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Augustin (Aurelius Augustinus), philosophe et théologien chrétien né à Thagaste le 13 novembre 354, mort le 28 août 430 à Hippone. Il est l'un des principaux pères de l'Église latine. Pour les catholiques, il est un des 33 Docteurs de l'Église.
| Sommaire |
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1.1 L'enfance et la jeunesse, de 354 à 383 |
Augustin a fait l'histoire de sa jeunesse dans ses Confessions.
Il est né à Thagaste, d'un père berbère païen du nom de Patricius, modeste notable
de la ville, et d'une mère chrétienne, Monique (son nom est punique),
qui transmettra sa foi a ses enfants et gagnera son mari au christianisme à la fin de sa vie.
Augustin avait un frère, Navigius, et une sœur qui sera préposée du monastère d'Hippone. La langue maternelle d'Augustin est le
latin ; il connaît à peine le grec : élève indocile, il détestait l'école et
craignait le châtiment de ses maîtres. Son père le destine au métier d'avocat, étape pour le haut-fonctionnariat ; Augustin
étudie d'abord à Maudaure, à partir de
l'âge de seize ans, où les études sont centrées sur l'éloquence et la mémoire,
ce qu'il blâmera dans ses confessions (livre I).
Son père, bien que de condition modeste, réunit l'argent nécessaire pour l'envoyer à Carthage poursuivre des études appropriées à son intelligence précoce. C'est peu avant son départ que se situe le fameux épisode du vol des poires.
Il est à Carthage à la fin de l'année 370. Son père meurt peu après, et Augustin devient le protégé de Romanianus ; il raconte le climat de sensualité exacerbée de la ville (« la chaudière des honteuses amours »), les plaisirs de l'amour et du théâtre :
Mais cet aspect de sa vie paraît légendaire, au vue de certains passages des Confessions :
Il rencontre cependant la femme à laquelle il restera fidèle pendant quatorze ans, et de laquelle il aura un fils, Adeodat,
dont il fait un interlocuteur dans le dialogue Du maître.
Augustin vise alors le professorat de rhétorique. Trois événements vont jouer un rôle important dans sa vie :
Il retourne à Thagaste en 375 et y enseigne la grammaire. À la suite d'une victoire dans un concours de poésie, il devint un familier du proconsul de Carthage, Vindicius, un médecin qui, s'appercevant de la passion d'Augustin pour l'astrologie, parvint à l'en détourner en lui faisant voir que le succès de quelques prédictions n'est que le fruit du hasard :
Il écrit sa première œuvre, une œuvre d'esthétique, De Bono et Apto, qui est perdue, en 380. Il rencontre l'évêque Faustus avant de quitter Carthage pour Rome. Cette rencontre est pour lui décevante car l'évêque se révèle n'être qu'un agréable imposteur.
Il décide de partir pour Rome.
A Rome, où il est professeur de rhétorique, Augustin est logé chez un
auditeur des manichéens et fréquente la secte. Mais il doutait sérieusement de cette doctrine, et inclinait à croire les académiciens pour qui la vérité n'est pas connaissable. Il tomba
malade au point de se croire mourant.
En 384, dégoûté par les attitudes de ses élèves, il gagne Milan, où il se retrouve au cœur d'une société fréquentée par les poètes et les philosophes particulièrement platoniciens. Sa mère finira par l'y rejoindre. Il y rencontre Ambroise de Milan, l'évêque de la ville dont il suivra les homélies avec assiduité. À cette époque, influencé par les discours d'Ambroise, il décide de rompre avec le manichéisme, « ne croyant pas devoir, en pleine crise de doute, me maintenir dans une secte au-dessus de laquelle je plaçais déjà un certain nombre de philosophes. » L'idée d'un combat entre le mal et le bien lui semblait absurde, car le principe mauvais du manichéisme ne pouvait en réalité rien contre un dieu immuable et éternel. Cependant, il restait la question de l'existence du mal permis par Dieu.
