Solfège et tonalité
Dans la musique
occidentale, le mot tonalité peut revêtir deux sens distincts, quoique intimement liés.
- Pris dans son sens large (dans ce cas, on parle plutôt de Système Tonal ou de musique tonale), le mot
Tonalité (généralement écrit avec une majuscule) désigne l'ensemble des principes et des lois régissant, non
plus la notation de l'intonation, mais la structure, le fonctionnement et la mise en mouvement de celle-ci, dans ses deux
dimensions : mélodique et harmonique.
- Dans son sens restreint (et ordinairement écrit sans majuscule), le mot tonalité peut être considéré comme
un synonyme de gamme. On dira par exemple, que telle pièce musicale est écrite dans la
« tonalité de sol majeur », etc.
Employé de manière exclusive dans la musique occidentale pendant la période des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, le
Système Tonal est une branche de l'intonation. Il n'est pas né ex nihilo : il est au contraire le résultat d'une lente
évolution qui s'est opérée sur quelques six siècles. Par ailleurs, quoique abandonné par de nombreux compositeurs, le Système
Tonal est encore largement utilisé au XXIe siècle.
- Né à la fin du XVIe siècle, le Système Tonal est l'héritier du
Système Modal dont il est à la fois un appauvrissement (un
seul mode subsiste : le mode majeur, le mode mineur
n'en étant qu'un avatar), et un enrichissement (sélection de certaines
trouvailles : principe de tension/détente, enchaînement par quinte descendante, etc.). Il
convient de noter qu'au cours du XVIe siècle, les deux systèmes ont plus ou moins coexisté.
Quelques définitions préalables
Échelle
Une échelle est un ensemble de hauteurs ou fréquences (habituellement appelées degrés) fixées par un système musical donné. Une échelle est
principalement caractérisée par les intervalles conjoints qui la composent (et accessoirement, par la dénomination de ses
divers degrés), et ce, indépendamment de toute idée de tonalité et de tonique.
- Il existe un très grand nombre d'échelles différentes : celles appartenant à un passé plus ou moins lointain (les
échelles de la Grèce antique par exemple), celles appartenant aux systèmes musicaux d'autres cultures (les échelles des pays
Arabes, de l'Inde, de la Chine, etc.), ou encore, celles imaginées de toute pièce par des musiciens souhaitant rompre avec la
tradition (cf. échelle par tons entiers). Certaines de ces échelles peuvent être composées
d'intervalles conjoints inférieurs au demi-ton, d'autres, au contraire, d'intervalles supérieurs au ton.
- L'échelle archétype du Système Tonal (comme celle du Système Modal, d'ailleurs) est l'échelle diatonique, composée de tons et de demi-tons, que nous connaissons
déjà. L'échelle chromatique, composée exclusivement de demi-tons, doit être analysée
comme une extension de l'échelle diatonique, les notes intermédiaires partageant chaque ton ne jouant qu'un
rôle secondaire d'ornement ou de note de passage.
Tonalité
- Dans la musique tonale, le terme de tonalité, pris dans son sens restrictif, désigne l'ensemble des
relations (c'est-à-dire, des intervalles, aussi bien mélodiques qu'harmoniques) entre les degrés hiérarchisés d'une échelle
musicale donnée par rapport à son degré fondamental, appelé tonique. Une tonalité est donc
caractérisée à la fois par sa tonique et par son mode.
- En conséquence, tout note d'une tonalité donnée, est d'abord déterminée par l'intervalle qui sépare celle-ci de sa
tonique.
- Le mot ton peut être employé comme synonyme de tonalité, mais il paraît plus prudent de ne
pas l'employer dans ce sens pour éviter de le confondre avec l'intervalle de même nom.
Tonique
Dans la musique tonale, la tonique est le degré fondamental d'une tonalité donnée. De même que les satellites
dépendent de l'astre autour duquel ils tournent, tous les autres degrés
d'une tonalité dépendent de la tonique, se définissent par rapport à elle, sont comme générés par elle.
- Ainsi, la tonique peut être considérée comme un centre de gravité, ou mieux, comme « l'alpha et l'oméga »
d'une tonalité donnée, puisqu'on la trouve au début et à la fin de toute pièce musicale écrite durant la période qui nous
intéresse (du XVIe au XIXe siècle).
- Compte tenu de son importance, il est logique que ce soit la tonique qui donne son nom à la tonalité qui lui est associée.
