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Solfège et tonalité


Dans la musique occidentale, le mot tonalité peut revêtir deux sens distincts, quoique intimement liés.

Employé de manière exclusive dans la musique occidentale pendant la période des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, le Système Tonal est une branche de l'intonation. Il n'est pas né ex nihilo : il est au contraire le résultat d'une lente évolution qui s'est opérée sur quelques six siècles. Par ailleurs, quoique abandonné par de nombreux compositeurs, le Système Tonal est encore largement utilisé au XXIe siècle.

Né à la fin du XVIe siècle, le Système Tonal est l'héritier du Système Modal dont il est à la fois un appauvrissement (un seul mode subsiste : le mode majeur, le mode mineur n'en étant qu'un avatar), et un enrichissement (sélection de certaines trouvailles : principe de tension/détente, enchaînement par quinte descendante, etc.). Il convient de noter qu'au cours du XVIe siècle, les deux systèmes ont plus ou moins coexisté.


Sommaire

Quelques définitions préalables


Échelle

Une échelle est un ensemble de hauteurs ou fréquences (habituellement appelées degrés) fixées par un système musical donné. Une échelle est principalement caractérisée par les intervalles conjoints qui la composent (et accessoirement, par la dénomination de ses divers degrés), et ce, indépendamment de toute idée de tonalité et de tonique.


Tonalité

En conséquence, tout note d'une tonalité donnée, est d'abord déterminée par l'intervalle qui sépare celle-ci de sa tonique.
Le mot ton peut être employé comme synonyme de tonalité, mais il paraît plus prudent de ne pas l'employer dans ce sens pour éviter de le confondre avec l'intervalle de même nom.


Tonique

Dans la musique tonale, la tonique est le degré fondamental d'une tonalité donnée. De même que les satellites dépendent de l'astre autour duquel ils tournent, tous les autres degrés d'une tonalité dépendent de la tonique, se définissent par rapport à elle, sont comme générés par elle.


Mode

Dans la musique tonale, un mode se définit par « l'étendue précise de l'intervalle qui sépare chaque degré d'une tonalité donnée, de sa tonique ». D'une manière plus pratique (bien que correspondant moins à la réalité musicale), le mode concerne la répartition des intervalles conjoints depuis la tonique.

Attention ! Le mot mode, n'a pas toujours eu le sens que nous lui donnons de nos jours. Pendant l'Antiquité et le Moyen Âge en effet, il signifiait plutôt procédé d'écriture musicale ou encore, mélodie type.


Mode de do Ton Ton 1/2 Ton Ton Ton 1/2
Mode de ré Ton 1/2 Ton Ton Ton 1/2 Ton
Mode de mi 1/2 Ton Ton Ton 1/2 Ton Ton
Mode de fa Ton Ton Ton 1/2 Ton Ton 1/2
Mode de sol Ton Ton 1/2 Ton Ton 1/2 Ton
Mode de la Ton 1/2 Ton Ton 1/2 Ton Ton
Mode de si 1/2 Ton Ton 1/2 Ton Ton Ton


Depuis le XIIIe siècle, les interprètes prennent l'habitude de corriger la hauteur de certaines notes par un dièse ou un bémol (non noté le plus souvent), ceci, afin d'adoucir un intervalle mélodique ou harmonique, ou, plus tard, de transformer une sous-tonique en sensible. Cette tradition, appelée Musica ficta, a fini par entraîner au XVIe siècle une uniformisation des modes anciens (les échelles musicales utilisées pendant le Moyen Âge). Dès cette époque, en effet, tous les modes finissent plus ou moins par se ressembler, et désormais, le qualificatif de la tierce située entre les Ier et IIIe degrés suffit à indiquer l'un des deux seuls modes possibles : s'il s'agit d'une tierce majeure, le mode est dit majeur, s'il s'agit au contraire d'une tierce mineure, le mode est dit mineur.


Gamme

Dans la musique tonale, une gamme est « la succession ordonnée des différents degrés d'une tonalité », degrés associés à un mode donné, et généralement présentés de manière ascendante (sauf indication contraire) depuis la tonique, jusqu'à sa première répétition, c'est-à-dire, jusqu'à l'octave de cette tonique.

