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Sarde


Le sarde est une langue appartenant à la branche romane de la famille des langues indo-européennes. Il est parlé en Sardaigne et chez nombre de travailleurs émigrés sardes membres de la diaspora sarde répartie dans tous les continents. C'est la langue romane qui est restée la plus proche du latin. En effet, l'isolement insulaire lui a évité un grand nombre de contacts avec d'autres langues, ce qui aurait été facteur d'évolution linguistique. Il est dans la même situation que l'islandais par rapport aux langues scandinaves. Le sarde est donc resté assez archaïque et conservateur.

On compte environ 1 200 000 locuteurs de cette langue actuellement, uniquement en Sardaigne et parmi les émigrés d'origine sarde en Italie et dans le monde. La plupart sont bilingues sarde-italien.


Sommaire

Phonétique, morphologie et syntaxe

Phonétique

Les ĭ et les ŭ (brefs) du latin ont conservé leurs timbres originels (/i/ et /u/). Exemple : siccus devient sikku (et non comme en français, sec ou en italien, secco).

Une autre caratéristique est l'absence de diphtongaison romane. Exemple : potet devient podet (prononcé parfois poðet), et non comme en it. può, en esp. puede ou en fr. peut où apparait une diphtongue.

Très archaïsant est également le maintien de /k/ et de /g/ devant /e/ et /i/. Exemple : kentu pour cent ou encore cento en italien.

Un caractère original du sarde est l'évolution de /-ll-/ en /ðð/. C'est le son cacuminal, souvent transcrit avec un d pointé. Exemple beḍḍu pour bello (beau, en italien). Ce trait serait peut-être dû au substrat de la langue paléo-sarde, mal connue, et parfois désignée comme langue nouragique. En tout cas, ce son existait avant les conquêtes phéniciennes ou romaines.

Morphologie et syntaxe

  1. L'article sarde est original car il se construit à partir de ipse (alors que dans les autres langues romanes, l'origine est en général ille), d'où su, sa au singulier et sos, sas au pluriel.
  2. La marque du pluriel est -s (comme en français). Exemple: sardu, sardos (ce le cas dans toute la Romania occidentale - Espagne, Portugal)
  3. Le futur est construit avec la forme latine habeo ad. Exemple: app'a istàre (je resterai).
  4. L'interdiction se construit avec une négation (non) suivie du subjonctif comme en espagnol.

Histoire et influences linguistiques

Il semblerait qu'il y ait eu en Sardaigne un substrat linguistique très lointain (antérieur aux ères phéniciennes et romaines) : la langue nouragique (paléo-sarde), caractérisée notamment par le son cacuminal, phonème particulier présent dans d'autres langues méridionales italiennes (et dans certaines formes du corse) mais aussi en hindi ou en suédois.

Le latin a néanmoins été la langue mère du sarde. L'examen des faits linguistiques tend à prouver que le latin de Sardaigne n'a pas connu certaines des évolutions qui ont en revanche affecté toute la Romania continentale, lesquelles se seraient produites au Ier siècle. Le relâchement des liens avec l'Italie péninsulaire (faute de liens maritimes fréquents ?) se poursuit jusqu'à l'arrivée des Vandales. La Corse et la Sardaigne avaient, à l'origine, le même parler que l'on considère comme un témoin résiduel de la Romania africaine. Mais ce parler s'est progressivement toscanisé en Corse et dans le nord de la Sardaigne, alors que le centre et le sud de la Sardaigne conservaient leurs parlers archaïques.

La Sardaigne, proche de l'Italie, a été en effet conquise par Rome dès 238 av. J.-C. et constitue avec la Corse un des greniers à blé de Rome. Mais deux ou trois siècles après sa conquête, elle semble avoir été un peu oubliée ou délaissée par l'Empire. Au Ve siècle, les Vandales, peuple nordique qui a migré pendant les grands mouvements de population de cette époque, s'installent en Sardaigne. Ils seront suivis par les Arabes. Néanmoins, ces peuples ont très peu influencé la langue.

La Sardaigne appartiendra pendant un temps à la ville-État de Pise d'où la forte toscanisation, surtout dans le nord de l'île. Puis, de 1326 à 1713, elle est sous domination espagnole (catalane, puis castillane), ce qui a fortement influencé la langue, spécialement dans le domaine de l'administration, le sarde étant interdit. L'italien (toscan) devient la langue officielle du royaume en 1764.

En 1861, le royaume de Sardaigne (capitale : Turin) est naturellement englobé dans le nouveau royaume d'Italie. En 1948, l'île acquiert une autonomie relative (elle reste une région d'Italie) mais toutefois importante (région à statut spécial), avec un parlement régional et un conseil régional, avec à sa tête un président élu.

Dialectes

Le sarde possède deux grandes variétés dialectales.

Dans leurs formes écrites majeures, on distingue un logudorese illustre et un campidanese illustre qui se disputent la suprématie littéraire. Un effort d'unification, notamment par une norme écrite unifiée, compréhensible et utilisable par tous les locuteurs.

S'ajoute à cela toute une bande dans la partie nord de l'île : le sassarese dans la région de Sassari, en face des bouches de Bonifacio, et le gallurais, tous deux très proches du corse. Certains linguistes les rattachent plutôt au toscan qu'aux dialectes sardes, étant donné leur toscanisation du XIe au XIVe siècle (comme pour le corse) ; d'autres les mettent à pied d'égalité avec les deux variantes évoquées ci-dessus.

À noter aussi la présence du catalan, parlé uniquement dans la ville d'Alghero (il s'agit d'un catalan archaïque) et les îles de San Pietro et de Sant'Antioco (où persiste un dialecte ligure tabarquin, proche du génois).

Aspects socio-linguistiques

Le premier a avoir évoqué le sarde et son caractère archaïsant est Dante qui écrivit notamment dans De vulgari eloquentia que les Sardes étaient les seuls Italiens à ne pas possèder leur propre [langue] vulgaire, parce qu'ils imitent le latin comme les singes imitent les hommes.

Pourtant la langue sarde a une tradition écrite vivace même si elle ne s'est pas forgée un standard durable. Pendant la domination aragonaise, le catalan était la langue officielle, bientôt supplanté par le castillan, puis par l'italien (en 1764) dans le cadre du royaume savoyard. La présence d'îlots allophones (comme en Corse), notamment à Alghero (depuis le XIVe siècle) et dans les îles de San Pietro et de Sant'Antioco (depuis le XVIIIe siècle) complique la carte linguistique.

Le premier texte littéraire semble être celui d'Antonio Cano sur des martyrs locaux, au XVe siècle, dans une langue assez normalisée (mais qui se délitera un siècle après, en raison sans doute de la concurrence du catalan et du castillan) :

Tando su rey barbaru su cane renegadu
de custa resposta multu restayt iradu
& issu martiriu fetit apparigiare
itu su quale fesit fortemente ligare
sos sanctos martires cum bonas catenas
qui li segaant sos ossos cum sas veinas
& totu sas carnes cum petenes de linu.

Le sarde, comme les autres dialectes non-sardes de Sassari ou de la Gallura, ou comme le catalan ou le génois tabarquin, est désormais protégé par la loi régionale n° 26 du 15 octobre 1997 qui lui reconnait le statut de langue régionale protégée et qui est entrée en vigueur le 1er janvier 1998 (intitulée : Promozione e valorizzazione della cultura e della lingua della Sardegna).

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