Par exemple, la tonique do correspond à la tonalité de do, et vice versa.
Mode
Dans la musique tonale, un mode se définit par « l'étendue précise de l'intervalle qui sépare chaque
degré d'une tonalité donnée, de sa tonique ». D'une manière plus pratique (bien que correspondant moins à la
réalité musicale), le mode concerne la répartition des intervalles conjoints depuis la tonique.
- Attention ! Le mot mode, n'a pas toujours eu le sens que nous lui donnons de nos jours. Pendant
l'Antiquité et le Moyen Âge en effet, il signifiait plutôt procédé d'écriture musicale ou encore, mélodie
type.
- Par exemple, selon que l'on prend pour tonique l'un ou l'autre des sept degrés de l'échelle diatonique naturelle (les seules
touches blanches du piano), on obtient sept répartitions possibles des tons et des demi-tons, soit, sept modes
différents :
| Mode de do |
Ton |
Ton |
1/2 |
Ton |
Ton |
Ton |
1/2 |
| Mode de ré |
Ton |
1/2 |
Ton |
Ton |
Ton |
1/2 |
Ton |
| Mode de mi |
1/2 |
Ton |
Ton |
Ton |
1/2 |
Ton |
Ton |
| Mode de fa |
Ton |
Ton |
Ton |
1/2 |
Ton |
Ton |
1/2 |
| Mode de sol |
Ton |
Ton |
1/2 |
Ton |
Ton |
1/2 |
Ton |
| Mode de la |
Ton |
1/2 |
Ton |
Ton |
1/2 |
Ton |
Ton |
| Mode de si |
1/2 |
Ton |
Ton |
1/2 |
Ton |
Ton |
Ton |
- Dès la Renaissance, ces sept modes, dits modes anciens, cesseront progressivement d'être employés au profit des deux
modes associés au Système Tonal, le mode majeur et le mode
mineur. Les modes anciens seront cependant remis à l'honneur par certains compositeurs à partir de la fin du XIXe
siècle.
- Depuis le XIIIe siècle, les interprètes prennent l'habitude de corriger la hauteur de certaines notes par un
dièse ou un bémol (non noté le plus souvent), ceci, afin d'adoucir un intervalle
mélodique ou harmonique, ou, plus tard, de transformer une sous-tonique en sensible. Cette tradition, appelée Musica
ficta, a fini par entraîner au XVIe siècle une uniformisation des modes anciens (les échelles musicales utilisées
pendant le Moyen Âge). Dès cette époque, en effet, tous les modes finissent plus ou moins par se ressembler, et désormais, le
qualificatif de la tierce située entre les Ier et IIIe degrés suffit à
indiquer l'un des deux seuls modes possibles : s'il s'agit d'une tierce majeure, le mode est dit majeur,
s'il s'agit au contraire d'une tierce mineure, le mode est dit mineur.
Gamme
Dans la musique tonale, une gamme est « la succession ordonnée des différents degrés d'une
tonalité », degrés associés à un mode donné, et généralement présentés de manière ascendante (sauf indication
contraire) depuis la tonique, jusqu'à sa première répétition, c'est-à-dire, jusqu'à l'octave de cette tonique.
- Une gamme contient donc toujours le même nombre de sons que la tonalité correspondante, plus un, ceci bien sûr, afin de faire
apparaître tous les intervalles conjoints de la gamme en question. Par exemple, la gamme heptatonique de do (gamme
heptatonique signifiant « gamme de sept degrés »), englobe au total huit sons (do, ré, mi,
fa, sol, la, si et do).
- Une gamme porte toujours le nom de la tonalité dont elle est issue, et par conséquent, de la tonique de cette tonalité.
- Par exemple, la tonique do correspond à la tonalité et à la gamme de do ; la gamme de fa
dièse correspond à la tonalité de fa dièse : tous deux ont pour tonique, fa dièse ; la tonalité
de si bémol correspond à la gamme de si bémol : tous deux ont pour tonique, si bémol, etc.
- Une gamme est une mélodie, c'est même « l'archétype de toute mélodie ». Or, nous savons qu'une mélodie
n'est pas une simple succession de notes, mais une « succession d'intervalles mélodiques ». Cependant, chaque
note d'une mélodie, est également déterminée par le degré sur lequel elle est placée. On peut donc dire que chaque degré d'une
gamme (et donc, chaque note d'une mélodie) dépend à la fois de l'intervalle qui sépare ce degré du précédent, et de l'intervalle
qui le sépare de la tonique.
