Syntaxe du pronom personnel
On notera au préalable que l'utilisation canonique des six personnes du discours (les trois du singulier et les trois du
pluriel) peut éventuellement être troublée par certains emplois particuliers du pronom personnel. De tels emplois figurés, consistant à attribuer à une personne la valeur d'une autre
personne (figures de style appelées association ou énallage), peuvent poser des difficultés d'accord.
Comme tout pronom, le pronom personnel peut virtuellement remplir toutes les
fonctions du nom, c'est-à-dire, apostrophe et satellite (d'un verbe, d'un
adjectif, d'un nom ou d'un autre pronom).
Syntaxe du pronom personnel sujet conjoint
Ordinairement atone, le pronom personnel sujet conjoint impose son accord à divers éléments de la phrase. Par
ailleurs, il peut être antéposé, ou postposé.
Pronom personnel sujet, donneur d'accord
- A l'instar du nom sujet, le pronom personnel sujet impose sa personne, son genre et son nombre au verbe dont il est
satellite, ainsi qu'aux autres pronoms personnels et aux possessifs (adjectifs et pronoms) dépendant de ce pronom personnel
sujet :
- Moi, cet été, je suis partie chez mes amis belges.
- Le pronom personnel sujet je (1ère personne du singulier, genre féminin), impose son accord, au verbe
suis partie (l'auxiliaire est à la 1ère personne du singulier, le participe passé, au féminin singulier), au
pronom personnel disjoint appositif moi (1re personne du singulier), et à l'adjectif possessif
mes (1re personne du singulier).
Cas particulier des pronoms sujets « nous » et « vous »
- Les pronoms nous et vous, habituellement pluriels, peuvent avoir un sens singulier (cas
d'énallage du nombre), entraînant un accord du participe passé au singulier. Il s'agit du nous de
modestie (également, du nous de majesté) et du vous de politesse (en cas de vouvoiement). Dans ce cas, le verbe (ou
l'auxiliaire conjugué, en cas de temps composé) est au pluriel, mais le participe passé reste au singulier (on dit alors qu'il
s'accorde avec le sens, avec l'idée) :
- Nous nous sommes souvenue… [l'auteur est une femme] / Etes-vous
satisfait, Monsieur ?
Cas particulier du pronom sujet « on »
- Le pronom on exclusivement pronom sujet conjoint (au départ, un pronom indéfini, rappelons-le), peut par énallage, prendre également la valeur d'un pronom personnel de la
première ou la deuxième personne :
- 1. Le pronom on peut remplacer la première personne du singulier, ou la première personne du pluriel (très
fréquent, surtout dans le registre
familier) :
- Ici, on s'occupe de ses affaires.
- Pour : « Moi, je m'occupe de mes affaires. »
- On est venus avec notre voiture.
- Pour : « Nous sommes venus avec notre voiture. »
- 2. Le pronom on peut remplacer la deuxième personne (du singulier aussi bien que du pluriel), ce qui est
également assez fréquent dans le registre familier :
- Alors, on est content de ses vacances ?
- Pour : « Alors, tu es content de tes vacances ? » ou « Alors,
vous êtes content de vos vacances ? ».
- Lorsque le pronom sujet on est employé pour la deuxième personne du pluriel, il peut être analysé comme un
véritable pronom personnel (l'énallage dans ce cas, est totalement intégré par la langue). Dans ce cas, tous les accords se font
avec l'idée de la personne exprimée (nous), sauf le verbe (ou l'auxiliaire, en cas de temps composé) qui reste
toujours à la troisième personne du singulier :
- Nous, cet été, on est partis chez nos
cousins, en Italie.
- On remarque ici, que seul l'auxiliaire est s'accorde avec on (troisième personne du
singulier) ; le pronom personnel appositif nous, l'adjectif possessif nos, ainsi que le
participe passé partis, s'accordent avec la deuxième personne du pluriel (nous).
Autres cas particuliers
Dans le registre familier, le pronom il/elle peut signifier tu (ou vous, en
cas de vouvoiement) ; le pronom nous peut signifier tu ou vous ; le
pronom ils/elles peut signifier vous.
- Contrairement aux précédents, ces emplois figurés n'entraînent pas de difficultés d'accord : dans ce cas en effet, les
receveurs fléchissent selon les règles grammaticales, et non plus selon le sens :
- Alors, il a bu son lait, mon gros bébé ?
- Pour signifier « Alors, tu as bu ton lait, mon gros bébé ? ».
- Comment nous nous portons, ce matin ? Notre nuit s'est bien passée ?
