Vassalité
Héritière de la recommandation du Haut Moyen Âge, la vassalité est la situation de dépendance d’un homme libre (vassal)
envers son seigneur par la cérémonie de l’hommage. Le système féodo-vassalique s’est
développé à cause de l’affaiblissement de l’autorité publique après l’effondrement de l’empire carolingien (Xe-XIe
siècles) : l’empereur, les rois et bientôt les princes territoriaux étaient incapables de faire régner l’ordre et d’imposer
leur pouvoir aux seigneurs locaux. Un réseau de relations d’homme à homme s’impose donc, donnant des droits et des devoirs pour
chacun d’entre eux.
Hommage à Arthur, enluminure du XIVe siècle
Des obligations réciproques
Les devoirs du vassal envers son seigneur
- Même si la vassalité allie deux hommes libres, il est cependant évident que ces hommes ne sont pas égaux : le seigneur a
davantage de pouvoir que le vassal. Le vassal se met sous la protection d'un plus puissant. Le seigneur possède en général plus
de biens fonciers ou mobiliers que son vassal. Les devoirs du vassal envers son seigneur sont donc plus contraignants que les
obligations du seigneur envers son protégé.
- Les devoirs du vassal envers son seigneur sont d'abord de type « négatif » : le vassal ne doit pas nuire à son
seigneur, à sa famille et à ses biens. Obligation somme toute assez vague.
- Le vassal doit l'aide militaire à son seigneur : lorsque celui-ci est attaqué, le vassal doit venir avec ses armes pour
le défendre. Le vassal est aussi chargé de la garde du château et de l'escorte de son seigneur. Quand le seigneur attaque un
autre, le service militaire (ost) est limité à 40 jours. Mais le vassal reste évidemment aux
côtés de son seigneur si le conflit dépasse cette durée. Il sera dédommagé en argent au-delà de 40 jours de combat.
- Le vassal doit aussi assurer une aide financière : l'aide aux 4 cas (en France et Angleterre) ; le vassal doit
donner de l'argent ou des cadeaux à son seigneur lorsqu'il marie sa fille aînée, lorsqu'il adoube son fils aîné, lorsqu'il part à la croisade et lorsqu'il
est fait prisonnier et qu'il doit une rançon.
- Enfin, le vassal est astreint à fournir des conseils à la demande de son seigneur : il doit participer aux assemblées
féodales, aux cours de justice du seigneur ainsi qu'aux fêtes liturgiques. L'ensemble des vassaux d'un seigneur est ainsi soudé
par ces temps forts.
Les devoirs du seigneur envers son vassal
- Les dépenses du vassal sont donc considérables : il doit acheter et entretenir un cheval et des armes ; il doit
pouvoir se nourrir et assurer un certain genre de vie. C'est pour répondre à ces exigences que le seigneur doit donner un
fief à son vassal. Ce fief est en général une terre qui rapporte des revenus au vassal
(redevances). Voir plus bas. Le fief
est pris sur les terres ou les revenus du seigneur.
- Le seigneur doit protéger son vassal contre ses ennemis.
- Le seigneur doit enfin lui rendre bonne justice.
Le problème du fief
Nature du fief
- Le principe de donner un bien foncier en échange de services, notamment militaires, remonte à l'Antiquité tardive. À l'époque
carolingienne, cette terre s'appelle bénéfice ; au Moyen Âge central, il est nommé fief dans les sources.
Le mot fief a donné ensuite l'adjectif féodal.
- Le fief peut être de plusieurs natures :
- Le plus souvent, c'est une terre avec les revenus qui y sont attachés ; entre le XIe siècle et le XIIIe siècle, l'argent
est rare et circule encore difficilement. Le seigneur remet donc une terre à son vassal, avec ses paysans.
- Le fief est plus rarement une fonction, un droit de ban, des péages, des dîmes
(impôt ecclésiastique).
- À la fin du Moyen Âge, le fief est de plus en plus une rente.
Evolution du statut du fief
- Le fief entre progressivement dans l'héritage des vassaux ; au début, le fief était accordé par le seigneur à son vassal
à titre viager. Le seigneur organisait donc une nouvelle cérémonie d'hommage pour l'héritier. Mais de plus en plus, le fief
devient transmissible, moyennant une somme d'argent (droit de relief).
- Peu à peu, le but de l'hommage n'est plus le service et les devoirs réciproques mais bien le fief. Les vassaux multiplient
donc les hommages pour accumuler les fiefs. Le problème vient quand deux seigneurs ayant un vassal en commun entrent en guerre.
On pensa d'abord à la solution de la réserve de fidélité puis à l'hommage-lige (ou hommage préférentiel).
La cérémonie d’entrée en vassalité
Caractéristiques de la cérémonie
- Par la cérémonie de l'hommage (à ne pas confondre avec celle de l'adoubement qui fait d'un homme un chevalier), le vassal
devient l’homme d’un seigneur. Les documents qui décrivent cette cérémonie sont abondants, aussi bien les textes que les sources
iconographiques.
- L'hommage est une cérémonie publique qui se déroule en général au château du seigneur, devant témoins. Il n'y a donc pas
besoin de contrat écrit.
- Les rites et les gestes de cette cérémonie sont importants ; mais l'ordre de ces gestes sont différents selon les
régions.
- Certains hommages sont particuliers :
- hommage de paix : pas de fief, pas de subordination ; réconciliation après une guerre
- hommage en marche : lie deux grands personnages ( des rois) par une charte
- Est félon celui qui rompt le contrat de vassalité, qu'il soit seigneur ou vassal.
Trois temps forts dans la cérémonie
Enluminure : baiser de la cérémonie de l'hommage entre le roi de France et le roi d'Angleterre, XIVe / XVe siècles
- L'hommage proprement dit : à genoux en face de son seigneur, tête nue, le vassal tend ses mains jointes vers son
supérieur. Le seigneur ferment ses mains dans celles de son vassal. Le vassal proclame sa volonté de servir son seigneur. Il
devient son « homme », il fait don de sa personne. L'aveu est un document écrit remis par le vassal à son seigneur
(XIIIe s). Le geste peut-être aussi suivi d'un baiser de paix, sur la bouche.
- La foi ou fidélité est un serment prêté sur les reliques ou sur un objet saint pour rendre le pacte sacré.
- L'investiture du fief est le dernier moment de la cérémonie : il consiste pour le seigneur à remettre à son vassal un
objet symoblisant le fief (motte de terre, anneau, verge, étendard...) ; si le contrat est rompu par le vassal, le seigneur
peut reprendre son fief.
Conclusion
À partir de la deuxième moitié du XIIe siècle, le roi de France restaure son autorité en utilisant le système
féodo-vassalique. Il fait prêter serment de fidélité à ses arrière-vassaux, récupèrent des territoires par la guerre (Normandie par exemple) ou en proposant des rentes en échange de fiefs (fief de
bourse).
Voir aussi :