Il songa à se marier : un riche mariage pour lequel il devait encore attendre deux ans, la jeune fille n'ayant pas encore l'âge. Or, pour rendre possible le mariage, sa concubine avec laquelle il vivait depuis quinze ans, dont on ne saura jamais le nom (elle se serait retirée dans un couvent, ne voulant plus connaître d'homme), avait été renvoyée. Ne pouvant patienter, il pris une nouvelle maîtresse.
C'est vers ce moment qu'Augustin, tourmenté par le problème du mal, découvre Platon et les platoniciens. Il comprend que le mal n'est rien, mais la philosophie paienne demeure encore loin pour lui de la véritable voie, qui est la voie de Jésus.
Lorsqu'il se convertit au christianisme en août 386, - tardivement puisqu'il a presque 32 ans - en fait, il s'agit d'une religion qu'il connaît pratiquement depuis toujours. Il dit lui-même dans ses Confessions qu'il l'a têtée avec le lait de sa mère. En fait, la conversion d'Augustin, d'ailleurs très dramatique sur le plan psychologique, est moins une conversion au christianisme qu'une conversion au paulinisme. La découverte de Paul de Tarse qu'il ne connaissait pas, lui fait voir tout à fait différemment non seulement le christianisme qu'il connaissait, mais aussi le judaïsme. Il est remarquable qu'à une date aussi tardive que la moitié du IVe siècle, on puisse connaître le christianisme sans connaître Paul. À Carthage, deuxième ville de l'Empire, a donc cours un christianisme qui ne connaît pas Paul ?
Il veut se faire moine. La conversion d'Augustin va de pair avec le choix de la vie monastique. En devenant chrétien, il n'envisage pas de devenir évêque ni même prêtre.
Sa conversion est décrite au chapitre XII du livre VIII des Confessions :
« Ainsi, disais-je, et je pleurais dans l'extrême amertume de mon cœur broyé. Et voici que j'entends une voix venue de la maison voisine, celle d'un garçon ou d'une fille, je ne sais qui, sur un air de chanson disait et répétait à plusieurs reprises : « Prends, lis ! Prends, lis ! » Et aussitôt, changeant de visage, je me mis à réfléchir intensément, en me demandant si dans un jeu une telle ritournelle était habituellement en usage chez les enfants. Mais, il ne me revenait pas de l'avoir entendue quelque part. Et, refoulant l'assaut de mes larmes, je me levai, ne voyant d'autre interprétation à cet ordre divin que l'injonction d'ouvrir le livre et de lire le premier chapitre sur lequel je tomberais.
Je venais, en effet, d'apprendre qu'Antoine avait tiré de la lecture de l'Évangile pendant laquelle il était survenu par hasard un avertissement personnel comme si c'était pour lui qu'était dit ce qu'on lisait : «Va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Viens, suis-moi », et qu'un tel oracle l'avait aussitôt converti à Toi.
Je me hâtai donc de revenir à l'endroit où Alypius était assis ; car c'est là que j'avais posé le livre de l'Apôtre quand je m'étais levé. Je le saisis, je l'ouvris, et je lus en silence le premier chapitre sur lequel tombèrent mes yeux : « Point de ripailles ni de beuveries ; point de coucheries ni de débauches ; point de querelles ni de jalousies. Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ et ne vous faites pas les pourvoyeurs de la chair dans ses convoitises. »
Je ne voulus pas en lire davantage : je n'en avais plus besoin. Ce verset à peine achevé, à l'instant même se répandit dans mon cœur une lumière apaisante et toutes les ténèbres du doute se dissipèrent »
Après sa conversion, Augustin abandonne le métier de rhéteur, qui commençait d'ailleurs à altérer sa santé. L'un de ses amis mis à sa disposition une villa à Cassiacum près de Milan. Il partagea ce séjour avec sa mère, son fils Adéodat, son frère Navigius, et quelques-uns de ses amis. Ils discutaient philosophie, et c'est de ce séjour que datent le Contre les Académiciens, De l'ordre, le Traité de la vie bienheureuse, les Soliloques, et des lettres.