- Pour signifier « Comment vous vous portez, ce matin ? Votre nuit s'est bien
passée ? ».
- Elles ont bien écouté leur maîtresse, mes filles adorées ?
- Pour signifier « Vous avez bien écouté votre maîtresse, mes filles
adorées ? ».
Antéposition et postposition du pronom personnel sujet
- Le pronom sujet conjoint est normalement atone et antéposé. Dans ce cas, il ne peut être
séparé du verbe que par la négation ne, et par les pronoms personnels compléments antéposés. Dans un tel cas de
figure, il se trouve donc toujours en première position :
- Tu es venu. On arrive. Nous te verrons. Je ne
le savais pas.
- Mais dans la forme inversée (par exemple, dans la forme interrogative directe, mais également, lorsque la proposition est
introduite par certains adverbes
de liaison, tel que aussi, ainsi, peut-être, etc.), le pronom sujet n'est plus antéposé, mais postposé, et relié au
verbe par un trait d'union. Il devient alors très souvent tonique :
- Où allez-vous ? Partons-nous ? Mais pourquoi ris-tu ? Que
fait-on ?
- Quelques remarques s'imposent à propos de l'inversion du sujet :
- 1. Si le temps du verbe est composé (c'est-à-dire, comprenant un auxiliaire suivi d'un ou plusieurs participes passés), la
soudure a lieu après l'auxiliaire conjugué, et par conséquent, le pronom reste atone :
- Qu'ont-elle fait ? N'as-tu rien oublié ? Ainsi en ont-ils décidé.
- 2. Dans la forme inversée, lorsque le verbe est terminé par une voyelle et que le pronom sujet atone commence également par
une voyelle, donc, à la troisième personne du singulier (il, elle, on), on intercale entre les deux, un
t euphonique précédé et suivi d'un trait d'union, ceci, afin d'éviter l'hiatus :
- Parle-t-il français ? Où va-t-on ? Qu'a-t-elle fait ?
- 3. Le pronom sujet je reste toujours atone :
- Qu'entends-je ? […] aussi, suis-je venu vous trouver. Oui, lui ai-je répondu.
-
-
- Pour cette raison, dans la langue littéraire, lorsque celui-ci est précédé d'un verbe terminé par un e atone
ou muet, on ajoute un accent aigu (l'accent grave est également toléré) sur le e final du verbe, ceci afin de
lui conserver son accent tonique et d'éviter la succession de deux e atones :
- De quoi parlé-je ? Puissé-je réussir ! De quoi parlè-je ? Puissè-je
réussir !
- 4. Lorsque l'inversion du sujet est rendue obligatoire (par exemple, dans la forme interrogative directe), et que ce sujet
est un nom (et non plus un pronom personnel), le pronom sujet est maintenu en position inversée. On se trouve donc dans ce cas en
présence d'un sujet dédoublé :
- Marcel est-il revenu ? / Un orage a éclaté ; aussi, les campeurs sont-ils tout de
suite rentrés.
- Marcel et il sont sujets du verbe est revenu ; les
campeurs et ils sont sujets du verbe sont rentrés.
Syntaxe du pronom personnel complément conjoint
Quel que soit son genre (masculin, féminin ou neutre), le pronom complément conjoint (C.O.D., C.A.T., C.O.I…) se place
normalement entre le sujet et le verbe, et, si ce dernier est négatif, entre la négation ne et le
verbe :
- Elle t'aime. Nous y pensons tous les jours. Il en veut. Vous ne me parlez pas.
Emploi du pronom complément neutre « en »
- Le pronom personnel neutre en est le plus souvent employé comme C.O.I., représentant une chose, une idée
abstraite, un élément linguistique (il équivaut à de cela). Pour une personne, on emploie généralement le
pronom personnel disjoint précédé d'une préposition. Dans le
registre familier, cependant, il est fréquent de trouver ce pronom même lorsqu'il s'agit de personnes :
- J'en parle.
- Le pronom en est C.O.I. du verbe parle. Pour : « Je parle de
cela » ; ou bien, dans le style familier : « Je parle de lui,
d'elle » (pour une personne ou un animal familier possédant un nom propre).
- D'une manière générale, le pronom personnel neutre en peut avoir pratiquement toute fonction de complément
admettant la préposition de devant l'antécédent :
- 1. Par exemple, il peut être complément d'agent :
- Je connais ses parents ; il en est très aimé.
- Pour : « ... il est très aimé de ses parents. »
- 2. Il peut être également complément de nom :
- La soupe est excellente. Donne-m'en une autre assiette.