- Une gamme est habituellement heptatonique (c'est-à-dire, composée de sept degrés). Mais on trouve parfois
des tonalités comprenant un nombre supérieur ou inférieur de degrés. Au Moyen Âge, des tonalités hexatoniques (six
degrés) et pentatoniques (cinq degrés) ont souvent été utilisées : ces gammes sont qualifiées de gammes
défectives par référence à la gamme heptatonique. Par ailleurs, d'autres degrés peuvent être utilisés à l'occasion :
généralement les notes intermédiaires, on les appelle degrés secondaires ; ils remplissent le
plus souvent une fonction d'ornements mélodiques.
Degrés du Système Tonal
Dans la musique tonale, les différents degrés d'une tonalité (d'une gamme, d'un mode...) sont fréquemment
représentés par des chiffres romains :
- Ier degré ou TONIQUE ;
- VIIe degré ou SENSIBLE ;
- VIe degré ou sus-dominante ;
- Ve degré ou DOMINANTE ;
- IVe degré ou SOUS-DOMINANTE ;
- IIIe degré ou médiante ;
- IIe degré ou sus-tonique ;
- Ier degré ou TONIQUE.
Remarques :
- 1. Les noms des degrés en minuscules sont peu employés.
- 2. Exceptionnellement, le VIIe degré peut prendre le nom de sous-tonique, uniquement lorsque celui-ci est
situé « un ton au-dessous de la tonique ». La sous-tonique, de par sa distance par rapport à la tonique (un ton) a un
caractère stable ; elle est caractéristique du Système Modal. La sensible au contraire, à cause de la proximité de
la tonique (un demi-ton diatonique) a un caractère instable puisqu'elle est mélodiquement attirée par la tonique ;
elle est caractéristique du Système Tonal. La sensible est employée presque systématiquement depuis le XVe siècle au détriment de
la sous-tonique (qui n'apparaîtra qu'à la faveur de l'utilisation passagère de la gamme mineure
mélodique descendante). La sensible ne sera cependant notée (au moyen d'une altération accidentelle) qu'à partir du XVIIe siècle.
- 3. La dominante est le degré le plus important (après la tonique) d'une tonalité. Elle est située une quinte juste au-dessus
de la tonique (soit, d'après la règle des renversements, une quarte juste au-dessous), et occupe donc le cinquième degré.
Tonique et dominante sont en quelque sorte les deux pôles de la tonalité, dont la force d'opposition/attraction est la
« pierre angulaire de l'harmonie tonale ».
- 4. Un autre degré très important est le IVe (la sous-dominante) qui est un peu le symétrique de la dominante par rapport à la
tonique : en effet, la dominante est située une quinte juste au-dessus de la tonique, et la sous-dominante, une quinte juste
au-dessous. Tonique, dominante et sous-dominante sont les degrés les plus importants de la tonalité : on les appelle
d'ailleurs, les bons degrés, ou encore, les fonctions tonales.
- 5. Lorsqu'une gamme heptatonique (de sept degrés) est dérivée de l'échelle diatonique, que sont définies une
tonique, et, une quinte juste au-dessus, une dominante, « cette gamme peut alors être considérée comme
une tonalité ».
Tonalité relative
Deux tonalités relatives sont deux tonalités différentes, de modes différents (l'une majeure, l'autre mineure, donc), et ayant pour
point commun « la même échelle diatonique », soit, la même armure.
- Exemple : do majeur a pour tonalité relative, la mineur, et réciproquement.
- On notera que la tonique mineure est toujours située « une tierce mineure au-dessous » de la tonique de la tonalité
majeure relative, comme do et la dans l'exemple précédent (cf. Armures
et tonalités).
Tonalité homonyme
Deux tonalités homonymes sont deux tonalités de modes différents (l'une majeure, l'autre mineure, donc), mais ayant « la même tonique ».
- Exemple : do majeur a pour tonalité homonyme, do mineur, et réciproquement.
- On notera que du point de vue des armures, la différence est toujours de trois altérations entre les deux tonalités.
Exemple : do majeur, armure vierge, do mineur, trois bémols.
Polyphonie et harmonie
Pris dans leur sens le plus large les deux mots ont grosso modo la même signification : Polyphonie (avec
majuscule), et Harmonie (avec majuscule également), désignent une technique musicale incluant les simultanéités
sonores délibérées et contrôlées.