Dans le Contre les Académiciens, œuvre qui se compose de deux livres et qui met en scène les élèves d'Augustin défendant le pour et le contre, Augustin s'attache à réfuter les thèses de la Nouvelle Académie, école platonicienne dont le chef fut Archésilas. Pour ces philosophes, l'homme ne peut connaître la vérité et le sage est celui qui suspend son jugement. Augustin pose les questions de savoir si nous sommes obligés de connaître la vérité, et si la possiblité d'être heureux sans la connaître nous dispenserait de la chercher. Or, puisque la vie heureuse est «la vie conforme à ce qu'il y a de meilleur et de plus parfait dans l'homme » on ne saurait être heureux, comme le soutient Cicéron, dans un état de recherche qui n'aboutit pas. Dire que nous sommes impuissants à découvrir la vérité, c'est dire que les facultés qui nous rendent supérieures aux animaux sont inutiles. Augustin passe en revue les philosophies hellénistiques, puis expose la thèse de Platon à propos des deux mondes, l'un intelligible et vrai et qui se dérobe aux sens, l'autre qui n'est que vraisemblable et copie le premier. Or, c'est selon lui du monde divin que descend la lumière qui éclaire l'âme, et tout ce qui est bon imite les régions supérieures. Augustin indique que les Nouveaux Académiciens ont cachés cette vérité, pour la soustraire aux attaques de leurs adversaires, et ont feint de soutenir un scepticisme dogmatique. (Cette thèse d'histoire de la philosophie a été longtemps discuté, et il semble quelle soit finalement fausse, si l'on en croit Victor Brochard, dans Les Sceptiques grecs). Mais c'est en fin de compte Dieu qui nous permet, dans notre quête de la vérité, de comtempler les réalités célestes, car la raison humaine est trop faible ; la pensée d'Augustin est donc une synthèse de platonisme et de christianisme :
Augustin rédige également les deux livres du traité De l'ordre, où il aborde la question de l'ordre immuable de l'univers, dont la caractère harmonieux nous échappe si nous n'en contemplons pas l'ensemble ; ceux qui restent près de la multiplicité des choses ont l'esprit borné et ne voit partout que confusion et horrible hasard. Ainsi nous étonnons-nous du désordre qui semble violer l'ordre des choses, mais une chose absolument contre l'ordre est impossible, car tout a une raison de son accomplissement et rien ne peut exister en dehors de l'ordre, dans la mesure, où pour exister, une chose doit tendre vers l'unité. Notre raison est également une telle aspiration à l'unité et au repos de la vérité immuable. C'est pour Augustin un axiome que plus une chose à d'unité, plus elle est invincible : or, la permanence et l'unité de la raison témoigne de sa constance absolue par comparaison aux choses de ce monde, et montre en conséquence l'immortalité de l'âme ; la citation suivante l'illustre, et montre l'influence de la pensée d'Augustin sur Descartes :
Pourtant, malgré l'ordre et l'unité, le mal existe, et semble difficile à concilier avec l'ordre divin universel et la toute puissance de Dieu.
À partir du 13 novembre 386, jour de son anniversaire, Augustin commence avec ses amis une discussion sur la béatitude qui donnera lieu au traité de la Vie bienheureuse, où il explique que la béatitude ici-bas consiste dans la parfaite connaissance de Dieu : les hommes sont sur une mer et cherchent la vérité qu'ils rencontrent dans le port de la philosophie, s'ils ne se laissent entraîner par la vanité.
