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Pierre Teilhard de Chardin


Jésuite, chercheur, théologien et philosophe, Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) ne voit pas d'opposition entre la foi catholique et la science. Dans le Phénomène humain, il trace, parmi les premiers, une synthèse de l'Histoire de l'Univers selon l'état des connaissances de son époque et dans une optique évolutionniste.

Sommaire

Noosphère et point Oméga

Annonçant la planétisation que nous connaissons aujourd'hui, Teilhard développe la notion de noosphère qu'il emprunte à Vernadsky pour conceptualiser une sphère de pensée enveloppant la Terre. Situant la création en un « point Alpha », l'Homme doit, selon lui, rejoindre Dieu en un « point Oméga » de parfaite spiritualité.

La couverture progressive de la planète par un réseau de communications bidirectionnelles rapides, avec un coude très net dans les années 90 avec l'arrivée de l'Internet, rend plus immédiatement perceptible de nos jours l'idée de noosphère. Un fournisseur d'accès a d'ailleurs choisi comme nom « Noos » (ceux qui ignorent qu'il s'agit d'un mot grec signifiant esprit le prononcent incidemment à l'anglaise).

La mondialisation suscite moins d'enthousiasme. Mais comme l'a dit Ernest Renan, « Il ne nous a jamais été garanti par quiconque que la découverte de la réalité nous serait agréable ».

Le terme de « point oméga » a été repris par le physicien américain Frank Tippler, apparemment sans allusion au nom de Teilhard (sans qu'on puisse dire si c'est délibéré, ou par ignorance de son origine, ou plus simplement parce que « cela va de soi »).

Hominisation et humanisation

Teilhard pense également identifier parallèlement l'évolution biologique une évolution de type moral : l'affection pour la progéniture se rencontre chez les mammifères et non chez les reptiles apparus de façon plus précoce. L'espèce humaine, malgré ses accès de violence sporadique, s'efforce de développer des réseaux de solidarité de plus en plus élaborés (Croix-Rouge de Dunant, Sécurité sociale de Bismarck...) : l'évolution physique qui a débouché sur l'hominisation se double d'après lui d'une évolution spirituelle qu'il nomme humanisation. Se demandant d'où vient ce surcroit de conscience, il l'attribue à la croissance également de la complexité des structures nerveuses : le cerveau des mammifères est plus complexe que celui des reptiles, celui des humains plus complexe que celui des souris.

Nous dirions en termes d'aujourd'hui que l'évolution du hardware permet à celle du software de se faire à son tour, observation devenue banale.

Évolution et organisation

L'évolution se passe ensuite à son avis dans la possibilité des consciences de communiquer les uns avec les autres et de créer de facto une sorte de super-être : en se groupant par la communication, les consciences vont faire le même saut qualitatif que les molécules qui en s'assemblant étaient passées brusquement de l'inerte au vivant.

On remarque que ce super-être est sans rapport aucun avec le surhomme de Nietzsche dans lequel Teilhard ne voit qu'une extrapolation trop simple du passé, et qui ne tient nul compte du phénomène de communication croissante entre les individus (« La chenille qui interroge son futur s'imagine sur-chenille », résumera Louis Pauwels dans Blumroch l'admirable). Pour Teilhard, ce n'est déjà plus au niveau de ces seuls individus que le processus d'évolution se réalise, et il ose même à ce sujet une phrase lyrique :

"Rien dans l'univers ne saurait résister à un nombre suffisamment grand d'intelligences groupées et organisées".

Et il y voit non pas Dieu en construction, comme avant lui Ernest Renan et - de façon plus sarcastique - Sigmund Freud dans La fin d'une illusion - mais l'humanité qui se rassemble pour rejoindre Dieu, en cet hypothétique point oméga qui représenterait de facto, et sans tristesse aucune, la fin des temps.

Quelques auteurs voient une similarité entre ce point Oméga et ce que l'on nomme dans le cadre de l'intelligence artificielle nommé « La Singularité » , qui est également évoquée par les physiciens Frank Tippler et David Deutsch.

Position du Vatican sur les travaux de Teilhard

Les idées de Teilhard semblaient conforter l'idée de « plan divin » souvent évoquée par l'Église depuis saint Augustin (La cité de Dieu). Par ailleurs, l'idée de l'évolution y était alors admise comme possible hypothèse (il faudra attendre le pontificat de Jean Paul II pour qu'elle soit considérée comme « davantage qu'une hypothèse »). Cependant, le Vatican identifia rapidement un problème grave :

La cruauté de la marâtre nature était connue depuis la nuit des temps. En revanche, on l'avait rattachée au classique problème du mal. La considérer au contraire comme faisant partie du plan divin, s'il existait, constituait un total changement de paradigme.

Cette préparation du bonheur des successeurs par la souffrance des prédécesseurs semblait certes proche des idées admises de rédemption et de communion des saints. Le monde qui en découlait paraissait cependant bien trop écarté des valeurs évangéliques et de l'idée de bonté divine pour être accepté tel quel. Il avait toujours été bien plus commode d'attribuer le mal du monde aux œuvres de Satan et non à un plan voulu par Dieu lui-même.

Le Vatican demanda donc à Teilhard de suspendre ses publications, et inscrivit à l'Index jusqu'à plus ample informé ce qui était déjà imprimé.

Perinde ac cadaver étant un principe de base des jésuites, Teilhard arrêta aussitôt toute publication. Il n'en continua pas moins à rédiger, ce qui ne lui était nullement interdit, et à communiquer ses travaux à son ordre et au Vatican, où ils furent lus, discutés et classés sans anathème ni excommunication de l'intéressé, mais sans grand résultat non plus hormis quelques remerciements polis.

Ses ouvrages furent en fin de compte publiés de façon posthume. Teilhard était mort en 1955.

Ils eurent un certain succès dans les années 1960, puis on commença à oublier un peu ses écrits, même si son nom était cité de temps à autre. Depuis que l'Internet a touché le grand public, son concept de noosphère semble redevenir d'actualité (notoriété Google à 5 chiffres).

Voir aussi : Noosphère



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