Ruse de guerre
On nomme ruse de guerre le fait
- soit d'induire l'adversaire en erreur en le trompant délibérément,
- soit de l'entraîner à commettre une imprudence, sans qu'il y ait nécessairement tromperie.
La pratique de la ruse de guerre est jugée comme parfaitement licite par la Convention de Genève à condition :
- qu'elle n'enfreigne aucune règle du protocole
- qu'elle ne comporte pas de perfidie
- qu'elle ne soit pas mentionnée parmi les « ruses interdites »
Ruses interdites et perfidie
Toute ruse fondée l'usage indu de signes de nationalité tels que définis par l'article 39 (Signes de
nationalité) est une ruse interdite et non une perfidie au sens du Protocole (50). Mais si cette
tromperie fait appel à la bonne foi de l'adversaire en utilisant des uniformes de pays neutres par exemple, on la nomme
perfidie. En cas de jugement international à l'issue du conflit, la perfidie sera jugée beaucoup plus sévèrement et peut
être punie de mort.
Lorsque des mines antipersonnel ne sont pas signalées ou lorsqu'elles sont camouflées, elles prennent un
caractère perfide au sens juridique (51). Un protocole sur «l'interdiction ou la
limitation de l'emploi des mines, pièges et autres dispositifs» a été annexé à la Convention du 10 octobre 1980 .
- pièges ayant l'apparence d'objets portatifs inoffensifs qui sont expressément conçus ou construits pour contenir une charge
explosive et qui produisent une détonation quand on les déplace ou qu'on s'en approche;
- pièges qui sont attachés ou associés d'une façon quelconque à :
- des emblèmes, signes ou signaux protecteurs internationalement reconnus;
- des malades, des blessés ou des morts;
- des lieux d'inhumation ou d'incinération ou à des tombes;
- des installations, du matériel, des fournitures ou des transports sanitaires;
- des jouets d'enfant ou à d'autres objets portatifs ou à des produits spécialement destinés à l'alimentation, à la santé, à
l'hygiène, à l'habillement ou à l'éducation des enfants;
- des aliments ou à des boissons;
- des ustensiles de cuisine ou à des appareils ménagers, sauf dans des établissements militaires, des sites militaires et des
dépôts d'approvisionnement militaires;
- des objets de caractère indiscutablement religieux;
- des monuments historiques, des œuvres d'art ou des lieux de culte qui constituent le patrimoine culturel ou spirituel des
peuples - car la guerre prendra fin un jour, et ce patrimoine est dû aux générations futures.
Il est par ailleurs « interdit en toutes circonstances d'employer des pièges qui sont conçus pour causer des
blessures inutiles ou des souffrances superflues ». Cela inclut les mines invalidantes puisqu'elles sont
justement conçues dans le but de démoraliser l'arrière (le retour d'un cercueil marque les esprits ennemis plusieurs
semaines; celui d'un infirme plusieurs années). Certains pays arguent pour cette raison ces blessures ne seraient pas
inutiles ni ces souffrances superflues, mais les moralistes ne les suivent pas sur ce point.
Ce qui reste autorisé (liste non exhaustive)
- attaques par surprise,
- embuscades
- opérations terrestres, aériennes ou navales simulées
- feindre le repos ou l'inactivité
- camoufler des troupes, des armes, des dépôts, des positions de tir dans l'environnement naturel ou artificiel
- profiter de la nuit ou de conditions de mauvaise visibilité
- construire des installations qui ne seront pas utilisées et installer des leurres :
- faux aérodromes
- faux canons
- faux chars blindés
- champs de mines factices
- employer des moyens faisant passer une grande unité d'attaque pour petite, ou au contraire une petite pour grande (manœuvre
de diversion, en particulier avions isolés dispersant des dizaines de milliers de feuilles métalliques pour faire croire à une
immense attaque et détourner les moyens de l'ennemi)
- transmettre par tout moyen (radio, presse,...) des informations inexactes
- permettre sciemment à l'adversaire d'intercepter de prétendus documents, plans d'opérations, dépêches, nouvelles qui sont en
fait sans rapport avec la réalité (voir le roman Fortitude ou le récit L'homme qui n'existait pas)
- employer les longueurs d'ondes de l'ennemi, ses mots de passe, ses codes télégraphiques pour transmettre de fausses
instructions
- prétendre être en communication avec des troupes de renfort qui n'existent pas
- procéder à des parachutages factices ou à des opérations de ravitaillement simulées
- jalonner des itinéraires en sens inverse, déplacer des bornes ou falsifier les indications routières
- enlever des uniformes les signes indiquant le grade, l'unité, la nationalité ou la spécialité
- donner aux membres d'une même unité militaire des signes d'unités différentes pour faire croire à l'ennemi qu'il se trouve en
face d'une force plus importante
- employer des signaux à seule fin de tromper l'adversaire
- inciter par tous moyens (tracts, diffusion sonore, radio, etc.)les soldats ennemis à se rebeller, à se mutiner ou à déserter,
y compris en emportant des armes et des moyens de transport
- inciter la population ennemie à se révolter contre son gouvernement