Enfin, le dernier ouvrage d'Augustin datant de cette époque sont les Soliloques, où Augustin discute avec lui-même :
Dans cette œuvre, la raison y est considérée comme l'œil de l'âme qui doit se purifier des choses sensibles par les vertus chrétiennes que sont la foi, la charité et l'espérance, pour s'élever aux vérités intelligibles ; ce platonisme est évidemment d'abord d'inspiration chrétienne, puisque le soleil platonicien est Dieu, dont la lumière permet la contemplation intellectuelle et morale :
Et on reconnaitra un célèbre philosophe dans la citation suivante :
Augustin fait donc résider la certitude dans l'évidence intime de notre pensée, qui se distingue du témoignage des sens, et il définit la vérité comme ce qui est, toute vérité ayant son existence éternelle et immuable en Dieu :
La certitude qu'atteint notre raison témoigne ainsi que cette dernière participe de l'éternité de la vérité, et que notre âme est immortelle. Cette argumentation sera reprise par Augustin quand il sera de retour à Milan, dans le Traité de l'immortalité de l'âme, et plus tard dans La Cité de Dieu, livre XI, 26, il dira :
Le séjour d'Augustin à Cassiacum avait duré du 23 août 386 jusqu'au 23 mars 387. Augustin revint ensuite à Milan et se prépara au baptême en lisant Isaïe sur les conseils d'Ambroise. C'est pendant ce temps qu'il écrivit le Traité sur l'immortalité de l'âme évoqué plus haut, et d'autres ouvrages qui furent perdus de son vivant à ce qu'il semble.
Il fut baptisé par Ambroise, évêque de Milan, dans la nuit du 24 au 25 avril 387 :
Augustin partit de Milan pour rentrer à Thagaste vers août ou septembre 387, avec sa mère, Adéodat et ses amis. Mais, peu après leur arrivée à Ostie, d'où ils devaient embarquer pour l'Afrique, Monique tomba malade et mourut. Augustin nous rapporte le dernier entretien qu'il eut avec sa mère :
Elle mourut après neuf jours de maladie à l'âge de 56 ans.
Après la mort de sa mère, Augustin décida de se rendra à Rome. On ignore les raisons de cette décision. Il y resta un an avant de revenir en Afrique pendant l'été 388.
Revenu en Afrique, après cinq années d'absence, il vécu en communauté non loin de Thagaste avec ses amis et ses disciples. Il s'engage alors dans la défense de l'Église, en rédigeant les Mœurs de l'Église catholique, les Mœurs des manichéens, où il compare le comportement des chrétiens et des manichéens, et De la Grandeur de l'âme, qu'il avait commencés de composer à Rome. Il se donne pour tâche de guérir d'abord par la raison les manichéens qui, selon les chrétiens, insultent les Ecritures. La raison nous permet de nous rendre meilleurs en suivant la vertu, qui, seule, nous porte vers une réalité hors de nous, qui est Dieu, le souverain bien. Mais la raison est impuissante à comprendre la nature des réalités divines, et elle a besoin de l'autorité de la parole de Dieu, de l'Ancien et du Nouveau Testaments que les manichéens rejettent sur de nombreux points :
La visite des monastères romains lui donne l'idée de transformer la maison familiale en monastère : le Jardin (en 391), à l'imitation du Jardin d'Épicure. C'est à cette époque que meurt son fils Adéodat, vers l'âge de 17 ans.
Il devient prêtre puis coadjuteur de Valère, évêque de la ville d'Hippone avant de lui succéder dans la province romaine d'Afrique. En 399, les temples païens sont fermés. À cette occasion, il rédige la Catéchèse des Débutants. En 395, il entame une querelle théologique avec Jérôme, traducteur de la Vulgate à partir de la Bible hébraïque. Il considérait que rien n'avait pu échapper aux Septante. Il n'en voyait donc pas l'utilité. Il est vrai qu'Augustin était piètre hélléniste et pas hébraïsant du tout ; en fait de Bible, il ne connaissait que la Vetus Africana, dont les spécialistes s'accordent à dire qu'elle n'est pas un modèle de fidélité. Il ne pouvait se rendre compte que les Septante n'avaient pas seulement traduit mais aussi complété et continué la Bible Hébraïque. Une autre querelle l'opposa à l'érudit de Bethléem concernant le commentaire de l'Épître aux Galates, sur le passage de la réprimande à Pierre attablé avec les Gentils. Il meurt lors du siège de Genséric chef des troupes Vandales en 430.
