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Les sagas de l'été sont un genre particulier du feuilleton télévisé. Historiquement, son premier exemple est Le Vent des moissons, diffusé pendant l'été 1988. Mais d'autres feuilletons comme l'excellent La Terre et le moulin ou Les Oiseaux se cachent pour mourir peuvent entrer dans cette catégorie puisque diffusés eux aussi un été des années 80 et possédant toute la trame de ce genre.
Toutefois, Le Vent des moissons, de par son succès d'audience, rare pour un feuilleton l'été, et totalement novateur, a permis les étés successifs la diffusion de feuilletons courts (généralement 4 à 10 épisodes) aux succès retentissants. La Saga de l'été est née. Malgré tout, elle n'est pas figée aux mois de juillet ou août. Les Yeux d'Hélène peut entrer dans cette catégorie bien que diffusé en automne. L'été de sa diffusion (1994), le public eut droit à la rediffusion du feuilleton Les Cœurs brûlés, la première partie.
Il n'en reste pas moins que ces feuilletons ont une particularité qui font qu'ils s'inscrivent dans ce style à part : la trame est toujours la même : la lutte d'une ou plusieurs familles face à un secret, des méchants bien ficelés. Des secrets, des énigmes, des intrigues particulières qui tiennent en haleine jusqu'au dernier épisode et des héros (souvent des femmes) volontaires, charismatiques qui luttent pour une cause, une valeur à laquelle ils croient fermement.
Après, TF1 en 1988, France 2 lance le sien en 1993 : Le Château des oliviers. Même succès, même engouement.
S'il est un domaine à ne pas négliger dans une saga de l'été et qui lui est vraiment propre, c'est que parmi les héros, s'en trouve un sans lequel le scénario ne serait rien. Nous parlons ici de la maison ou propriété familiale. Elle a son importance: elle est plus qu'un simple décor. Elle a ses propres secrets, sa propre Histoire. Rares sont les sagas de l'été sans leur domaine. Dès le début, Le Vent des moissons affiche la couleur avec sa Rose des vents, domaine ancestrale de la famille Leclerc et lieu chéri par certains, méprisé par d'autres.
L'attachement à cette propriété est telle que toute l'histoire finit par tourner autour d'elle et autour de son représentant, le maître des lieux. La maison engendre les haines les plus viles et les passions les plus dévastatrices.
La Commanderie d'Orages d'été sera le théâtre des pires mesquineries en paradoxe avec l'héroïne, Emma Lambert, plus qu'attachée mais intégrante à cette maison.
Eden de La Vengeance aux deux visages, La réserve du feuilleton Les Yeux d'Hélène ou Jalna dans la série éponyme sont autant de lieux légendaires qui ne font qu'un avec le héros de l'Histoire ou plutôt l'héroïne....
Sur une trentaine de sagas de l'été à ce jour diffusées en France, une vingtaine a pour héros...une héroïne.
Pourquoi?
Sans doute parce que les sentiments langoureux et larmoyants des sagas font qu'une héroïne est plus apte à véhiculer ses sentiments. Ces héroïnes ont en général un tempérament fort, ont avec elle une véritable famille qu'elles ont forgé. Elles ont toutes hérités cela de leur père, étrangement: Tant Stéphanie Harper de La Vengeance aux deux visages qu' Emma Lambert d'Orages d'été que Colombe de La Clef des champs ou encore que Léna Chevalier dans Les Grandes Marées.
Ce sont des battantes, de véritables femmes d'aujourd'hui, hyper actives, armées contre les orages et les failles de la vie, solides comme les pierres de leur patrimoine. Elles portent en elle tous les mystères, le passé de l'Histoire. En cela, la saga de l'été est un genre à part.
Du plus basique au plus terrible, capable de tuer net un homme comme dans Zodiaque, le secret est le fédérateur de la saga. Sans lui, pas d'histoire, pas de dénouement. L'inceste comme dans Les Cœurs brûlés ou Un été de canicule, le fils ou la fille cachée dans Le Bleu de l'océan ou Le Miroir de l'eau ou inversement la mère perdue d'Orages d'été, avis de tempête, l'assassin de l'Été rouge : les secrets sont divers et souvent tiennent en haleine jusqu'au dernier épisode. Chacun réfléchit et s'invente sa propre suite grâce à lui engendrant le Qui-est-ce ?, le Pourquoi ?, le Comment ? A suivre au long des épisodes de la saga...
Pas de saga sans ces méchants classiques dignes d'un bon vieux Disney: à chaque saga, son méchant mémorable. Ils sont aussi idéalisés que le héros lui-même. La première méchante digne de ce nom apparaît en France dans Orages d'été: Marthe Thibaut, interprétée de main de maître par la talentueuse Patachou; une femme pitoyable, en fauteuil roulant, rongée par la haine, dont le seul objectif est d'anéantir Emma Lambert, « tsarine » à La Commanderie.
Pourquoi? Parce que 25 ans en arrière, « s'il n'y avait pas eu Emma, elle aurait été Mme Roussel ».
Autre méchante et qui plus est héroïne: Hélène Charrière dans Les Cœurs brûlés. sa haine envers Isa, la deuxième femme de son mari est telle que dans un excès de rage, elle finira aveugle et pour enfoncer le clou définitivemment, dans Les Yeux d'Hélène, la suite, elle apprendra, elle, qui s'est toujours prise pour la grande bourgeoise, qu'elle n'est en fait qu'une fille de prostituée du nom de Gilberte, adoptée par la grâce de parents apitoyés.
Vous l'aurez compris: comme dans un bon vieux Disney, les héros finissent toujours par triompher et les méchants par périr.


