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Si la cryptographie est l'art du secret, la
stéganographie est l'art de la dissimulation : l'objet de la stéganographie n'est pas de rendre un message
inintelligible à autre que qui de droit mais de le faire passer inaperçu. Si on utilise le coffre fort pour symboliser la
cryptographie, la stéganographie revient à enterrer son argent dans son
jardin. Bien sûr, l'un n'empêche pas l'autre, on peut enterrer son coffre dans son jardin.
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Hérodote raconte comment Dematurus au Ve siècle av. J.-C. fit parvenir à ses compatriotes Grecs le plan d'invasion des Perses. Il gratta la cire sur une paire de tablettes de bois, il inscrivit sur le bois son message, puis couvrit à nouveau de cire le message. Les tablettes en apparence vierge purent ainsi tromper la vigilance des gardes le long du parcours.
Hérodote conte également l'histoire de Histaïaeus qui rasa la tête de son messager, écrivit le message sur son crâne, et attendit que les cheveux repoussent pour l'envoyer. Un autre intérêt de cette technique est qu'il est facile de savoir si le message a été ou non intercepté en route.
En Chine on écrivait le message sur de la soie, qui ensuite était placé dans une petite boule recouverte de cire. Le messager avalait ensuite cette boule.
Dès le Ier siècle av. J.-C., Pline l'Ancien décrit comment réaliser de l'encre invisible. Les enfants de tous les pays s'amusent à le faire en écrivant avec du lait ou du jus de citron : le passage de la feuille écrite sous un fer à repasser chaud révèle le message.
Durant la Seconde Guerre mondiale, les agents allemands utilisaient la technique du micropoint de Zapp, qui consiste à réduire la photo d'une page en un point d'un millimètre ou même moins. Ce point est ensuite placé dans un texte normal. Le procédé est évoqué dans une aventure de Blake et Mortimer, SOS météores.
Un couple célèbre utilisait l'art de disimuler un texte dans un texte. George Sand maîtrisant parfaitement l'écriture ecrivait des poèmes à Alfred de Musset:
Je suis très émue de vous dire que j'ai bien compris, l'autre jour, que vous avez toujours une envie folle de me faire danser. Je garde un souvenir de votre baiser et je voudrais que ce soit là une preuve que je puisse être aimée par vous. Je suis prête à vous montrer mon Affection toute désintéressée et sans cal- cul. Si vous voulez me voir ainsi dévoiler, sans aucun artifice mon âme toute nue, daignez donc me faire une visite Et nous causerons en amis et en chemin. Je vous prouverai que je suis la femme sincère capable de vous offrir l'affection la plus profonde et la plus étroite Amitié, en un mot, la meilleure amie que vous puissiez rêver. Puisque votre âme est libre, alors que l'abandon où je vis est bien long, bien dur et bien souvent pénible, ami très cher, j'ai le coeur gros, accourez vite et venez me le fait oublier. À l'amour, je veux me sou- mettre.
A priori, si vous n'avez pas compris que cette lettre en cache une autre, c'est beau, plein de poésie... Maintenant, lisez la première ligne et ensuite une ligne sur deux...
Alfred de Musset a répondu ceci :
Quand je vous jure, hélas, un éternel hommage Voulez-vous qu'un instant je change de langage Que ne puis-je, avec vous, goûter le vrai bonheur Je vous aime, ô ma belle, et ma plume en délire Couche sur le papier ce que je n'ose dire Avec soin, de mes vers, lisez le premier mot Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
De la même manière George Sand a répondu ceci :
Cette grande faveur que votre ardeur réclame Nuit peut-être à l'honneur mais répond à ma flamme.
Un autre couple célèbre d'artistes de music-hall des années 1950,
Myr et Myroska communiquait les yeux bandés, en apparence par transmission de pensée, et en réalité par un
astucieux procédé stéganographique à base de phrases codées (dont en particulier des variantes de la phrase : « Myroska,
êtes-vous avec moi ? »).
L'idée est de prendre un message et de le modifier de manière aussi discrète que possible afin d'y dissimuler l'information à transmettre. Le message original est le plus souvent une image. La technique de base --- dite LSB pour Least Significant Bit --- consiste a modifier le bit de poids faible des pixels codant l'image : une image numérique est une suite de points, que l'on appelle pixel, et dont on code la couleur a l'aide d'un triplet d'octets par exemple pour une couleur RGB sur 24 bits. Chaque octet indique l'intensité de la couleur correspondante --- rouge, vert ou bleu (Red Green Blue) --- par un niveau parmi 256. Passer d'un niveau n au niveau immédiatement supérieur (n+1) ou inférieur (n-1) ne modifie que peu la teinte du pixel, or c'est ce que l'on fait en modifiant le bit de poids faible de l'octet.
Décaler une lettre de quelques pixels ne pose aucun problème sur une imprimante à laser et est pratiquement invisible à l'œil nu. En jouant sur les interlettrages d'un texte très long et à raison de deux valeurs d'espacement correspondant à 1 et 0, il est possible de transmettre un message sous forme papier, qui ne révèlera son vrai sens qu'une fois analysé par un scanner ayant une bonne précision.
Historiquement, le procédé fut utilisé dès les années 70 en utilisant non pas des imprimantes laser, mais des imprimantes à marguerite Diablo, qui permettaient de jouer sur l'espacement des caractères au 1/120e de pouce près.
N'importe quel texte de spam peut servir de base à de la stéganographie, sur la base d'un codage binaire simple de quasi synonymes. Par exemple pactole = 1, fortune = 0; richesse = 1, aisance = 0; succès = 1, réussite = 0; etc. Des sites du Web proposent à titre de curiosité ce genre de codage et de décodage. Des textes écrits en langue de bois ou en style administratif se prêtent particulièrement bien à l'exercice.
Donnons un exemple, considérons l'image
| 000 000 000 | 000 000 001 |
| 001 000 001 | 111 111 111 |
Chaque entrée de ce tableau représente un pixel, nous avons donc une toute petite image 2×2. Chaque triplet de 0 ou de 1
constitue ce que l'on appelle un octet et le bit le plus à droite de chaque octet est le fameux bit de poids faible --- LSB. Si
on souhaite cacher le message 111 111 101 111, l'image est modifiée de la façon suivante le bit de poids faible du ieme octet est
mis à la valeur du ieme bit du message, ici on obtient :
| 001 001 001 | 001 001 001 |
| 001 000 001 | 111 111 111 |
Cette technique de stéganographie très basique s'applique tout particulièrement au format d'image BMP, format sans compression destructive, avec codage des pixels sur 3 octets comme énoncé ci-dessus.
Réciproquement, tout procédé de compression-décompression d'image avec pertes est susceptible de détruire un message
stéganographique codé de cette façon. On parle alors de stérilisation. Un pays totalitaire pourrait stériliser
à tout hasard toute image BMP entant ou sortant de son territoire, moyennant les ressources techniques nécessaires.
Il est aussi possible de cacher des informations dans bien d'autres types de fichiers couramment échangés sur des réseaux (vidéo, audio) ou bien dans des textes (ce fut une des premières formes de la stéganographie) ou encore dans des zones d'un disque dur inutilisées par le système de fichiers. La stéganographie est exploitable dans un bon nombre de domaines. Elle trouve ainsi comme application commerciale le watermarking (apposition de filigranes électroniques), technique permettant de « tatouer » un fichier électronique (pour y introduire notamment des informations utiles à la gestion des droits d'auteur).
Après les évènements du 11 septembre 2001, on a prétendu que Oussama Ben Laden transmettait ses ordres en les cachant par des procédés stéganographiques dans des images transmises ou hébergées sur internet.