Les concepts fondamentaux de la réflexion de saint Augustin sont les suivants :
Il est l'auteur de la doctrine du Péché originel et de
l'exclusivisme, du mépris du
monde et de la plupart des doctrines culpabilisant l'exercice humain de la sexualité. D'aucuns lui attribuent aussi :
Augustin reste connu comme auteur de la fameuse boutade « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus » (Confessions).
Mais il cherche tout de même à défricher ce mystère. Il admet avec les philosophes que pour l'homme « Il y a trois
temps, le présent du passé, le présent du futur et le présent du présent », mais se refuse à considér que Dieu puisse
être, comme l'homme, prisonnier du temps, et en particulier impuissant à connaître l'avenir. Il estime que l'ensemble
des instants de l'univers doit être, pour ce dernier, « omnia simul » : tout est présent à la fois, simultané,
sans succession, éternel.
La question semble mal s'accommoder d'une toute-puissance à changer le futur. Ce problème ne recevra pas de proposition de solution avant Hugh Everett en 1957, et Augustin ne pouvait donc tenir compte du modèle de celui-ci.
voir article spécialisé Péché originel
Uta Ranke-Heinneman (op. cit. en bas de page) explique qu'il est très exagéré de lui attribuer 100% de la responsabilité en la matière. En effet, le christianisme du IVe siècle développe sa morale à partir du néo-platonisme et des conceptions médicales du stoïcisme. Celles-ci imposent le tabou menstruel qui fonctionne du IVe au XIXe siècle. Un développement plus étoffé sur ce sujet dans [Corps, sexe et genre ] [fr]. D'autre part, la médecine de Galien de Pergame 129-210 de l'ère commune imagine que l'émission de sperme affaiblit l'homme (au sens de vir) tandis que la femme béante serait d'un désir effréné et ne connaîtrait pas ce problème.
À l'opposé de nombreux Pères de l'Église qui avaient condamné la sexualité comme un mal en soi, une conséquence de la Chute ou une invention du diable, Augustin a reconnu que la sexualité devait nécessairement appartenir à l'Idéal originel de Dieu pour l'homme et la femme, mais qu'ils l'avaient détournée de sa fonction originelle. Pour Augustin, ce qui constitue le péché, ce n'est pas l'acte sexuel, mais la motivation charnelle et égoïste. Augustin identifie donc le fruit défendu à la concupiscence. Cette interprétation ne fait que déplacer le problème, car dans les effets, cela revient au même :
« Des milliers de jeunes gens et de jeunes filles dédaignent le mariage et vivent dans la chasteté sans que personne en soit surpris, alors que Platon, pour en avoir fait autant, dit-on, fut à ce point intimidé par les idées perverses de son temps qu'il sacrifia à la nature pour abolir ce passé (...) Dans les villes et les cités, enfin dans les bourgs, les villages, la campagne même et les domaines particuliers,on accepte et on désire ouvertement se détourner des biens terrestres vers le Dieu unique et véritable, à tel point que chaque jour, par le monde entier, d'une seule voix ou presque, le genre humain répond : « Les cœurs sont en haut, près du Seigneur. » (...) » Augustin, De vera religione, III. 3 et V
Pour Augustin, la fréquentation des femmes en vue du plaisir et de la paternité est un obstacle pour l'âme :
Si donc ce peuple n'a pas été détruit jusqu'à entière extinction, mais dispersé sur toute la surface de la terre, c'est pour nous être utile, en répandant les pages où les prophètes annoncent le bienfait que nous avons reçu, et qui sert à affermir la foi chez les infidèles. (...) Ils ne sont donc pas tués, en ce sens qu'ils n'ont pas oublié les Ecritures qu'on lisait et qu'on entendait lire chez eux. Si en effet ils oubliaient tout à fait les saintes Ecritures, qu'ils ne comprennent pas du reste, ils seraient mis à mort d'après le rite judaïque même; parce que, ne connaissant plus la loi ni les prophètes, ils nous deviendraient inutiles. Ils n'ont donc pas été exterminés, mais dispersés; afin que n’ayant pas la foi qui pourrait les sauver, ils nous fussent du moins utiles par leurs souvenirs. Nos ennemis par le cœur, ils sont par leurs livres, nos soutiens et nos témoins. (De la foi aux choses qu'on ne voit pas, §6).
