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Sept saints fondateurs

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Les sept saints fondateurs de la Bretagne

Les sept saints fondateurs de la Bretagne auraient vécu au VIe siècle. Ils sont, pour la plupart, issus d'une immigration britannique qui eut principalement pour cause l'invasion barbare des Angles et des Saxons sur l'île de Bretagne, appelée depuis Grande-Bretagne.

Fuyant les massacres perpétrés par des ennemis supérieurs en nombre, les Celtes de Bretagne insulaire affluèrent d'abord vers les confins de leur grande île (Cornouailles anglaise, Pays de Galles, Écosse), puis nombre d'entre eux passèrent la Mer de Bretagne (c'est ainsi qu'ils appelaient la Manche) pour venir se réfugier sur le continent,dans la presqu'île armoricaine, par un réflexe naturel, puisque la Gaule, elle-même celtique et chrétienne, était une terre sœur naturellement portée à soutenir la détresse de ses frères bretons christianisés face aux barbares germaniques. Ce mouvement d'immigration fut facilité, voire encouragé par le relatif dépeuplement de l'Armorique à cette époque, et fit ainsi rapidement des immigrants la composante majoritaire du peuple armoricain, l'Armorique elle-même devenant ainsi la nouvelle terre des bretons:

La terre des bretons étant à l'origine l'île de Bretagne, aujourd'hui appelée Grande-Bretagne, il se produisit dans la suite un glissement sémantique dans la langue continentale, qui aboutit au report de ce nom de Bretagne sur la Gaule armoricaine, puisqu'elle était peuplée de Bretons : Pour éviter la confusion engendrée par ce transfert, on se mit à parler de Bretagne Insulaire, de Petite Bretagne, de Grande Bretagne, de Bretagne Armorique, pour finalement fixer la distinction des deux terres en Bretagne pour la partie armoricaine de la nation bretonne et Grande-Bretagne pour sa partie insulaire. Ajoutons au passage qu'en anglais moderne, le terme Britain s'emploie aussi aisément que Great Britain pour désigner l'île britannique, pour la simple raison que la Bretagne armoricaine (que les Anglais appelaient souvent « Less Britain » - littéralement : Moindre Bretagne) a vu son nom anglais se modifier en Brittany (qui signifie littéralement Bretagnette, le suffixe « -y » étant en anglais l'équivalent du français « -et »), mettant ainsi fin à la confusion du terme Britain.

Dans la suite de cet article, nous adopterons finalement l'usage courant de Bretagne et Grande-Bretagne pour éviter toute confusion.

Cette forte immigration des Bretons en Armorique s'accompagna d'un mouvement de civilisation, car la Grande-Bretagne était déjà christianisée tandis que la Bretagne s'était dépeuplée suite à de nombreuses famines et d'incessantes querelles intestines qui en avaient coupé la plus grande partie du reste de la Gaule et en avaient enfoncé de vastes contrées dans une sorte de barbarie : Ainsi, les nouveaux arrivants venaient non seulement défricher d'immenses terres abandonnées, mais ils venaient aussi rapporter la sagesse perdue : C'est donc à une véritable refondation qu'ils procédèrent, sous l'impulsion des Sept Saints, qui eurent pour rôle de guider les peuplades d'Armorique sur un nouveau chemin de paix et de prospérité - quoique ces dernières soient toujours à reconquérir, violence et injustice menaçant en tout temps la civilisation, comme la suite des siècles l'a montré en Bretagne même (ainsi en ces temps de famine au douzième siècle, où les hommes déterraient dans les cimetières les cadavres fraîchement enterrés pour s'en nourrir, et allèrent jusqu'à dévorer leurs propres enfants).

C'est donc au VIe siècle de notre ère qu'eut lieu la fondation du pays de Bretagne, qui fut menée principalement par ces mystiques chrétiens dont le prestige eut pour effet d'apaiser les seigneurs de guerre et d'attirer à eux les foules, qu'ils organisaient en agriculteurs et en bâtisseurs : Ils fondaient ainsi de nouvelles cités retrouvant des règles de vie chrétiennes et, partant, une certaine prospérité: C'est de ces bienfaits indiscutables que vient la permanente reconnaissance des bretons pour leurs saints fondateurs, dont la venue fut rapidement ressentie comme une libération et une gloire pour cette terre qui avait sombré dans la barbarie.