Toutefois, ces deux termes peuvent prendre des sens différents et plus précis.
- Le mot polyphonie (sans majuscule) est habituellement associé au Système Modal. On parle alors, plus
précisément, de polyphonie modale et de son procédé de composition, le contrepoint (du XIIe au XVIe siècles).
- Le mot harmonie (sans majuscule) est généralement associé au Système Tonal. On parle alors, plus
précisément, d'harmonie tonale ou
encore, d'harmonie classique, technique d'écriture qui a succédé au contrepoint au cours du XVIe siècle, et qui
perdure jusqu'au XXIe siècle.
Structure des modes du système tonal
Mode majeur
Le mode majeur est dérivé de l'ancien mode de do dont il est l'exacte réplique.
Le mode majeur est le mode standard du Système Tonal. Il possède des sonorités gaies et lumineuses, et s'oppose en cela
au mode mineur, plus sombre, et plus intériorisé.
- La gamme de do majeur est donc l'archétype de ce mode :

Mode mineur
Le mode mineur est dérivé de l'ancien mode de la dont il est l'exacte réplique
(si l'on fait abstraction des degrés mobiles que nous étudierons ci-après).
- La gamme de la mineur est donc l'archétype de ce mode :

Lorsque le mode mineur est parfaitement conforme à l'échelle diatonique naturelle (ou à l'une de ses transpositions), il est
généralement appelé mineur naturel. Il convient de noter que ce mode est très peu utilisé tel quel, à cause de
son VIIe degré qui est une sous-tonique. Afin que ce degré devienne une sensible, on lui affecte une altération accidentelle.
C'est ainsi que l'on obtient le mode mineur classique, que l'on appelle mineur harmonique, parce que sa
structure sert à constituer les accords du Système Tonal.
- Par exemple, la gamme de la mineur harmonique :

On peut remarquer qu'entre le VIe et le VIIe degré du mineur harmonique apparaît une seconde augmentée, intervalle inattendu,
et difficile d'intonation. Afin d'éviter de faire entendre cet intervalle surprenant, on procède aux corrections
suivantes.
- En montant, c'est-à-dire en allant vers la tonique (la sensible est donc indispensable, et ne peut être modifiée), on affecte
une altération ascendante au VIe degré.
- En descendant, on renonce à la sensible (celle-ci n'est nécessaire que lorsqu'elle monte vers la tonique) : le mode
mineur redevient alors la copie du mode de la, conforme à l'échelle diatonique.
Par ce double aménagement, on obtient le mode mineur mélodique, formes ascendante et descendante,
qui évite l'intervalle mélodique de seconde augmentée sans perdre pour autant son caractère tonal.
- Par exemple, la gamme de la mineur mélodique :

Les VIe et le VIIe degrés du mode mineur, susceptibles de voir leur hauteur modifiée, sont appelés pour cette raison :
notes mobiles. Le VIe degré élevé (mineur mélodique ascendant) et la sous-tonique (mineur mélodique descendant) doivent
être analysés comme des degrés secondaires, des notes de
passage, sans incidence sur l'harmonie. Par ailleurs, la sensible ainsi que le VIe degré élevé sont ordinairement des notes
accidentelles parce qu'étrangères à la constitution de l'échelle diatonique.
Mineur mélodique et mineur harmonique ne doivent pas être opposés (ils sont d'ailleurs généralement utilisés
simultanément) : il convient au contraire de les considérer comme les « deux formes complémentaires » (l'une,
horizontale, l'autre, verticale) du « mode mineur du Système Tonal ».
Différentes armures du système tonal
- Dès le XVe siècle, le compositeur prend l'habitude de rassembler à la clé toutes les altérations constitutives de chaque nouvelle tonalité afin d'éviter de surcharger la
partition. C'est ainsi qu'est née l'armure, dont la fonction rappelons-le, est de transposer l'échelle
diatonique naturelle.
- La notion de tonalité principale apparaît : il s'agit de la tonalité qui débute et termine un morceau, celle
qui correspond à l'armure. Les autres tonalités, traversées plus ou moins brièvement (grâce aux modulations), sont appelées les tonalités secondaires.
Lorsque la modulation est brève (modulation passagère : quelques notes à quelques mesures), ses différences avec la tonalité
principale sont indiquées par des accidents ; lorsque la modulation est plus longue (plusieurs mesures à plusieurs phrases)
on change généralement d'armure.
