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S long

Le s long (ſ) est une variante contextuelle ancienne de la lettre s, c'est-à-dire une forme annexe que la lettre pouvait adopter sans que cela changeât sa prononciation.

On traçait s rond (notre s) en fin de mots, s long partout ailleurs. L'illustration ci-contre montre des œils possibles dans une police à sérif et une police sans sérif, en romaine et en italique.

Cette lettre n'existe qu'en minuscule, ce qui explique pourquoi la ligature ß, composée d'un s long suivi d'un s rond (ou d'un z) suit le même principe : en capitales, ſ et ß (ſ+s ou ſ+z pour l'allemand) passent à S et SS.

Sommaire

Origines

Le s long, issu de la demi-onciale latine (apparue vers le IVe siècle), s'est transmis à toutes les écritures latines postérieures. Son utilisation, au départ, ne suivait pas des règles strictes. Simple variante manuscrite du s, il pouvait d'ailleurs être utilisé seul et en toute position. Son tracé a beaucoup varié selon l'écriture sa localisation et le scribe. Au fur et à mesure, cependant, il en est venu à remplacer s dans toutes les positions sauf en finale.

image:Variantes_contextuelles_latines2.png

Le s long, du fait de son tracé, est sujet à de nombreuses ligatures, dont ſ+s, qui donne ß dans de nombreuses langues. Seul l'allemand a conservé cette ligature, nommée eszett. Elle pourrait, dans cette langue, provenir d'une ligature ſz qui, écrite en écriture gothique puis en Fraktur et en Sütterlinschrift, ressemble plus à ſʒ.

Cette convention (ainsi que les nombreuses ligatures avec s long) s'est conservée dans l'imprimerie jusqu'au XIXe siècle, pendant lequel l'usage, déjà fluctuant à la fin du XVIIIe (dans un même ouvrage, les deux s pouvaient être utilisés en concurrence avec l's unique), se perd entièrement. Actuellement, des lecteurs non avertis confondent fréquemment le s long avec un f (de la même manière que les anglophones confondent la graphie moderne de þ avec un y qui n'a aucun rapport).

Emplois

Le s long a été employé par quasiment toutes les langues d'Europe ayant connu l'alphabet latin. Voici quelques exemples d'utilisation.

En français

S long et s rond
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S long et s rond

On peut lire ci-contre, tel qu'imprimé en 1778, un extrait de l'épître dédicatoire du Calendrier de Paphos de Voltaire. On a tenté de reproduire fidèlement le document en en respectant la typographie (on peut noter l'utilisation d'une espace avant la virgule, celle d'un s court dans le patronyme Deshoulieres, comme s'il s'agissait de Des Houlieres) et l'orthographe (le placement et la nature des accents diffèrent d'avec les graphies actuelles).

Le s long suivi d'un autre s pouvait s'écrire de plusieurs manières, au choix du typographe (et parfois sans grande cohérence), comme deux s longs ou avec un s long suivi d'un s rond, ce qui a pu aboutir à la ligature ß (dont on croit, à tort, qu'elle est limitée à l'allemand, ce qui n'est vrai qu'actuellement).

En France, bien que plus rare, cette ligature se rencontre en concurrence avec la forme sans ligature (on renvoie le lecteur désireux de plus de précision à l'article traitant de ce sujet), jusqu'à la disparition du s long. On la trouve par exemple dans La maniere de bien traduire d'une langue en aultre : d'advantage de la punctuation de la langue françoyse, plus des accents d'ycelle d'Étienne Dolet, édition de 1540 (profeßion, p. 3) ou dans les Euures de Louïze Labé, Lionnoize, reuues & corrigees par ladite Dame de 1556, laquelle édition ne se montre pas très sytématique dans ses choix : page 9, on lit poußé mais, juste en dessous paſſer, lequel verbe est cependant écrit paſsé p. 4. De plus, si l'éditeur a employé la ligature ſt attendue (reſté, p. 4, eſtoit p. 9), c'est cependant une ligature avec un s rond qui est parfois utilisée (festin, p. 9, estois p. 120) [dans ces citations, on n'a pas tenté de rendre les ligatures autres que ß pour des raisons de compatibilité avec les polices de caractères].

Notons enfin que Corneille avait proposé de ne conserver l's long que lorsqu'il marquait l'allongement de la voyelle précédente, convention qui n'a pas été suivie et qui est décrite dans l'article Accent circonflexe en français.

Voici des tracés possibles pour ces caractères :

image:Variantes_contextuelles_latines3.png

Souvent, le s long porte un redan à gauche, qui le fait ressembler à un f dont la barre serait incomplète.

En allemand

En allemand, surtout dans la graphie dite Fraktur, l'utilisation des deux s n'obéit pas seulement à des contraintes contextuelles mais aussi morphologiques : le s rond est employé en fin de mot ou d'élément de mot composé, ce qui nécessite, pour écrire correctement, de connaître la langue. Ainsi, Wachstube (l'exemple est emprunté à Yannis Haralambous dans Unicode et typographie : un amour impossible, document disponible en ligne ), tel qu'il est écrit actuellement, peut être analysé et prononcé de deux manières :

La graphie levait autrefois l'ambiguïté : Wach + Stube s'écrivait Wachſtube tandis que Wachs + Tube s'écrivait Wachstube. L'utilisation d'un s rond marquait la fin virtuelle d'un mot en composition (à la manière du Deshoulieres de Voltaire dans le texte cité plus haut).

Dans l'orthographe actuelle de cette langue, seule la ligature ß (eszett) subsiste, ligature qu'on peut faire remonter à ſ et s ou ſ et z.

Codage informatique

La norme Unicode ne prévoit évidemment que des minuscules pour le s long et ses dérivés.

Articles connexes




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