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Sémantique générale


La sémantique générale est une école de pensée fondée vers 1933 par Alfred Korzybski à la suite de ses observations sur les erreurs épistémologiques.

Plusieurs des erreurs commises dans les raisonnements ont pour cause le processus suivant :

  1. Regroupement des phénomènes en abstractions
  2. Raisonnement sur ces abstractions comme sur des objets particuliers du monde sensible
  3. Oubli de leur caractère d'abstraction

Or une abstraction ne se fait qu'en mettant, par essence, de côté une partie des propriétés des phénomènes et en ne conservant que les autres. À partir d'un certain nombre de niveaux d'abstraction, les définitions ne sont plus connues avec précision, de même les éléments négligés ne sont plus considérés.

Sommaire

Le danger du verbe « être »

Ce processus a souvent lieu en relation avec l'usage du verbe être. Inoffensif lorsqu'il est employé comme auxiliaire, ou pour relier un substantif à un adjectif, le verbe « être » employé entre deux substantifs réalise une identification entre deux abstractions différentes : quand deux mots distincts existent, ils ont pratiquement toujours des connotations légèrement différentes, qui risquent d'être ignorées à la suite d'une identification. Ce phénomène peut conduire à des erreurs de raisonnement.

Voici quelques exemples :

« L'homme est un animal »

Cette phrase peut être arbitrairement considérée comme vraie ou fausse selon ce dont on fait abstraction. Possédant des systèmes nerveux, digestif, respiratoire, immunitaire, l'homme a des caractéristiques de tout animal à sang chaud. En tant qu'utilisateur d'un langage articulé, de l'écriture, d'universités, etc. il possède aussi des caractéristiques qu'on ne trouve chez aucun animal à part lui-même si on décide de l'inclure dans cette catégorie. L'identification n'a pas de sens aussi longtemps qu'on n'a pas précisé de quoi l'on fait abstraction, en d'autres termes tant que les critères caractérisant un animal ne sont pas définis.

Une erreur abstraction peut être comparée à la confusion entre un objet tridimensionnel et sa projection sur un plan. Certaines informations essentielles sont conservées par la projection, d'autres négligées. Les ignorer peut avoir des conséquences fâcheuses. Alfred Korzybski dans sa sémantique générale propose de garder en mémoire cette différence et l'illustre par cette phrase : « La carte est distincte du territoire ». Le négliger peut amener à des erreurs de raisonnement dans deux cas :

« La lumière est une onde ». « La lumière est une particule »

Cette question a fait couler beaucoup d'encre jusqu'à ce que Louis de Broglie établisse sa mécanique ondulatoire. En fait, la lumière se comporte comme une onde si on cherche à l'observer avec un mécanisme de détection d'ondes et comme une particule si nous cherchons à l'observer avec un mécanisme de détection de particules. Ces notions d'onde et de particule sont issues dans notre esprit d'abstraction de phénomènes macroscopiques, de simples métaphores (surface des flots, lancement d'un caillou...) ayant pour objet d'aider la pensée, et n'ont pas de raison particulière de posséder une correspondance exacte dans le monde nanoscopique.

« Le noir est/n'est pas une couleur ». « Le blanc est/n'est pas une couleur »

Ces conflits qui opposent depuis des décennies peintres, photographes, spécialistes de la vision, imprimeurs et philosophes ne constituent pas des dissensions sémantiques, mais uniquement terminologiques. Il n'existe pas quelque idée immanente de blanc ou de noir que nous aurions pour tâche de découvrir. Au contraire, nous avons inventé les termes de blanc et de noir pour nous aider dans nos tâches quotidiennes, et c'est à chacun de nous et à personne d'autre qu'incombe le soin de placer les définitions qui lui conviennent derrière le mot. Chaque acception se défendra sans doute dans son contexte particulier.

Pour la spécialiste d'écrans RGB, traiter à part le cas spécifique de la teinte de coordonnées (0,0,0) par rapport aux 16 777 215 autres possibles relève d'un exercice futile, stérile et pour tout dire dénué d'intérêt. L'imprimeur, en revanche, saura très bien qu'il doit dans ce cas précis utiliser une encre noire à bon marché plutôt qu'une superposition de trois encres de couleurs onéreuses et qui lui donnera pour plus cher un noir de moins bonne qualité.

« Je ne mens pas, car je ne suis pas un menteur »

(à rédiger)

« La culture (la santé, le monde...) n'est pas une marchandise »

(à rédiger)

Synthèse

Il ne s'agit pas ici de simples jeux de salon : d'après Korzybski, la confusion des niveaux d'abstraction conduit facilement à des incompréhensions graves, voire à des massacres : il cite l'exemple des conflits entre chrétiens sur la question de savoir si Jésus était ou non le « Fils de Dieu » (quel est le test objectif permettant de le déterminer ? Nous savons définir un « fils » comme un individu de sexe masculin devant la moitié de son ADN à son père; hors de cela, le mot ne peut avoir qu'un sens allégorique, et il faut en ce cas préciser lequel), ou si le pain et le vin de la consécration étaient ou non le sang du Christ.

La philosophie médiévale, inspirée d'Aristote, selon laquelle un objet possédait une essence auxquelles des propriétés étaient seulement censées « inhérer » (on disait aussi : une substance et des accidents), a beaucoup contribué à entretenir ce genre de malentendus. Par la suite, avec Jean-Paul Sartre on admettra au contraire que seuls ont une essence les objets ayant fait l'objet d'une conception. Quant aux autres, une fois qu'on a fait la liste de leurs propriétés, on a dit tout ce qu'il y avait à dire sur eux (voir Bertrand Russell).

La théorie et le monde réel

Les théories de Korzybski ont été popularisées par Alfred E. Van Vogt dans son cycle de science-fiction nommé le non-A, dont la traduction française a été assurée par Boris Vian. Elles ont malheureusement servi aussi parfois à appâter de simples naïfs lorsqu'elles étaient enseignées par certains formateurs peu scrupuleux.

On peut aussi reprocher à Alfred Korzybski d'avoir cédé parfois lui-même à une approche un peu mystique : de même que les succès de la Relativité venaient de son caractère non-newtonien, et de la géométrie non-euclidienne de l'espace de Minkowski, il vantait la sémantique générale comme une logique non-aristotélicienne. Sans être totalement fausse, cette présentation des choses a surtout popularisé la théorie auprès d'exaltés.

Dans son livre Science and sanity, Korzybski s'inquiète du danger d'un monde où il devient possible par les médias de manipuler les esprits en leur inculquant des visions coupées du monde réel (voir Philip K. Dick). En URSS, Italie et Allemagne, les événements sont alors en train de lui donner tristement raison : l'ouvrage paraît en 1933 !

Remarques

Articles connexes



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