Échelles diatoniques diésées

Échelles diatoniques bémolisées

Identification de la tonalité à partir de l'armure
Les deux tableaux précédents n'ont absolument pas besoin d'être appris par cœur. Il est tout à fait possible de retrouver la
tonalité (c'est-à-dire, la tonique et le mode) d'un morceau donné appartenant au Système Tonal, en procédant en trois
étapes : recherche de la tonique de la tonalité majeure, recherche de la tonique de la tonalité mineure relative, et enfin,
sélection de la véritable tonalité du morceau.
Recherche de la tonique de la tonalité majeure
Cette tonique majeure doit être trouvée à partir de l'armure du morceau. Trois cas peuvent se présenter :
- 1. Lorsque l'armure ne contient ni dièses ni bémols, il s'agit bien évidemment de do majeur.
- 2. Lorsque l'armure ne contient que des dièses, la tonique majeure se trouve « une seconde mineure au-dessus du dernier
dièse ». En effet, le dernier dièse à la clé (celui qui est le plus à droite, donc), est toujours la sensible de la tonalité
majeure.
-
- Exemple : deux dièses à la clé (fa
et do
) ; le dernier
dièse (do
) est la sensible de la
tonalité de ré majeur.
- 3. Lorsque l'armure ne contient que des bémols, la tonique majeure est l'avant dernier bémol. En effet, le dernier bémol à la
clé (celui qui est le plus à droite, donc), est toujours la sous-dominante de la tonalité majeure, par conséquent, la tonique
majeure se trouve une quarte juste au-dessous du dernier bémol. Or, les bémols se succédant à la clé par quartes justes
ascendantes, l'avant-dernier bémol est précisément situé une quarte juste au-dessous du dernier.
-
- Exemple : trois bémols à la clé (si
, mi
et la
) ; le dernier bémol (la
) est la sous-dominante de la tonalité de mi
majeur (dont la tonique, mi
, correspond bien à l'avant-dernier bémol).
Recherche de la tonique de la tonalité mineure relative
Nous savons que cette tonique est toujours située « une tierce mineure au-dessous de la tonique majeure ». Il
convient donc de soustraire cet intervalle à la tonique majeure relative, en tenant compte éventuellement des altérations à la
clé.
Exemples :
- Armure vierge : do majeur & la mineur.
- Armure avec trois dièses : la majeur & fa
mineur, etc.
- Armure avec cinq bémols : ré
majeur & si
mineur, etc.
Sélection de la véritable tonalité du morceau
Un fois que les deux tonalités relatives sont déterminées par rapport à l'armure, il convient de désigner celle qui constitue
la véritable tonalité du morceau en question.
- Lorsque la pièce est harmonisée, il suffit de trouver l'accord
principal (l'accord de tonique), qui se trouve d'ordinaire au début, et surtout, à la fin du morceau. Il convient de noter
toutefois qu'il arrive que le morceau se termine, non par sur l'accord de tonique, mais sur celui de la dominante.
- Lorsque la pièce n'est pas harmonisée (donc, lorsqu'on n'a qu'une mélodie), la recherche de la tonique est un peu moins
facile, mais ne pose généralement pas de grandes difficultés : le morceau se termine généralement par l'une des trois notes
de l'accord parfait de tonique (et plus précisément, par la tonique elle-même, dans la plupart des cas).
- En cas d'hésitation, il faut rechercher si « l'altération accidentelle de la sensible du mode mineur » apparaît ou
non.
Récapitulation
- Tonalités relatives avec armures diésées, puis bémolisées, accompagnées de la sensible accidentelle du mode
mineur :

Évolution du système tonal occidental au XXe siècle
Depuis la fin du XIXe siècle, le compositeur cherche, crée, bouleverse, tonalités, modes, harmonie, formes, instruments... Il
essaie tout, utilise tout, même les éléments d'un lointain passé venus jusqu'à lui. Le XXe siècle est l'époque des combinaisons
les plus inattendues, le règne de l'audace, de la nouveauté, du paradoxe.
On assiste à une contestation générale du système et des règles d'école : l'échelle diatonique et le Système Tonal, les
formes musicales traditionnelles, le principe de la résolution de la dissonance, la mesure et la régularité métrique, etc.
