divers intervalles contenus dans l'octave, le nombre de quadruples croches équivalant à une ronde pointée, les gammes majeures et mineures correspondant aux différentes armatures, etc.). C'est pourquoi, cet article essaie de suivre un cheminement rationnel et un plan logique, partant du général (les grands principes) et allant vers le particulier (les règles effectives de la notation). Le contenu faisant principalement appel au raisonnement, le recours à la mémorisation forcée doit normalement être évité : « ce qui se comprend bien, se retient habituellement sans effort ».
C'est ainsi que cet article consacré au solfège est non seulement destiné à l'étudiant en musique, mais encore, au professeur de solfège (ou d'instrument), qui pourra y trouver, non pas une méthode d'enseignement, mais plutôt un support à son propre enseignement, une source de réflexions lui permettant de nourrir sa pédagogie. Il est également permis d'espérer que le lecteur curieux ou soucieux d'accroître ses connaissances puisse y trouver la réponse à ses interrogations.


