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Thématisation


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La thématisation (ou topicalisation) est un procédé linguistique consistant à mettre en tête de phrase l'un de ses éléments (quelle que soit sa fonction) pour en faire le thème de cette phrase. La thématisation s'exprime de diverses manières selon les langues.

Dans la majorité des langues indo-européennes d'Europe, la thématisation prend le plus souvent la forme d'une prolepse (mise en avant d'un élément) et s'accompagne d'une dislocation syntaxique, ce qui la fait ressortir parfois à la langue parlée. Elle peut même donner naissance à des phrases grammaticalement incorrectes.

Sommaire

Principaux procédés de thématisation en français

Dislocation simple

« Moi, j'habite à la campagne » [thématisation du sujet], « le nez de Cléopâtre : s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé » [thématisation du sujet] (Blaise Pascal), « Henriette, je la connais bien » [thématisation de l'objet], « la mer, j'y vais chaque année » [thématisation du complément circonstanciel de lieu], « l'État, c'est moi » [thématisation du sujet], etc.

La dislocation consiste simplement à déplacer l'élément à thématiser en tête de phrase (ici souligné) et le séparer du propos par une ponctuation (en vert) ; elle s'accompagne d'une redondance de l'information puisque l'élément isolé (si c'est un pronom personnel, il doit être à la forme disjointe : moi, toi, lui...) est le plus souvent repris par un pronom anaphorique (ici en gras) à la fonction voulue dans le propos afin que la phrase soit correcte. La ponctuation écrite peut être, à l'oral, indiquée par une cheville, comme euh... ou ben : « ta chemiseeuh... j'ai oublié de la repasser ».
Dans certains cas, fréquents en langue orale, la thématisation concerne un élément implicite de la phrase, comme le locuteur, et peut n'avoir aucun rapport fonctionnel avec le propos : « moi, ma grand-mère est très sympathique ». Dans cette phrase, le thème moi n'a pas de fonction grammaticale dans la phrase ; il reprend sémantiquement l'idée de première personne impliquée par le possessif ma et permet de mettre en relief l'implication du locuteur dans son propos. La phrase est cependant agramaticale.
Enfin, la dislocation peut se faire sans reprise de l'élément thématisé : « le caviar, j'aime ! » (au lieu de « le caviar, j'aime ça »).

Dislocation avec utilisation de prépositions, de locutions diverses

« Quant à toi, je t'attends au tournant », « en ce qui concerne le mur, je l'ai construit moi-même », « au niveau du comportement, il doit faire des progrès ».

Certaines de ces locutions deviennent parfois des tics (comme au niveau de) du fait de leur facilité d'emploi (ainsi, thématiser comportement dans le dernier exemple demande, si l'on veut éviter l'emploi d'« au niveau de », des contorsions plus ou moins heureuses : « son comportement, il doit l'améliorer », « *son comportement, il doit faire des progrès à ce sujet »). En effet, il est possible de thématiser un élément qui n'est pas repris grammaticalement dans le propos ; ce type de tournure est surtout oral.

Passivation

« Marie est aimée de tous ».

Bien que paraissant moins marquée, la passivation est bien un procédé de thématisation ; elle permet en effet de transformer en thème lobjet patient d'une phrase active ; or, dans une langue SVO (sujet, objet, verbe) comme le français, lobjet patient est le plus souvent en fin d'énoncé. En devenant sujet patient, il assure le statut de thème.

Remarque

Le présentatif c'est... que, dans « c'est toi que j'ai vu », n'est pas un procédé de thématisation mais, au contraire, de rhématisation (ou focalisation).

Thématisation en japonais

Dans d'autres langues, la thématisation peut être purement grammaticale ; c'est le cas en japonais, où il existe une particule, は wa, que l'on utilise après l'expression voulue en tête de phrase pour indiquer qu'il s'agit du thème. La grammaire japonaise ne confond pas sujet grammatical (fonction qui n'est pas obligatoire dans la syntaxe japonaise) et thème, puisqu'il existe une particule fonctionnelle différente pour les deux (は wa pour le thème, が ga pour le sujet). Ainsi :

moi-sujet // fraise-objet // ai mangé = « c'est moi qui ai mangé les fraises » : phrase sans thème exprimé. Cette tournure est assez inhabituelle en japonais et plutôt marquée.
moi-thème // fraise-objet // ai mangé = « quant à moi, j'ai mangé les fraises » : phrase sans sujet (thème et sujet étant confondus). C'est une version moins marquée que la précédente.
moi-thème // fraise-sujet // est appréciable = « pour moi, les fraises sont appréciables » = « j'aime les fraises » : phrase possédant un thème et un sujet exprimé.
fraises-thème // je-sujet // ai mangé = « quant aux fraises, c'est moi qui les ai mangées » = thème et sujet exprimés concomitamment, le thème étant l'objet de la phrase. Cette phrase est toutefois assez artificielle.

À la différence du français, la thématisation japonaise n'est pas fondamentalement une tournure emphatique. Elle n'implique pas non une plus une reprise de l'élément thématisé dans le propos. Son trait le plus marquant est qu'on la traite comme une fonction, au même titre que l'objet ou le sujet.


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