Les attaques d'Augustin contre les Manichéens sont omniprésentes dans l'œuvre du « père de la grâce ». Plusieurs de ses traités y sont entièrement consacrés, et les allusions au manichéisme sont partout dans les autres traités, sermons, lettres, écrits divers ; naturellement aussi dans ses œuvres majeures que sont Les Confessions et La Cité de Dieu. Elles y sont aussi, bien évidemment, dans le De vera religione.
L'essentiel de l'œuvre d'Augustin combat les hérésies. L'Église triomphante a imposé ce terme pour désigner certaines tendances du christianisme naissant qui n'ont pas prévalu. Augustin combat Mani lui-même qui se disait disciple du Christ, même si le manichéisme est fort éloigné de l'Évangile. Il combat les donatistes et les pélagiens, dont la doctrine est chrétienne. D'ailleurs, ils se disent chrétiens, mais leurs adversaires les nomment donatistes ou pélagiens, ce sont leurs adversaires. Ils se disputent tous le nom de Chrétiens.
Augustin est partisan de la contrainte contre les hérétiques :
« La force de la coutume était une chaîne qu'ils n'auraient jamais rompue, s'ils n'avaient été frappés de la terreur des puissances séculières et si cette terreur salutaire n'avait appliqué leur esprit à la considération de la vérité. »
Voire de la persécution quand il est préfet militaire en charge de la répression des donatistes :
« La persécution exercée par les impies contre l'Église du Christ est injuste, tandis qu'il y a justice dans la persécution infligée aux impies par l'Église de Jésus-Christ.(...) L'Église persécute par amour ; les impies par cruauté.(...) Enfin l'Église persécute ses ennemis, et ne cesse point de les poursuivre qu'elle ne les ait atteints et défaits, c'est-à-dire, qu'elle ne leur ait fait mettre bas les armes du mensonge, et qu'elle ne les ait établis dans la vérité; eux au contraire nous rendent le mal pour le bien, et au lieu que ce n'est que pour leur procurer la vie éternelle que nous travaillons, ils cherchent à nous ôter la vie temporelle; ils ne respirent que meurtre et que carnage; et cela va même à un tel excès que quand ils ne peuvent assouvir leur fureur en ôtant la vie aux autres, ils se l'ôtent à eux-mêmes.» Augustin d'Hippone, Lettre 185 à Boniface,
Pour le XVIIème siècle, voir en particulier : Descartes, Malebranche, Leibniz.
Sur le plan de l'Histoire des idées en physique, et bien qu'il ne fût pas physicien, Saint Augustin reste connu pour son refus d'admettre la théorie des antipodes et pour l'avoir publiquement qualifiée de ridicule. Tous les peuples marins ont constaté depuis longtemps, bien entendu, la rotondité de la mer, et adapté leurs phares et les hunes de leurs navires en conséquence. Augustin refusait néanmoins d'y voir une preuve de la rotondité de la Terre (connue depuis Aristarque de Samos, dont il ne pouvait ignorer l'œuvre et qui avait même calculé une estimation de sa taille). Sans doute estimait-il cette courbure comme l'analogue à taille gigantesque d'une goutte d'eau ou de l'effet de ménisque d'un verre trop rempli : les Grecs, puisqu'ils n'avaient rien écrit sur la question, n'avaient tout simplement pas vu le phénomène, et tiraient de la convexité de la mer une conclusion délirante et fausse.
