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Théorie de l'invasion aryenne


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La théorie de l'invasion aryenne (TIA) a été proposée pour la première fois par l'abbé Jean-Antoine Dubois, un indianiste français et développée par l'indianiste germano-britannique Max Müller durant le XIXe siècle.

Cette théorie soutient qu'une peuplade de guerriers nomades de type caucasien connus sous le nom d'Aryens (ou Aryas) originaires des montagnes du Caucase et de l'Asie centrale ont envahi l'Inde du Nord et l'Iran entre les XVIIe et XVIe siècles av. J.-C., forçant les Dravidiens, le peuple autochtone, créateur de la civilisation de la vallée de l'Indus, à émigrer. Les Aryens amenèrent avec eux leur religion codifiée vers le XIe siècle av. J.-C. dans les Veda.

En s'installant en Inde, les Aryens abandonnent leur style de vie nomade et se mêlent aux Dravidiens dans le nord de l'Inde. On trouve peu de preuves archéologiques pour étayer la TIA, et plusieurs dates sont basées sur des calculs effectués à partir de la croyance biblique de Müller en un monde créé au cours du IVe millénaire av. J.-C.. Cependant, la théorie paraît être étayée par la coupure linguistique entre les langues indiennes du nord et du sud, le sanskrit au nord faisant partie du groupe des langues indo-européennes.

À cette époque, la plupart des historiens acceptent la TIA, bien que l'idée d'une invasion à grande échelle qui était vivante dans les années 1900 ait fait place à la vision d'une invasion beaucoup plus modeste, où les Aryens se mélangèrent avec la population existante, ou bien formèrent sa classe dirigeante.

Cependant, une génération récente d'archéologues et d'historiens, la plupart originaires de l'Inde, contredisent cette hypothèse et sont convaincus que les Vedas établissent la présence en Inde des peuples qui les ont rédigés longtemps avant que la date présumée de l'invasion aryenne (soit autour de 1700 av. J.-C.).

Sommaire

Les arguments des adversaires de la TIA

Les adversaires de la TIA affirment que l'étude du texte des Vedas permet de les dater beaucoup plus tôt dans le temps (les positions des étoiles, par exemple, qui y sont décrites correspondent à la période autour de 4000 av. J.-C. 3500 av. J.-C.), de plus aucune mention n'est faite, dans le texte, d'une invasion, d'une importante migration, ou d'une terre d'origine en Asie centrale. Il y a, cependant, la description d'un fleuve, la Sarasvati d'une importance considérable. Des preuves géologiques récentes (photographies satellitaires) ont mis en évidence l'existence d'un lit de rivière asséché - la Hakra - traversant la région du Panjab. Quelques historiens croient que ce fleuve, comparable à l'Amazone, qui pouvait avoir jusqu'à huit kilomètres de large, est la Sarasvati décrit dans les Vedas.

On trouve un grand nombre de sites archéologiques de la civilisation de la vallée de l'Indus le long de ce lit asséché, en fait en plus grand nombre que le long de l'Indus (ce qui identifierait alors l'Indus comme le Sindhu des Vedas), suggérant que la civilisation de la vallée de l'Indus aurait pu s'épanouir entre ces deux fleuves. Autour de 1900 av. J.-C., cependant, la Hakra semble s'être asséchée (sous l'effet de tremblements de terre et du changement d'orientation du lit de la Yamunâ abandonnant la Hakra pour confluer avec le Gange), entraînant ainsi le déclin de la civilisation de l'Indus.

En plus des indices archéologiques, des éléments de la culture des Vedas semblent en contradiction avec un style de vie nomade, comme, par exemple, l'utilisation de la métallurgie. Ceci suggère que, contrairement à la théorie de l'invasion aryenne, la civilisation de la vallée de l'Indus et la civilisation des Vedas ne forment qu'une et que les Aryens et les Dravidiens étaient indigènes respectivement de l'Inde du nord et du sud. Par voie de conséquence aucun conflit n'aurait jamais eu lieu entre Aryens et Dravidiens et l'invasion aryenne ne serait qu'une invention.