- Au lieu de : « Donne-moi une autre assiette de soupe » ; le pronom
en (dont l'antécédent est le nom soupe) est complément du nom assiette.
- 3. Il peut même être exceptionnellement C.O.D., lorsque l'antécédent est virtuellement précédé de l'article partitif
(du, de la) ou de l'article indéfini pluriel (des) :
-
- La soupe est pleine de vitamines; mangez-en.
- Pour « [...] mangez de la soupe » ; le pronom en est C.O.D. du
verbe mangez.
- On trouve à Nîmes de nombreux monuments romains : en avez-vous visité ?
- Pour « […] avez-vous visité des monuments romains ? », le pronom en
est C.O.D. du verbe avez visité.
Emploi du pronom complément neutre « y »
- Le pronom personnel neutre y est le plus souvent employé comme C.O.I., représentant une chose (il équivaut à
à cela). Pour une personne, on emploie généralement le pronom personnel tonique suivi d'une préposition :
- J'y pense.
- Pour : « Je pense à cela » ; C.O.I. du verbe pense.
- Il peut être également complément circonstanciel, complément de l'adjectif, etc. mais, normalement, ne peut pas être C.A.T.
Dans le langage familier cependant, on peut employer ce pronom même lorsqu'il s'agit de personnes :
- J'y pense.
- Au lieu de : « Je pense à lui, à elle » (préférable pour une personne ou un animal
familier possédant un nom propre).
- Il existe un adverbe de lieu
de même forme (équivalent de là-bas) et de même syntaxe, avec lequel on le confond souvent :
- J'y vais.
- Pour : « Je vais là-bas. »
Emploi du pronom complément neutre « le »
Le pronom neutre invariable le ne doit pas être confondu avec le pronom C.O.D. masculin singulier non neutre,
qui, quoique de même forme, devient la au féminin, et les au pluriel.
- Le pronom neutre le remplace souvent un adjectif qualificatif attribut du sujet :
- - Etes-vous sérieuses ? - Nous le sommes.
- Le pronom neutre le a pour antécédent l'adjectif qualificatif sérieuses, alors que ce
dernier est féminin pluriel.
- Il peut également remplacer toute une proposition :
- Elle est partie à l'étranger : je suppose que tu le savais.
- Le pronom neutre le a pour antécédent la proposition Elle est partie à l'étranger.
Cas de l'impératif
A l'impératif, le complément conjoint (neutre ou pas) est relié au verbe par un trait d'union. Il devient obligatoirement
postposé et souvent tonique :
- Aidez-nous ! Tenez-vous bien. Dites-leur. Regardez-le. Penses-y.
Prends-en.
- Lorsqu'ils doivent être toniques, les pronoms me et te deviennent alors respectivement
moi et toi :
- Dites-moi. Repose-toi un peu. Donne-le-moi.
- Mais, quand ces mêmes pronoms sont suivis du pronom en ou du pronom y, ils restent atones,
conservent leur forme primitive (me et te) et s'élident (le tiret de séparation devient alors
inutile) :
- Donne-m'en. Occupe-t'en.
- Et non pas « Donne-moi-en », « Donnes-en-moi »,
« Donne-moi-z-en » !
- Lorsque le verbe à l'impératif est à la négative, les pronoms compléments retrouvent leur forme et leur position
antéposée :
- Demande-lui s'il vient. Ne lui demande pas s'il vient.
Cas des deux pronoms compléments conjoints
Lorsqu'il y a présence de deux pronoms compléments conjoints, les règles d'ordre entre les deux pronoms varient selon qu'ils
sont antéposés ou postposés :
Cas de deux pronoms compléments antéposés
A tous les modes (sauf l'impératif affirmatif), l'ordre des deux compléments antéposés suit les règles suivantes :
- Les pronoms me, te, se, nous et vous, sont toujours en première position :
- Je me les lave. Vous en parle-t-il ? Nous t'y engageons.
- Les pronoms neutres en et y, sont toujours en deuxième position :
- Je les en dispenserai. S'y habituera-t-elle ? Tu leur en parleras.
- Les pronoms C.O.D. (le, la et les) précèdent toujours les pronoms C.A.T.
(lui et leur) :
- Nous le lui demanderons. La leur présenteras-tu ? Je les lui
donnerai.
Cas de deux pronoms compléments postposés
Rappelons qu'il s'agit du seul cas de l'impératif affirmatif, et notons au préalable qu'en présence des deux pronoms
compléments conjoints postposés, c'est seulement le second qui peut devenir tonique :
- Demande-le-lui.