Par exemple, la tonique do correspond à la tonalité et à la gamme de do ; la gamme de fa dièse correspond à la tonalité de fa dièse : tous deux ont pour tonique, fa dièse ; la tonalité de si bémol correspond à la gamme de si bémol : tous deux ont pour tonique, si bémol, etc.
Une gamme est habituellement heptatonique (c'est-à-dire, composée de sept degrés). Mais on trouve parfois des tonalités comprenant un nombre supérieur ou inférieur de degrés. Au Moyen Âge, des tonalités hexatoniques (six degrés) et pentatoniques (cinq degrés) ont souvent été utilisées : ces gammes sont qualifiées de gammes défectives par référence à la gamme heptatonique. Par ailleurs, d'autres degrés peuvent être utilisés à l'occasion : généralement les notes intermédiaires, on les appelle degrés secondaires ; ils remplissent le plus souvent une fonction d'ornements mélodiques.


Degrés du Système Tonal

Dans la musique tonale, les différents degrés d'une tonalité (d'une gamme, d'un mode...) sont fréquemment représentés par des chiffres romains :

Remarques :

1. Les noms des degrés en minuscules sont peu employés.
2. Exceptionnellement, le VIIe degré peut prendre le nom de sous-tonique, uniquement lorsque celui-ci est situé « un ton au-dessous de la tonique ». La sous-tonique, de par sa distance par rapport à la tonique (un ton) a un caractère stable ; elle est caractéristique du Système Modal. La sensible au contraire, à cause de la proximité de la tonique (un demi-ton diatonique) a un caractère instable puisqu'elle est mélodiquement attirée par la tonique ; elle est caractéristique du Système Tonal. La sensible est employée presque systématiquement depuis le XVe siècle au détriment de la sous-tonique (qui n'apparaîtra qu'à la faveur de l'utilisation passagère de la gamme mineure mélodique descendante). La sensible ne sera cependant notée (au moyen d'une altération accidentelle) qu'à partir du XVIIe siècle.
3. La dominante est le degré le plus important (après la tonique) d'une tonalité. Elle est située une quinte juste au-dessus de la tonique (soit, d'après la règle des renversements, une quarte juste au-dessous), et occupe donc le cinquième degré. Tonique et dominante sont en quelque sorte les deux pôles de la tonalité, dont la force d'opposition/attraction est la « pierre angulaire de l'harmonie tonale ».
4. Un autre degré très important est le IVe (la sous-dominante) qui est un peu le symétrique de la dominante par rapport à la tonique : en effet, la dominante est située une quinte juste au-dessus de la tonique, et la sous-dominante, une quinte juste au-dessous. Tonique, dominante et sous-dominante sont les degrés les plus importants de la tonalité : on les appelle d'ailleurs, les bons degrés, ou encore, les fonctions tonales.
5. Lorsqu'une gamme heptatonique (de sept degrés) est dérivée de l'échelle diatonique, que sont définies une tonique, et, une quinte juste au-dessus, une dominante, « cette gamme peut alors être considérée comme une tonalité ».


Tonalité relative

Deux tonalités relatives sont deux tonalités différentes, de modes différents (l'une majeure, l'autre mineure, donc), et ayant pour point commun « la même échelle diatonique », soit, la même armure.

Exemple : do majeur a pour tonalité relative, la mineur, et réciproquement.


Tonalité homonyme

Deux tonalités homonymes sont deux tonalités de modes différents (l'une majeure, l'autre mineure, donc), mais ayant « la même tonique ».

Exemple : do majeur a pour tonalité homonyme, do mineur, et réciproquement.


Polyphonie et harmonie

Pris dans leur sens le plus large les deux mots ont grosso modo la même signification : Polyphonie (avec majuscule), et Harmonie (avec majuscule également), désignent une technique musicale incluant les simultanéités sonores délibérées et contrôlées.

Toutefois, ces deux termes peuvent prendre des sens différents et plus précis.