Cette opinion personnelle qu'il enseignait à qui voulait l'entendre, ne constituant pas un point de dogme, n'engageait toutefois pas sa responsabilité d'évêque, pas plus que cette dernière ne l'autorisait à exciper d'une autorité quelconque dans ce domaine. On se borna à signaler ce qu'il pensait du sujet.
Augustin dit Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone, auteur et théologien chrétien. Son influence sur la théologie de l'Église occidentale est primordiale.
Considéré comme un des Pères de l'Église, il a également toujours été compté parmi les Docteurs de l'Église.
Ils ne font pas un saint d'Augustin d'Hippone. Il est considéré comme un bienheureux, au même titre que Jérôme. Autrement dit, d'un point de vue orthodoxe, leurs vies furent en tous points exemplaires, mais leurs doctrines comportaient des erreurs.
Ils sont fêtés ensemble le 15 juin dans l'Église roumaine. Cette fête est secondaire car le 15 juin est le jour du saint prophète Amos dans l'ensemble des patriarcats orthodoxes. Il semble donc qu'elle n'ait lieu que localement, en Roumanie. Les Roumains ont tendance à orner les églises de fresques d'auteurs latins comme les Grecs de leurs philosophes paiens (Platon, Socrate, Héraclite, à cause de l'usage qu'ils firent du terme logos).
La notion d'humanisme n'ayant de signification que relative - à ce titre, elle n'est d'ailleurs pas exclusive du christianisme dans une quelconque de ses formes. On donnera donc le point de vue des hommes des Lumières
Il considère l'exclusivisme ou augustinisme.
« L'engagement où est l'Église romaine de respecter le système de saint Augustin la jette dans un embarras qui tient beaucoup du ridicule. Il est si manifeste à tout homme qui examine les choses sans préjugé et avec les lumières nécessaires, que la doctrine de saint Augustin et celle de Jansénius, évêque d'Ypres, sont une seule et même doctrine, qu'on ne peut voir sans indignation que la cour de Rome se soit vantée d'avoir condamnée Jansénius, et d'avoir néanmoins conservé à saint Augustin toute sa gloire. Ce sont deux choses tout-à-fait incompatibles. Bien plus, le concile de Trente, en condamnant la doctrine de Calvin sur le franc arbitre, a nécessairement condamné celle de saint Augustin, car il n'y a point de calviniste qui ait nié, ou qui ait pu nier le concours de la volonté humaine et la liberté de notre âme au sens que saint Augustin a donné aux mots de concours et de coopération et de liberté. Il n'y a point de calviniste qui ne reconnaisse le franc arbitre, et son usage dans la conversion, si l'on entend ce mot selon les idées de saint Ausutin. Ceux que le concile de Trente a condamnés ne rejettent le franc arbitre qu'en tant qu'il signifie la liberté d'indifférence. Les thomistes le rejettent aussi sous cette notion, et ne laissent pas de passer pour très-catholiques. Voici une autre scène de comédie. La prédétermination physique des thomistes, la nécessité de saint Augustin, celle des jansénistes, et les uns et les autres prétendent qu'on les calomnie, quand on les accuse d'enseigner la même doctrine que Calvin. S'il était permis à l'homme de juger des pensées de son prochain, on serait fort tenté de dire que les docteurs sont ici de grands comédiens, et qu'ils n'ignorent pas que le concile de Trente n'a condamné qu'une chimère, qui n'était jamais montée dans l'esprit des calvinistes, ou qu'il a condamné saint Augustin et la prédétermination physique; de sorte que, quand on se vante d'avoir la foi de saint Augustin et de n'avoir jamais varié dans la doctrine, on ne le fait que pour garder le decorum, et pour éviter la dissipation du système qu'un aveu de la vérité produit nécessairment. Il y a des gens pour qui c'est un grand bonheur que le peuple ne se soucie point