- Dans cet exemple, seul lui est tonique, le reste atone.
A l'impératif affirmatif, l'ordre des deux compléments postposés suit les règles suivantes :
- Le pronom C.O.D. (le, la et les) est toujours en première position :
- Dites-le-nous. Raconte-la-moi. Donne-les-lui.
- Le pronom neutre (en et y) est toujours en dernière position :
- Parle-lui-en. Engagez-vous-y.
- En conséquence, les autres pronoms (me, te, se, nous, vous, lui et leur) se placent soit
après le, la et les, soit avant en et y :
- Dites-le-moi. Demande-les-leur. Parlez-m'en. Souvenez-vous-en.
- Notons que le pronom neutre y ne peut être que difficilement précédé du pronom C.O.D. élidé (m', t',
l' ). Il est alors plus élégant de le remplacer par un pronom quelconque (très souvent un pronom démonstratif neutre)
précédé de la préposition à :
- Encourage-le à ça. Encourage-moi à cela.
- Préférable à : « Encourage-l'y. Encourage m'y. »
Syntaxe du pronom personnel disjoint
Contrairement à celle du pronom personnel conjoint, la position du pronom disjoint est indépendante de celle du verbe. N'ayant
pas de place spécifique dans la proposition, le pronom personnel disjoint conserve habituellement celle de son représenté.
- Le pronom personnel disjoint est normalement tonique, c'est pour cette raison qu'on appelle parfois les pronoms
disjoints : formes pleines ou formes accentuées. Par ailleurs, il n'est jamais neutre.
- Le pronom personnel disjoint permet d'insister par pléonasme : dans ce cas, il est appositif. Il peut
également remplir la fonction d'apostrophe (ou invocation ou interpellation). Enfin, d'une manière plus
générale, il est obligatoirement employé après toute préposition, ou
après un coordonnant.
- On peut le renforcer au moyen d'un adjectif (même, autre, seul…), ce qui produit un véritable syntagme
pronominal :
- Nous-mêmes ; vous autres ; moi seul ; eux tous ; elles
trois…
Pronom disjoint appositif
- N'importe quel pronom disjoint (sauf soi) peut être appositif. Dans ce cas il sert à redoubler son
antécédent ou son conséquent (nom ou pronom) :
- Je les ai vus, moi.
- Le pronom disjoint moi est appositif du pronom sujet atone Je.
- Je les ai vus, eux.
- Le pronom disjoint eux est appositif du pronom C.O.D. atone les.
- Tu lui parles, à elle !
- Le pronom disjoint elle est appositif du pronom C.A.T. (C.O.S.) atone lui.
Pronom disjoint apostrophe
- En revanche, seuls les pronoms de la deuxième personne (toi et vous) peuvent être employés
en apostrophe (le fait pour l'énonciateur, de nommer le destinataire du discours) :
- Toi, cesse de t'agiter !
- Le pronom disjoint Toi est une apostrophe.
Pronom disjoint précédé d'une préposition
- Lorsqu'il est précédé d'une préposition, le pronom personnel disjoint peut virtuellement revêtir n'importe quelle fonction du
nom (sauf sujet, apostrophe ou C.O.D.). Le plus souvent, il est appositif, C.O.I. ou C.C. :
- Vous me dites ça à moi !
- Le pronom disjoint moi (précédé de la préposition à) est appositif du pronom complément
conjoint me, C.A.T. du verbe dites.
- Tu m'as déjà parlé d'elle.
- Le pronom disjoint elle (précédé de la préposition d' ) est C.O.I. du verbe as
parlé.
- Il travaille avec moi.
- Le pronom disjoint moi (précédé de la préposition avec) est C.C. d'accompagnement du verbe
travaille.
Pronom disjoint précédé d'un autre élément
- En principe, lorsqu'un pronom personnel sort de l'emploi classique, sujet ou complément, sous l'influence directe d'un verbe
conjugué, c'est la forme disjointe qui doit être employée, et ce, quelle que soit la fonction du pronom :
- Il ne manquait que toi.
- C'est lui qui l'a dit.
- - Qui a fait ça ? - Moi.
- C'est le cas, par exemple, lorsque deux pronoms personnels doivent être coordonnés, et ce, même si les pronoms en question
ont la fonction de sujet :
- Toi et moi sommes invités à l'anniversaire de Virginie.
- On remarquera qu'en cas de coordination, l'ordre habituel est le
suivant : 3e personne, 2e personne, 1re personne, et que pour chaque personne, le féminin précède le masculin :
- Elle, lui, toi et moi, ferons un beau voyage.
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