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Tristan et Isolde (en allemand Tristan und
Isolde) est un opéra en trois actes de Richard Wagner, composé
entre 1857 et 1859, créé à Munich en 1865 et souvent considéré comme l'un des sommets de la musique
occidentale. Son audace harmonique commence à faire éclater le cadre de la tonalité. Le prélude du premier acte est devenu un
morceau orchestral à part entière, aussi célèbre que prestigieux. La Liebestod (« mort d'amour ») d'Isolde, à
la fin de l'opéra, compte parmi les passages les plus bouleversants qui aient jamais été composés. Tristan et Isolde a
souvent été perçu comme le symbole de l'amour impossible entre Wagner et Mathilde Wesendonck (voir Wagner).
| Sommaire |
L'argument est inspirée de la légende celtique de Tristan et Yseult.
La scène se situe à bord d'un bateau voguant vers la Cornouaille. Tristan, accompagné de son fidèle écuyer Kurwenal, a été chargé par son oncle le roi Marke de faire venir d'Irlande sa future épouse, la princesse Isolde. Comme le voyage touche à sa fin, celle-ci sort du mutisme dans lequel elle s'est cloîtrée pour confier à sa suivante Brangäne un terrible secret. Tristan, le valeureux héros admiré de tous, n'est autre que l'assassin de son fiancé Morold, tué pour affranchir le roi de Cornouailles du tribut qu'il payait au roi d'Irlande. Blessé, il avait été recueilli et soigné par Isolde qui ne l'avait pas reconnu, jusqu'au jour où, remarquant une cassure sur son épée, celle-ci découvrit sa véritable identité. Sur le point de se venger, elle fut arrêtée in extremis par un regard d'amour. Partagée entre la haine, l'amour et la honte d'être ainsi livrée au vassal de son père par l'assassin de son fiancé, Isolde choisit de s'unir à Tristan dans la mort. Elle fait préparer par sa suivante un breuvage empoisonné, que Tristan accepte en connaissance de cause. Brangäne, qui ne peut se résoudre à exécuter l'ordre de sa maîtresse, remplace le philtre de mort par un philtre d'amour. Après l'avoir bu, Tristan et Isolde tombent en extase l'un devant l'autre (il est pourtant clair que le philtre n'est que le révélateur de sentiments préexistants), tandis que le bateau accoste et que le roi Marke s'avance pour accueillir sa fiancée.
Pendant que le roi est parti chasser, Tristan et Isolde se retrouvent en secret malgré les avertissements avisés de Brangäne. Suit alors un immense duo d'amour d'un romantisme exacerbé. De suprêmement érotique, il devient peu à peu mystique : Tristan et Isolde chantent leur désir de consacrer leur amour par une mort qui serait le triomphe définitif de la Nuit sincère et douce sur le Jour vain, perfide et mensonger. Voici un extrait célèbre du livret :
| So stürben wir, | Ainsi nous mourrions |
| um ungetrennt, | pour n'être plus séparés, |
| ewig einig | éternellement unis, |
| ohne End', | sans fin, |
| ohn' Erwachen, | sans réveils, |
| ohn' Erbangen, | sans crainte, |
| namenlos | embrassés dans l'amour |
| in Lieb' umfangen, | oubliant nos noms, |
| ganz uns selbst gegeben, | donnés entièrement l'un à l'autre |
| der Liebe nur zu leben ! | pour ne plus vivre que l'amour ! |
Le duo est soudainement interrompu par l'arrivée de Marke et de ses hommes. Le roi, dans un long et touchant monologue, exprime
alors toute l'affliction qu'il ressent en se voyant trahi par celui qu'il aimait plus que tout au monde, à qui il avait légué
pouvoir et biens. Tristan, déconnecté du monde social, invite Isolde à le suivre dans son pays, la mort, avant de se jeter sur
Melot qui l'a trahi. Comme il ne se défend pas, Melot le blesse grièvement.
En Bretagne, Tristan agonise près de son château de Kareol. Seuls Kurwenal et un
berger veillent sur lui, attendant avec impatience l'arrivée d'Isolde, la seule à pouvoir le guérir. Tristan, qui sent que sa
bien-aimée est encore en vie, désire la revoir pour mourir enfin. Après une fausse alerte, le navire d'Isolde est en vue. Dans un
état d'excitation extrême, Tristan arrache alors ses bandages, s'élance à la rencontre d'Isolde et meurt dans ses bras.
Soudain, on voit un autre bateau accoster. C'est celui du roi Marke qui, mis au courant du secret du philtre par Brangäne, est
venu unir Isolde à celui qu'elle aime. Kurwenal, croyant à une vengeance, repousse vigoureusement les nouveaux arrivants, tue
Melot et meurt lui-même à quelques pas de son maître. Isolde, en extase devant le cadavre de Tristan, meurt transfigurée. Marke,
consterné, bénit les cadavres, tandis que le rideau tombe lentement.
Voici les toutes dernières paroles d'Isolde :
| In dem wogenden Schwall, | Dans le flot qui ondoie, |
| in dem tönenden Schall, | dans les bruits qui résonnent, |
| in des Welt-Atems | dans le tout flottant |
| wehendem All - | de la respiration du monde, |
| ertrinken, | se noyer, |
| versinken - | sombrer, |
| unbewußt - | inconsciente |
| höchste Lust ! | suprême joie ! |
Les leitmotive de Tristan et Isolde sont très nombreux, mais ils procèdent presque tous des premières notes de l'opéra qui représentent l'aveu et le désir. Lorsqu'on les regarde dans leur ensemble, on ne peut manquer d'être stupéfié par leur unité.
Tout au long de l'opéra, Wagner, comme à son habitude, les transforme, les réorchestre, les oppose, les combine, exprimant ainsi avec une justesse rarissime les sentiments les plus subtils. En entendant (même inconsciemment) ces transformations thématiques, le spectateur saisit instinctivement l'évolution des personnages et de leurs émotions.
Voici, à titre d'illustration, quelques-uns des très nombreux motifs de l'opéra :
Partition (non complète) :