Parvenus au nombre de sept évêques, ils se réunirent en synode à Dol afin d'arrêter l'administration de la Bretagne selon ce nombre de diocèses (Rennes et Nantes n'étant pas encore rattachées à la terre des Bretons) et se placèrent sous l'autorité de Samson, évêque de Dol, qui fut choisi pour primat de Bretagne, choix que les ducs ratifièrent par la suite et soutinrent avec difficulté, les rois de France usant de toute leur influence pour empêcher les papes successifs d'accorder aux Bretons le métropolitain qu'ils leur demandaient, pour les garder dans l'obédience de l'archevêque de Tours, ce que les ducs refusèrent jusqu'au XIIIe siècle.

L'histoire des Sept Saints est donc celle du passage de la Gaule Armorique à la Bretagne moderne. Dans ce mouvement de sortie d'un chaos dont seuls les pays de Rennes et Nantes avaient été épargnés, étant restés en liaison avec la civilisation latine, et qui ne furent adjoints au patrimoine breton que sous Nominoë (d.851), le reste de la Bretagne s'organisa, sous l'impulsion de l'immigration des Bretons insulaires, en sept diocèses, chacun des sept fondé par un clerc qui fut ensuite proclamé saint par le peuple: Les 9 diocèses ainsi constitués (en ajoutant donc Rennes et Nantes aux fondations des Sept Saints) ont perduré sans changement jusqu'à la création des départements par la Révolution Française, qui a ramené leur nombre à 5.

Ce serait passer à côté de la symbolique des sept saints fondateurs que de ne pas s'arrêter au fait qu'ils sont sept : Ce nombre enclenche, bien entendu, un écho mystique dans l'imaginaire chrétien, puisqu'il ne peut manquer de rappeler les sept branches de la menorah, témoin visible de la présence divine, mais il rappelle plus encore sa présence anaphorique dans l'Apocalypse : Les Sept anges qui sont devant Dieu (VIII:2), que l'on assimile généralement aux archanges, le livre roulé scellé de sept sceaux (V:1), les sept trompettes(VII:2) annonçant les sept malheurs puis la voix paradoxalement mystérieuse des sept tonnerres (X:3), au message demeuré caché, viennent ensuite sept anges portant sept fléaux (XV:1)... sans oublier, bien sûr et surtout, les Sept Églises (I:4) auxquelles est envoyé le petit livre sacré, et qui représentent l'ensemble des communautés chrétiennes, ensemble symbolisé par la figure de la Grande Ourse : Sept étoiles reliées selon un lien immuable, formant un chariot qui chaque nuit parcourt le ciel autour de l'étoile polaire. Ainsi, la Bretagne, à l'image de l'Église de saint Jean, comporte deux métropoles, Rennes et Nantes, tout comme la chrétienté de Jean comptait deux métropoles, Rome et Jérusalem, ainsi que sept Églises mystiques ayant chacune à sa tête un ange, ici en l'occurrence un saint, qui en fut toujours le premier évêque : La Bretagne représente alors un microcosme à l'image de la chrétienté apostolique, ce qui est une originalité considérable parmi les nations d'Europe.

C'est sans doute la puissance de cette mystique apocalyptique qui fit grandir la renommée des Sept Saints, et qui finit logiquement par aboutir à la création du Tro-Breiz, ce pèlerinage que de nombreux croyants effectuaient jadis à leur mémoire, car les récits populaires étaient émaillés d'innombrables miracles, avérés ou nons, produits autour de leurs tombeaux. Cette mémoire est restée si vivante qu'aujourd'hui encore, après plus de deux siècles de révolution, les Bretons parlent toujours du Trégor, du Léon, de Cornouailles, voire du Clos-Poulet (ce curieux « Poulet » venant d'une déformation de « Plou-Alet » signifiant « paroisse d'Alet », c'est-à-dire de Saint-Servan, où saint Malo fonda son évêché).

Ces sept villes épiscopales sont : Saint-Malo (fondée par saint Malo ou Maclou), Dol-de-Bretagne (saint Samson), Saint-Brieuc (saint Brieuc), Tréguier (saint Tugdual), Saint-Pol-de-Léon (saint Paul-Aurélien), Quimper (saint Corentin) et Vannes (saint Paterne). L'histoire de chacun des sept saints est édifiante, et celui qui recherche l'âme bretonne ne manquera pas de s'y arrêter.



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