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Le premier sacre en France est celui de Pépin le Bref, principalement par alliance avec l'Église pour assurer sa légitimité. Il se fait sacrer une première fois en 751 par l'évêque du royaume des Francs. En 754, un deuxième sacre a lieu à Saint-Denis, où il se fait sacrer lui-même ainsi que ses deux fils, par le pape Étienne II.
Les Ordines ad consecrandum coronandum regem décrivent précisément la liturgie de cette cérémonie.
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Le roi est sacré par l'archevêque de Reims, entouré de cinq évêques suffrageants de sa province ecclésiastique ainsi que du chapitre de la cathédrale de Reims. À ceux-ci s'ajoutent l'abbé de Saint-Remi de Reims, gardien de la Sainte Ampoule ainsi que l'abbé de Saint-Denis, gardien des autres insignes royaux.
Les pairs sont cités pour la première fois en 1226. Il s'agit des six pairs ecclésiastiques (six évêques les plus importants du royaume) et des six pairs laïques (d'abord les six plus grand vassaux du roi de France, à l'époque moderne des princes du sang ou des grands seigneurs). Finalement sont présents les grands officiers de la Couronne, pour l'autel du roi, et le public.
Le sacre a lieu un dimanche à Reims. La cérémonie est présidée par l'archevêque.
Il faut noter qu'Henri IV n'a pu être sacré à Reims, qui était entre les mains des Ligueurs : la cérémonie a donc été célébrée à Chartres, par l'évêque de la ville, avec la Sainte Ampoule (voir ci-dessous) de l'abbaye de Marmoutier.
Le contenu du serment prêté par le roi est assez vague, en résumé il promet d'assurer la protection de l'Église et de ses biens. Il promet également de procurer la paix à l'Église et aux peuples chrétiens, et depuis Latran IV, de combattre les hérétiques. Par paix on entend que le roi s'engage à préserver l'ordre social voulu par Dieu et de rendre la justice.
Ce serment était au départ une limite au pouvoir royal : le roi était obligé de respecter et de faire respecter la justice (comme Saint-Louis). Ensuite, cette obligation est devenue une augmentation du caractère sacré du roi : le roi était nécessairement toujours juste, et ses décisions ne pouvaient donc pas être injustes.
À l'époque moderne, les serments prêtés sont les suivants :
Henri IV y ajoute en 1594 un troisième serment, celui de maintenir les ordres créés par ses prédécesseurs (à savoir l'ordre de Saint-Michel et l'ordre du Saint-Esprit). Louis XV ajoute celui de l'ordre de Saint-Louis, et Louis XVI celui de faire observer les édits contre le duel.
L'adoubement est plus ou moins confisqué par l'Église. L'abbé de Saint-Denis apporte les insignes de chevalerie, qu'on va remettre solennellement au roi. Le grand chambrier (plus tard le grand chambellan) remet les souliers, le duc de Bourgogne (plus tard un grand seigneur) l'éperon d'or et l'archevêque de Reims lui remet l'épée qui est portée par le sénéchal pendant la cérémonie.
Depuis la fin du XIIIe siècle, on utilise Joyeuse, l'épée de Charlemagne.
La Sainte Ampoule contient une huile miraculeuse apportée par un ange pour oindre les rois de France pendant le sacre. Ceci se fonde sur la légende du baptême de Clovis : le jour du baptême de Clovis, il y avait une telle foule devant la cathédrale que les clercs chargés d'apporter la Sainte Huile ne pouvaient entrer, un ange l'apporta donc.
L'archevêque de Reims conserve cette ampoule comme une grande relique. Il s'agit ici d'une confusion entre sacre et baptême, où l'on utilise le chrême. L'huile miraculeuse donne un très grand prestige au roi de France. Le choix de la ville de Reims pour le sacre est fondé sur la possession de l'ampoule par l'archevêque.
Le roi est oint à sept endroits différents du corps, avec un mélange de chrême et d'huile de la Sainte Ampoule. Par cette onction, le roi est roi « par la grâce de Dieu » : Dieu l'a choisi.
Les insignes royaux sont donc apportés par l'abbé de Saint-Denis. Ces insignes sont :
Après la remise des insignes, on assiste à une messe et un banquet, tous deux, comme le sacre, payés par la ville de Reims.
Le sacre est un sacramentel et non un sacrement, mais il élève le roi au-dessus du reste des laïcs. Il devient un personnage sacré. Il n'est plus considéré comme un pur laïc mais « il approche l'ordre prestal » c'est-à-dire des prêtres. Il peut communier sous les deux espèces (pain et vin consacrés), comme les clercs.
Il a également la particularité d'être thaumaturge : il est réputé guérir les écrouelles (plaies causée par une affection des ganglions lymphatiques, la scrofule), lors des grandes occasions (sacre lui-même, grandes fêtes liturgiques), en les touchant et en prononçant la formule : « Le roi te touche, Dieu te guérit » (« te guérisse » à partir de Louis XV). Pour cela, il doit être en état de grâce. Louis XV cesse de toucher les écrouelles à partir de 1744, Louis XVI les rétablit en 1775.
Ce statut sacré rend le roi inviolable. Tout attentat contre sa personne est puni avec une très grande sévérité. Le coupable est accusé de régicide, torturé et exécuté, même si le roi n'est que blessé et que la blessure est légère. Ainsi Damiens fut roué vif pour avoir frappé Louis XV d'un coup de canif, blessure sans gravité.
Le sacre pose un problème juridique : le sacre fait-il le roi ? Dans l'opinion des juristes royaux, depuis la mort de Saint Louis, le sacre n'a plus de valeur constitutive. Dès la mort du roi, l'armée a reconnu Philippe le Hardi comme successeur, même si le sacre n'a eu lieu qu'un an plus tard en 1271. Dans l'opinion populaire médiévale, le roi reste celui qui est sacré. (cf. Jeanne d'Arc).
À l'époque moderne se développe une théologie du « sang royal » : sitôt le roi mort, son successeur devient roi. C'est l'application au droit public de la formule de droit privé « le mort saisit le vif », qui aboutira à la célèbre formule : « le roi est mort, vive le roi ».