Héritage du passé
Le compositeur dispose de l'apport classique (le Système Tonal avec ses modes majeur et mineur), mais il exhume le
mode mineur naturel, ainsi que les modes anciens, utilise certaines échelles appartenant à d'autres
civilisations (gamme tzigane, gamme arabe, etc.), ou encore, les modes défectifs, c'est-à-dire, possédant moins
de sept degrés (telle que la gamme pentatonique, parfois appelée gamme chinoise).
Ces diverses échelles (ou gammes) peuvent bien évidemment être
transposées dans n'importe quelle échelle diatonique grâce à l'armure.
- Quelques exemples, depuis la tonique do :

Nouvelles échelles
- Nous savons que la gamme habituelle, la gamme classique, est à la fois heptatonique et diatonique, ce qui signifie
que, d'une part, cette gamme est composée de sept degrés, d'autre part, quel que soit le mode, elle est toujours constituée de
tons et de demi-tons diatoniques.
- Au début du XXe siècle, les compositeurs imaginent deux nouvelles gammes dérivées de l'échelle diatonique classique, mais
exclusivement formées, l'une, de demi-tons (la gamme chromatique que nous avons déjà rencontrée),
l'autre, de tons (la gamme par tons). Employées hors du Système Tonal, ces deux gammes, sont donc utilisées de
façon atonale, c'est-à-dire, sans référence au Système Tonal.
Gamme chromatique
Certes, la gamme chromatique était connue des compositeurs classiques (Monteverdi, Bach, Mozart...), mais seulement dans le contexte du Système
Tonal.
Or, dès le début du XXe siècle, certains compositeurs modernes utilisent les 12 sons de l'échelle chromatique hors du Système
Tonal : ces 12 sons, traités de façon équivalente, sont employés dans un ordre préétabli (appelé série), sans tonique, sans
dominante, sans aucune fonction tonale, etc. Ce système créé de toutes pièces par des compositeurs tels que Schönberg, Berg et
Webern, s'appelle le dodécaphonisme ou encore, la musique sérielle.
- Le dodécaphonisme impliquant le tempérament égal, est par là tributaire du système traditionnel (appellation des sept notes,
appellation des intervalles, pour ne rien dire de la mesure et des instruments...).
- Exemple de gamme chromatique :

Gamme par tons
La gamme par tons (parfois improprement appelée gamme chinoise), est une gamme hexatonique dont les
six degrés sont séparés par des tons : elle a été très utilisée par Debussy.
- Exemple de gamme par tons :

Vers l'atonalité et la musique concrète
Tout au long du XXe siècle, de nombreux compositeurs démontent méthodiquement et progressivement les différentes pièces de la
musique traditionnelle et du Système Tonal, pour aboutir à l'Atonalité et à la musique concrète.
Voici les principales étapes de ce mouvement :
- Procédé de la polytonalité : association harmonique et mélodique d'éléments appartenant à des tonalités
différentes : deux tout d'abord (bi-tonalité), puis davantage.
- Utilisation d'échelles formées d'intervalles inférieurs au ton : nouvelles échelles, désormais
totalement indépendantes de l'échelle diatonique traditionnelle : échelles au tiers de ton, au quart de ton (ou autres
micro-intervalles)...
- Technique de la musique aléatoire : afin de privilégier l'imprévu au détriment du prévu
(musique à faire, depuis une partition), prise en compte du paramètre du hasard.
- Musique concrète : dans le domaine du timbre, abandon des instruments classiques (jugés trop dépendants
des conceptions traditionnelles) et utilisation directe des sons artificiels produits par des instruments électroniques
ou électro-acoustiques.
Le système de notation traditionnel (le solfège), qui depuis le XIIe siècle
environ, était le seul et unique moyen de conserver une trace, même imparfaite, du geste musical, va sérieusement être
concurrencé par l'invention (dès la fin du XIXe siècle) et surtout la banalisation (deuxième moitié du XXe siècle) des divers
procédés d'enregistrement sonore : disques, magnétophones, ordinateurs et synthétiseurs...
Par ailleurs, le système de notation traditionnel est inadapté à la plupart des musiques nouvelles. Chaque musique
nouvelle suppose en fait son propre système de notation, ses propres règles de codification, « son propre
solfège ».
Cependant, et paradoxalement, un siècle après les premières œuvres sérielles, la très grande majorité de la musique
consommée dans le monde occidental reste tributaire du Système Tonal (musique populaire, musique industrielle, et même,
tout un pan de la musique savante...). « De gré ou de force, nous baignons tous dans la tonalité. »
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