Structure des modes du système tonal


Mode majeur

Le mode majeur est dérivé de l'ancien mode de do dont il est l'exacte réplique. Le mode majeur est le mode standard du Système Tonal. Il possède des sonorités gaies et lumineuses, et s'oppose en cela au mode mineur, plus sombre, et plus intériorisé.

Gamme de <em>do majeur</em>


Mode mineur

Le mode mineur est dérivé de l'ancien mode de la dont il est l'exacte réplique (si l'on fait abstraction des degrés mobiles que nous étudierons ci-après).

Gamme de <em>la mineur</em> naturel

Lorsque le mode mineur est parfaitement conforme à l'échelle diatonique naturelle (ou à l'une de ses transpositions), il est généralement appelé mineur naturel. Il convient de noter que ce mode est très peu utilisé tel quel, à cause de son VIIe degré qui est une sous-tonique. Afin que ce degré devienne une sensible, on lui affecte une altération accidentelle. C'est ainsi que l'on obtient le mode mineur classique, que l'on appelle mineur harmonique, parce que sa structure sert à constituer les accords du Système Tonal.

Gamme de <em>la mineur</em> harmonique

On peut remarquer qu'entre le VIe et le VIIe degré du mineur harmonique apparaît une seconde augmentée, intervalle inattendu, et difficile d'intonation. Afin d'éviter de faire entendre cet intervalle surprenant, on procède aux corrections suivantes.

Par ce double aménagement, on obtient le mode mineur mélodique, formes ascendante et descendante, qui évite l'intervalle mélodique de seconde augmentée sans perdre pour autant son caractère tonal.

Gamme de <em>la mineur</em> mélodique

Les VIe et le VIIe degrés du mode mineur, susceptibles de voir leur hauteur modifiée, sont appelés pour cette raison : notes mobiles. Le VIe degré élevé (mineur mélodique ascendant) et la sous-tonique (mineur mélodique descendant) doivent être analysés comme des degrés secondaires, des notes de passage, sans incidence sur l'harmonie. Par ailleurs, la sensible ainsi que le VIe degré élevé sont ordinairement des notes accidentelles parce qu'étrangères à la constitution de l'échelle diatonique.

Mineur mélodique et mineur harmonique ne doivent pas être opposés (ils sont d'ailleurs généralement utilisés simultanément) : il convient au contraire de les considérer comme les « deux formes complémentaires » (l'une, horizontale, l'autre, verticale) du « mode mineur du Système Tonal ».


Différentes armures du système tonal


Échelles diatoniques diésées

Echelles diatoniques diésées


Échelles diatoniques bémolisées

Echelles diatoniques bémolisées

Identification de la tonalité à partir de l'armure

Les deux tableaux précédents n'ont absolument pas besoin d'être appris par cœur. Il est tout à fait possible de retrouver la tonalité (c'est-à-dire, la tonique et le mode) d'un morceau donné appartenant au Système Tonal, en procédant en trois étapes : recherche de la tonique de la tonalité majeure, recherche de la tonique de la tonalité mineure relative, et enfin, sélection de la véritable tonalité du morceau.


Recherche de la tonique de la tonalité majeure

Cette tonique majeure doit être trouvée à partir de l'armure du morceau. Trois cas peuvent se présenter :

1. Lorsque l'armure ne contient ni dièses ni bémols, il s'agit bien évidemment de do majeur.
2. Lorsque l'armure ne contient que des dièses, la tonique majeure se trouve « une seconde mineure au-dessus du dernier dièse ». En effet, le dernier dièse à la clé (celui qui est le plus à droite, donc), est toujours la sensible de la tonalité majeure.
3. Lorsque l'armure ne contient que des bémols, la tonique majeure est l'avant dernier bémol. En effet, le dernier bémol à la clé (celui qui est le plus à droite, donc), est toujours la sous-dominante de la tonalité majeure, par conséquent, la tonique majeure se trouve une quarte juste au-dessous du dernier bémol. Or, les bémols se succédant à la clé par quartes justes ascendantes, l'avant-dernier bémol est précisément situé une quarte juste au-dessous du dernier.


