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Trafic de piastres

En Indochine française, la monnaie était la piastre.

Cette monnaie locale avait un cours de change administrativement lié au franc, un peu comme le franc CFP ou le franc CFA. Un des buts officiels était de décourager la spéculation monétaire.

Malheureusement, les conditions économiques étaient différentes dans cette colonie et dans la métropole.

C'est ainsi que les conditions pour un lucratif trafic se sont trouvées réunies :

  1. De France, expédier des choses en Indochine. Recevoir des piastres en Indochine, conformément à la valeur théorique de l'expédition (par exemple, des tracteurs).
  2. faire constater sur place la réalité de l'expédition. En jouant sur les catégories douanières, il n'était même pas nécessiare d'acheter le douanier : un tracteur reste un tracteur... même si c'est une relique rouillée et inutilisable, qui ne justifie pas le prix payé, elle justifie quand même l'envoi.
  3. avec le certificat douanier, obtenir un précieux certificat administratif permettant de convertir en métropole les piastres en francs, à un taux avantageux.
  4. envoyer les piastres en métropole, et les convertir en francs
  5. empocher son bénéfice, payer les « tracteurs », et envoyer la quantité suffisante de francs en Indochine pour acheter des piastres au cours normal (la quantité reçue au départ).
  6. parallèlement, la banque de France assure l'équilibre en renvoyant les piastres en Indochine et en rapatriant les francs. À perte.

Bien entendu, toutes les variantes étaient possibles (expéditions fictives, achat de complicité, etc.).

En outre, certains prétendent que des trafiquants de piastres étaient liés à des hommes politiques, notamment chargés de décider le taux de change officiel de la piastre, mais bien entendu rien ne prouve une telle assertion.

Citation

« La période des guerres coloniales n’a guère été plus reluisante. Insistons sur un fait, un seul qui résume la solidité apparente du tryptique Patronat, identité patriotique et enjeu de puissance : les autorités françaises de la IVe République n’ont jamais eu le courage ou l’honneur de dénoncer le crime de haute trahison commis par une grande banque française, très implantée en Indochine, qui tirait des bénéfices énormes du trafic de piastres qui sévissait à Saigon. Il ne s’agissait pas hélas d’une escroquerie purement financière. L’organisateur du trafic de piastres était le Viet Minh Celui-ci a largement profité de ce trafic pour acheter d’importantes quantités d’armes qui servaient ensuite à tuer des soldats français et vietnamiens. Ces banquiers n’ont jamais été arrêtés, encore moins jugés. Le microcosme parisien des affaires savait. Il n’en a rien dit. » (Jean-Marie Messier).



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