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Superphénix est (était) un prototype français de surgénérateur situé à Creys-Malville, dans l'Isère. Faisant suite au réacteur expérimental Phénix, ce devrait être le premier réacteur en production mais il a été à l'origine d'une polémique sur son coût et sur sa fiabilité ayant entraîné l'abandon de la filière.
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Ce projet est le fruit d'une collaboration internationale entre EDF (51%), la société italienne ENEL (33%) et la société allemande SBK (16%). Parmi les investisseurs se trouvait aussi l'Iran (pour 1%). Ceci a causé de nombreux problèmes politiques entre la France et l'Iran après le brutal changement de régime de ce pays. La puissance nominale de la centrale, mise en service en 1988, était de 1240 MW, soit à peu près équivalente à un réacteur d'une centrale nucléaire classique (900..1400 MW).
Un arrêté ministériel du 19 juin 1997 a conduit à son arrêt définitif, en partie à cause de la pression de l'opinion publique, en partie parce que le faible prix de l'uranium ne justifiait plus les investissements coûteux dans cette technologie.
Superphénix est un réacteur à neutrons rapides (RNR). L'avantage des neutrons rapides est qu'ils permettent la formation d'une grande quantitié de plutonium 239 à partir de l'uranium 238, lequel plutonium 239 est fissible. Dans les réacteurs classiques, seule une petite partie de l'uranium 238 est exploitée de cette manière, la majorité de l'énergie étant fournie par l'uranium 235, directement fissible mais présent seulement à 0,7% dans l'uranium naturel. La filière des RNR promettrait donc d'obtenir au final environ 100 fois plus d'énergie à partir d'une même masse initiale de matière fissile.
La chaleur produite dans le réacteur est évacuée avec du sodium liquide (~550°). En effet il fallait à la fois que le matériau soit un caloporteur efficace (comme l'eau) et qu'il ne ralentisse pas les neutrons (contrairement à l'eau). Ce premier circuit (primaire) de sodium échange la chaleur avec un circuit secondaire de sodium, puis avec un circuit à eau, laquelle pousse les turbines de l'alternateur après vaporisation.
Superphénix a été au centre d'un vive controverse, les militants antinucléaires exposant de nombreux arguments contre lui.
« La centrale contient (contenait) 5 tonnes de plutonium et 1000 tonnes de sodium liquide, qui s'enflamme spontanément au contact de l'air, et explose au contact de l'eau en produisant de l'hydrogène, lui-même extrêmement réactif. Par ailleurs, on ne sait toujours pas éteindre un feu de plus de quelques centaines de kilos de sodium. Les responsables de cette filière nucléaire affirmaient avoir tout prévu, mais le 8 décembre 1990, une partie du toit de la salle des turbines s'est écroulée à cause de la neige, nécessitant de remplacer l’un des deux groupes turboalternateurs. Cependant le réacteur était arrêté ce jour-là. Selon le constructeur, le réacteur aurait dû résister à la chute d'un avion de tourisme.
De nombreux problèmes ont été découverts dans ce réacteur expérimental mais grandeur réelle. Il succédait au réacteur Phénix (563 MWth, 250 MWé) remis depuis en fonctionnement. Un des problèmes cruciaux pour la sécurité étant l'augmentation de la viscosité du fluide caloporteur (le sodium liquide) due à une pollution mal maîtrisée.
Le 31 juillet 1977, une manifestation s'est déroulée. Les CRS débordés par l'ampleur de la manifestation (l'une des plus importantes de l'histoire du mouvement antinucléaire français) ont utilisé des grenades offensives pour repousser les manifestants, faisant un mort, Vital Michalon, et une centaine de blessés, dont plusieurs ont dû être amputés d'une main ou d'un pied. Lors de cette manifestation, plusieurs manifestants ont tenté de forcer les barrières destinées à protéger le chantier.
Le prix de la construction (10 Mds de FRF, prévision 4 Mds) et de l'entretien de Superphénix pendant son fonctionnement ayant été évalué à 28 milliards de francs français, le prix de son démantèlement étant estimé à 25 milliards de francs français, au final l'expérience industrielle aura été très coûteuse, la possibilité d'une exploitation industrielle « normale » n'ayant pas été démontrée. Le risque de l'accident majeur étant toujours possible, bien que faible, n'a pas été ni soumis, ni approuvé par la population exposée à ce risque. Notons la quasi-irréversibilité des effets à long terme (milliers d'années) d'un tel accident. Quelques rappels opportuns : une boule de 16 kg de plutonium (~12 cm de diamètre, moins d'un litre) est une bombe atomique ; l'inhalation de 30 millionièmes de gramme de plutonium suffirait à provoquer un cancer du poumon aux mammifères supérieurs, que nous sommes.