de se faire rendre compte sur la doctrine, et qu'il n'en soit même pas capable. Il se mutinerait plus souvent contre les docteurs, que contre les maltotiers. "Si vous ne connaissez pas, leur dirait-on, que vous nous trompez, votre stupidité mérite qu'on vous envoie labourer la terre; et, si vous le connaissez, votre méchanceté mérite qu'on vous mette entre quatre murailles, au pain et à l'eau. Mais on n'a rien à craindre : les peuples ne demandent qu'à être menés selon le train accoutumé; et, s'ils en demandaient davantage, ils ne seraient pas capable d'entrer en discussion : leurs affaires ne leur ont pas permis d'acquérir une si grande capacité. » Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, (1698), article « Augustin »
« Pour moi, que le ciel a préservé de l'Esprit de l'Église, qui ne connais point de plus grand bien que la liberté de penser, de plus douce occupation que la recherche de la Vérité, ni de plus grand plaisir quer celui de la trouver et de la dire, pour moi, dis-je, j'ai étudié l'histoire de l'Église avec le moins de préjugé qu'il m'a été possible. Et comme l'histoire des sectes en fait une partie très considérable, dès que j'eus ôté le bandeau du préjugé, je m'aperçus bientôt qu'il n'y en avait point de plus falsifiée et je regardai ces fausses histoires d'un œil bien différent de celui dont on a coutume de les regarder. Comme j'aime beaucoup, par la grâce de Dieu, la religion de notre Sauveur et que je donne toute mon attention à la confirmer, les extravagances, les impudicités, les abominations que l'on a attribué à quantité de sociétés qui invoquaient le nom de Jésus-Christ, me parurent autant d'outrages que l'on faisait au christianisme.Je ne pus lire sans indignation ces histoires évidemment fabuleuses des anciennes sectes, que l'on charge à l'envie d'erreurs monstrueuses et de cérémonies infâmes. Tout cela est l'ouvrage d'un sèle indiscret, d'une impudente crédulité, très souvent de la précipitation et du mal entendu. (...) Commençons par une réflexion commun e mais malheureusement trop véritable. De tous temps, les sectes rivales se sont mutuellement accusées de mystères profanes ou ridicules. Les païens en ont accusé les Juifs ; les Juifs en accusèrent les Chrétiens et publièrent partout que les incestes d'Œdipe et les festins de Thyeste étaient leurs cérémonies sacrées. Les Chrétiens rejetèrent ces crimes sur les Gnostiques. Nous les connaissons par Plotin qui lels a combattus. Ce philosophe sévère et régulier ne leur reproche aucune de ces crimes. Il les taxe seulement d'orgueil et remarque que leur maxime générale était qu'il fallait regarder à Dieu et à l'imiter (...)
Quoi qu'il en soit, c'était l'ancien et constant usage de toutes les sectes de se calomnier mutuellement ; les Grecs le font à l'égard des Latins, les Latins à l'égard des Grecs et les Grecs et les Latins à l'égard des communautés orientales. On sait ce que l'on a publié contre les Vaudois et les Albigeois et au commencement du XVIème siècle contre les Luthériens et les Réformés. si l'Église romaine était venue à bout de les extirper dès leur naissance, ils passeraient aujourd'hui pour les plus infâmes hérétiques, d'où je conclus qu'il ne faut pas ajouter foi légèrement à ce que quelques-uns des Pères nous disent des Mystères des Manichéens. L'accusation la plus commune et la plus ancienne est qu'ils usaient de magie. On la trouve dans les Actes d'Archelaüs. La raison l'a fait tomber, je vais faire tomber celle de l'obscénité, encore plus incroyable que l'autre.
Je ne répèterai pas ce que Cyrille et saint Augustin nous disent de l'Eucharistie manichéenne... » (Isaac de Beausobre, Histoire de Manichée et du Manichéisme, Amsterdam, 1739)
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