Recherche de la tonique de la tonalité mineure relative

Nous savons que cette tonique est toujours située « une tierce mineure au-dessous de la tonique majeure ». Il convient donc de soustraire cet intervalle à la tonique majeure relative, en tenant compte éventuellement des altérations à la clé.

Exemples :


Sélection de la véritable tonalité du morceau

Un fois que les deux tonalités relatives sont déterminées par rapport à l'armure, il convient de désigner celle qui constitue la véritable tonalité du morceau en question.


Récapitulation

Armures diésées

Évolution du système tonal occidental au XXe siècle

Depuis la fin du XIXe siècle, le compositeur cherche, crée, bouleverse, tonalités, modes, harmonie, formes, instruments... Il essaie tout, utilise tout, même les éléments d'un lointain passé venus jusqu'à lui. Le XXe siècle est l'époque des combinaisons les plus inattendues, le règne de l'audace, de la nouveauté, du paradoxe.

On assiste à une contestation générale du système et des règles d'école : l'échelle diatonique et le Système Tonal, les formes musicales traditionnelles, le principe de la résolution de la dissonance, la mesure et la régularité métrique, etc.


Héritage du passé

Le compositeur dispose de l'apport classique (le Système Tonal avec ses modes majeur et mineur), mais il exhume le mode mineur naturel, ainsi que les modes anciens, utilise certaines échelles appartenant à d'autres civilisations (gamme tzigane, gamme arabe, etc.), ou encore, les modes défectifs, c'est-à-dire, possédant moins de sept degrés (telle que la gamme pentatonique, parfois appelée gamme chinoise).

Ces diverses échelles (ou gammes) peuvent bien évidemment être transposées dans n'importe quelle échelle diatonique grâce à l'armure.

Gammes tzigane, chinoise, japonaise


Nouvelles échelles

Gamme chromatique

Certes, la gamme chromatique était connue des compositeurs classiques (Monteverdi, Bach, Mozart...), mais seulement dans le contexte du Système Tonal.

Or, dès le début du XXe siècle, certains compositeurs modernes utilisent les 12 sons de l'échelle chromatique hors du Système Tonal : ces 12 sons, traités de façon équivalente, sont employés dans un ordre préétabli (appelé série), sans tonique, sans dominante, sans aucune fonction tonale, etc. Ce système créé de toutes pièces par des compositeurs tels que Schönberg, Berg et Webern, s'appelle le dodécaphonisme ou encore, la musique sérielle.

Le dodécaphonisme impliquant le tempérament égal, est par là tributaire du système traditionnel (appellation des sept notes, appellation des intervalles, pour ne rien dire de la mesure et des instruments...).
Gamme chromatique

Gamme par tons

La gamme par tons (parfois improprement appelée gamme chinoise), est une gamme hexatonique dont les six degrés sont séparés par des tons : elle a été très utilisée par Debussy.

Gamme par tons


Vers l'atonalité et la musique concrète

Tout au long du XXe siècle, de nombreux compositeurs démontent méthodiquement et progressivement les différentes pièces de la musique traditionnelle et du Système Tonal, pour aboutir à l'Atonalité et à la musique concrète.

Voici les principales étapes de ce mouvement :

Le système de notation traditionnel (le solfège), qui depuis le XIIe siècle environ, était le seul et unique moyen de conserver une trace, même imparfaite, du geste musical, va sérieusement être concurrencé par l'invention (dès la fin du XIXe siècle) et surtout la banalisation (deuxième moitié du XXe siècle) des divers procédés d'enregistrement sonore : disques, magnétophones, ordinateurs et synthétiseurs...

Par ailleurs, le système de notation traditionnel est inadapté à la plupart des musiques nouvelles. Chaque musique nouvelle suppose en fait son propre système de notation, ses propres règles de codification, « son propre solfège ».

Cependant, et paradoxalement, un siècle après les premières œuvres sérielles, la très grande majorité de la musique consommée dans le monde occidental reste tributaire du Système Tonal (musique populaire, musique industrielle, et même, tout un pan de la musique savante...). « De gré ou de force, nous baignons tous dans la tonalité. »


Articles connexes

Solfège

Musique



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