Les arguments des partisans de la TIA

Cependant, certaines contradictions entre ce que nous connaissons de la civilisation des Vedas et de la civilisation de l'Indus doivent être prises en considération, en particulier ce qui concerne la distribution des langues aryennes (ou indo-européennes). L'argument principal contre l'identification de la civilisation de l'Indus avec une civilisation continue et indigène des Vedas est que la société décrite dans les Vedas est principalement pastorale, tandis que la civilisation de l'Indus était à forte tendance urbaine. Peu d'éléments d'une civilisation aussi manifestement urbaine (par exemple, les structures des temples, système de collecte des eaux usées) sont décrits dans les Vedas.

En outre, il y a peu ou pas de preuves de l'utilisation de chevaux dans la civilisation de l'Indus, alors que les Vedas font de multiples mentions au cheval. L'ancienneté de la domestication du cheval et de son utilisation en Asie du sud est toujours un sujet de controverse. De la même façon, une certain nombre de différences sont pointées par les partisans de la TIA, comme les types de métaux utilisés dans l'une ou l'autre des deux civilisations ; le culte du taureau opposé à celui de la vache dans les Vedas ; l'importance du tigre dans la civilisation de l'Indus et son absence dans les textes vediques ; et l'importance de la consommation de poissons par les habitants de vallée d'Indus opposé à la quasi absence de référence aux poissons dans les Vedas.

Les partisans de la TIA affirment que la Sarasvati n'est pas la Hakra, et qu'elle devrait être identifié avec un autre fleuve, qui coulait peut-être en Afghanistan. Il y a, en effet, un fleuve de ce pays qui est connu pour avoir eu un nom très semblable. Ils s'appuient également sur des similitudes linguistiques et religieuses entre les Vedas et la littérature sacrée ancienne d'Iran comme l'Avesta. Les langues et les noms des dieux y sont très semblables, et tous deux impliquent la consommation rituelle de la soma.

La question pourrait être définitivement tranchée par le déchiffrement des nombreux sceaux trouvés sur les sites de vallée de l'Indus, qui sont écrits dans une langue inconnue. La découverte d'un lien avec une écriture de type dravidien confirmerait la théorie d'une culture indigène supplantée par une autre venant de l'extérieur. Inversement, la découverte d'un lien avec une écriture de type indo-aryen, apporterait une preuve à la théorie concurrente. Cependant, cette écriture, dont on a identifié plusieurs centaines de signes, reste indéchiffrée. Les tentatives de la relier avec le sanskrit se sont révélées infructueuses.

Les langues dravidiennes sont maintenant confinées au sud de l'Inde, excepté le brahui, qui est parlé dans la région de la vallée de l'Indus. Ceci pourrait indiquer que le dravidien était autrefois beaucoup plus répandu et qu'il a été supplanté, plus tard, par des langues indo-européennes telles que le sanskrit.

Cela dit, des similitudes nettes dans les noms des petits nombres suggère qu'à défaut d'invasion de populations, il y a bien eu une influence linguistique au cours des âges, notamment due au commerce international, et ayant donc affecté par priorité la terminologie liée au commerce.

La TIA et la politique

Comme la plupart des questions historiques, celle-ci est d'une importance politique majeure. Les partisans du mouvement nationaliste hindou Hindutva apprécient l'idée d'une civilisation ancienne, continue et sophistiquée des Vedas plutôt que celle d'une invasion aryenne plus tardive. En revanche, beaucoup d'Indiens du sud ont adopté le concept d'identité dravidienne et en ont fait une question de fierté ethnique.

Le rejet hindou de la TIA peut aussi provenir du fait que le système indien des castes est alors analysé comme un système religieux, mis en place par les Aryens pour établir et maintenir leur suprématie dans la société indienne. La prédominance dans l'Inde de l'après-indépendance d'une vision marxiste de l'histoire permet de comprendre la permanence de la TIA dans le milieu des universités indiennes. La réaction politique antimarxiste de l'après-guerre froide, réaction anti-colonialiste en faveur d'un nationalisme hindou ont peut-être eu une influence sur ces changements dans les théories archéologiques.

D'autre part, la formulation originale de la TIA avait probablement un fonds raciste, ramenant la civilisation indienne à une source caucasienne, et permettant ainsi aux Anglais de se prévaloir d'une origine aryenne commune avec les Indiens de castes supérieures et par suite de contrôler plus efficacement l'empire avec un appui de l'intérieur.

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